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Au Coeur du Pays : Busoni, une commune fragilisée par des crises multiformes

Située dans la région du Bugesera, la commune Busoni est confrontée à plusieurs défis qui fragilisent son développement. Sécheresse persistante, pénurie d’intrants agricoles, chômage des jeunes, difficultés d’accès aux carburants, vie précaire des enseignants et des communautés vulnérables composent le quotidien des habitants. Malgré ce contexte difficile, certaines initiatives locales émergent, portées par des coopératives, des jeunes entrepreneurs et des autorités communales qui tentent de maintenir une dynamique de développement.

Par Devis Gateretse, Rénovat Ndabashinze, Stanislas Kaburungu et Jules Bercy Igiraneza

Depuis la saison culturale A de 2025, cette région est confrontée à une sécheresse persistante. Ce qui met en péril les récoltes alors que l’agriculture constitue le principal pilier économique. La commune est réputée pour les cultures de sorgho, de haricots et de maïs. Mais, aujourd’hui, la situation a radicalement changé.

Dans les champs, les conséquences sont déjà visibles. Les cultures dépérissent. Ce qui laisse craindre une pénurie alimentaire dans les mois à venir selon la population locale.

Alvella Mukabano, agricultrice, originaire de la colline Gatete, en fait l’amère expérience. Depuis mi-octobre 2025, au début de la saison culturale A, elle voit ses cultures se détériorer. Elle fait savoir que la sécheresse a provoqué d’importants dégâts et a entraîné une flambée des prix sur les marchés. « Aujourd’hui, le prix du kilo de haricots atteint 4 000 FBu. C’est très élevé. », déplore-t-elle.

Outre les aléas climatiques, Busoni n’échappe pas à la pénurie des engrais chimiques de Fomi qui affecte le secteur agricole à l’échelle nationale.

L’un des motards trouvés devant les bureaux de la commune ironise en disant qu’il a fui l’agriculture à temps. « Quand je vois comment les agriculteurs se lamentent à cause du manque d’engrais pour leurs cultures, l’envie de fuir ce domaine grandit considérablement. »

Chaque matin, il se pointe devant le parking pour voir s’il peut avoir une moto et gagner un peu d’argent. « Un motard peut venir fatiguer et me passer sa moto. Je travaille comme ça. A la fin de la journée, je reviens avec un versement. Je n’ai pas encore eu ma propre moto. »

Pour lui, les problèmes, même s’ils ne sont pas semblables, sont partout. Les motards font face aux manques de carburants. « On ne peut pas en trouver de manière officielle. C’est toujours sur le marché noir et ça coûte énormément cher. »

Il fait savoir que la première victime reste le client.  « Nos clients le savent. Lorsque le carburant se raréfie, les tarifs montent. »

« Tout va de travers »

Un jeune homme assis avec les motards dit qu’il est venu juste pour passer du temps et écouter les blagues. « Moi, je travaille dans les champs, je suis cultivateur. Aujourd’hui, je suis au chômage . »

De son côté, c’est le problème lié aux fertilisants agricoles. Il fait savoir qu’il n’espère pas grand-chose.  « Par le passé, la famine est venue à cause de la sécheresse. Aujourd’hui, ce sera à cause du manque d’engrais. » Il rapporte que « quand mon père observe le champ de haricot qui commence à jaunir, il devient trop triste. »

Les enseignants bénévoles ne sont pas mieux nantis

Darlène Ininahazwe, 25 ans, enseignante bénévole au lycée communal de Busoni, passe ses temps libres dans son kiosque à vendre des jus, de l’eau minérale, des unités de recharge téléphonique et à faire du transfert d’argent.

C’est sa première année en fonction. Seule détentrice d’un diplôme en biochimie dans cette localité de Busoni, elle fait savoir que le traitement des enseignants bénévoles la pousse à exercer plusieurs boulots pour pouvoir joindre les deux bouts du mois. « Ce n’est pas le commerce seulement. Je travaille aussi la terre. Mais, le manque de fertilisants me pousse à passer beaucoup plus de temps ici après les cours. »

Un appel au traitement équitable

Un autre enseignant du lycée communal de Busoni qui a requis l’anonymat plaide pour un meilleur traitement à l’égard des enseignants bénévoles. Avec un travail équivalent à celui d’un enseignant titulaire reconnu par le ministère de tutelle, les bénévoles sont payés par la commune qui prélève auprès des parents d’élèves une somme ne dépassant pas 80 000 BI tandis que les autres vont jusqu’à 500 000 BIF selon cet enseignant.

 « Je peux comprendre pourquoi le ministère n’engage pas ces bénévoles. Tu ne peux pas engager alors que tu peux garder ceux que tu ne paies pas et qui sont moins chers. », fait-il observer avec humour.

De son côté, Darlène Ininahazwe, trouve que le gouvernement devrait prendre en considération le travail des bénévoles, surtout qu’ils travaillent dans des conditions dures. « Avec le manque de matériels, je suis obligée de fournir plus d’efforts. Ce qui, des fois, me complique la tâche. »

Au regard de la vie dure qu’elle mène chaque jour, l’idée de fonder un foyer ne lui a jamais traversé l’esprit pour le moment.  « Qui penserait au mariage avec la vie qu’on mène ? Je suis encore jeune, j’ai tout mon temps. En tout cas, je n’y ai pas encore pensé. »

« Une situation pitoyable dans les écoles »

Revenant sur les conditions d’apprentissage dans les écoles, B.J indique que dans certains établissements scolaires, les bancs pupitres ne sont pas suffisants. « Des enfants apprennent encore assis à même le sol. C’est pitoyable. D’autres abandonnent l’école parce qu’ils ne trouvent pas à manger à la maison. »

D’après lui, même la quantité servie aux enfants dans les cantines scolaires est très insuffisante. « C’est presque de l’eau seulement. Comment voulez-vous qu’un enfant suive les leçons normalement dans ces conditions ? »

Motard qu’il est, il dénonce également leurs mauvaises et difficiles conditions de travail. Pour avoir du carburant, c’est au marché noir qu’ils s’adressent. Et là, une bouteille en plastique dénommée Igikinju (1,5l) est vendue à 20 mille BIF. A cela s’ajoutent des pots-de-vin qu’ils doivent verser aux policiers pour continuer à travailler aisément.

Les femmes Batwa mènent une vie précaire 

« Les femmes Batwa disent que leurs associations brillent par leur absence sur le terrain »

Eugénie Manampa, 51 ans est une veuve de 4 enfants, originaire de la colline Burara, dans la zone Gatare, issue de l’ethnie Batwa. Elle transporte des briques pour subvenir à ses besoins. Elle raconte que les conditions de vie de sa communauté sont déplorables. « Nous vivons dans des petites huttes. Sans ce type de travail, nous ne pouvons pas avoir de quoi manger. »

Selon elle, c’est grâce à la modeste somme perçue après une journée de travail qu’elle achète de la farine et des haricots pour nourrir ses enfants.

Parlant de sa hutte, elle affirme qu’elle est très petite à tel point qu’elle n’a même pas d’espaces pour creuser une toilette. « Nous n’avons pas le choix. On se cache derrière des bananes d’autrui ou sur des collines pour se soulager. »  Elle précise que c’est avec une petite assistance reçue à son rapatriement du Rwanda qu’elle s’est construite cette maisonnette qui a une toiture très poreuse et qui est d’ailleurs au point de s’effondrer. Actuellement, en cas de pluies, elle n’a pas d’autres choix que d’aller s’abriter en dessus des bananiers.

Elle signale que ses trois fils sont partis pour Bujumbura à la recherche du travail mais qu’elle n’a plus de leurs nouvelles. Elle ne vit aujourd’hui qu’avec le benjamin.

Elle ne cache pas que, souvent, avec son enfant qui étudie en 1ère année, ils passent souvent des nuits sans rien mettre sous la dent.

Selon elle, les administratifs ne sont pas au courant de sa situation. « Comment le savoir alors qu’ils ne viennent pas nous rendre visite ? Il faut plaider pour nous. Nous avons besoin de parcelles, de terres à cultiver pour nourrir nos familles et des habitations décentes. »

Pieds nus et portant un pagne presqu’en lambeaux, elle signale qu’elle n’a pas d’argent pour s’acheter de bons habits ni du savon pour la lessive.

Néanmoins, elle reconnaît qu’en ce qui est de l’exclusion communautaire des Batwa, les choses ont changé positivement. « Seulement, nous restons à l’écart parce que nous n’avons pas d’habits propres pour aller nous asseoir avec les autres. »

Elle n’est pas la seule à se lamenter. Espérance Murekirisoni, 40 ans, est une autre femme Mutwa rencontrée au chef-lieu communal. Cette mère de sept enfants réaffirme que leur communauté vit dans de mauvaises conditions suite au manque d’argent et de terres. Son époux étant un handicap physique, elle fait savoir qu’elle se bat seule pour la survie de sa famille. En raison de la pauvreté, elle indique que certains de ses enfants ont même abandonné l’école parce qu’ils n’ont pas à manger.

Pour améliorer leur vie, elle demande prioritairement de lui construire un abri décent. « Aujourd’hui, nous vivons comme des animaux. On s’agglutine dans une petite hutte très exiguë. »

Elle ambitionne aussi de faire l’élevage. Mais, malheureusement, il lui manque de l’argent. Interrogée sur la mise en application des promesses faites par les élus lors de la campagne électorale, sa réponse est sans management. « Lors de la campagne, ils nous disaient qu’ils vont nous donner de l’eau potable, des capitaux mais, jusqu’aujourd’hui, on ne les voit même pas sur nos collines. Rien n’a été encore fait. »

Où sont les organisations des Batwa ?

Les cultures de la commune Busoni en manque d’engrais et face à la sécheresse

Dans le pays, il existe plusieurs associations militant en faveur des droits des Batwa. A Busoni, les femmes Batwa disent que ces associations brillent par leur absence sur le terrain. « Ils représentent qui ? Les responsables de ces associations travaillent pour leurs intérêts. Ils ne viennent jamais chez nous mais, ils continuent à mentir qu’ils sont à la tête des associations des Batwa », s’insurge Mme Murekirisoni.

Selon elle, seules les familles des représentants profitent de ces organisations.

De son côté, Mme Manampa ajoute que leurs enfants ne fréquentent plus l’école parce qu’on leur exige de porter des chaussures et de chaussettes blanches ainsi que des uniformes. « Je n’ai jamais vu ces associations apporter des aides en matériel scolaire à nos enfants. Qu’ils cessent d’abuser de notre précarité ! Ils ne nous représentent pas ».

Une jeunesse confrontée à de multiples défis socio-économiques

Sur la colline Muyange, de la zone Nyagisozi, Léonard Dusengimana, 27 ans, parle des efforts entrepris par les jeunes pour se soutenir entre eux. « Nous essayons d’intégrer des associations pour nous soutenir mutuellement. Nous cultivons et aidons les jeunes qui ont des problèmes », explique-t-il.

Cependant, ces initiatives se heurtent à des difficultés majeures liées à la terre et aux intrants agricoles. « Nous rencontrons souvent des problèmes pour obtenir des terres à cultiver et des fertilisants. Les engrais manquent beaucoup et les récoltes sont souvent médiocres ».

Propriétaire d’une moto dans un contexte ou le carburant est devenu une denrée rare, M. Dusengimana en subit les conséquences. « Nous sommes obligés de nous approvisionner en Tanzanie. Cela nous pousse à augmenter les prix du transport. Ce qui crée des conflits avec les clients ».

Il appelle les autorités à intervenir en leur faveur en rendant disponible le carburant.

Le chômage constitue un autre défi majeur pour les jeunes de Busoni. Pascal Niyonkuru, de la colline Gatare, en témoigne. « Beaucoup de jeunes ont étudié mais ils ont peu de chances de trouver un emploi. Moi, j’ai étudié la gestion et la comptabilité. Mais, je suis toujours sans travail ».

Le jeune Niyonkuru envisage l’entrepreneuriat comme alternative. « Si j’obtiens un capital, je peux lancer mon propre projet, créer des emplois et me développer », affirme-t-il. Il souligne que de nombreux jeunes se tournent vers l’agriculture pour survivre, mais qu’ils se heurtent au manque de fertilisants.

Concernant la participation politique, il reconnaît une présence de jeunes dans les institutions locales mais qui reste limitée. « Les jeunes ont été élus lors des dernières élections, mais ils restent peu nombreux dans les conseils communaux », précise-t-il.

Il évoque également les promesses faites lors des campagnes électorales. « Certains projets, comme le financement des jeunes à travers le PAEEJ, commencent à se concrétiser mais, d’autres restent encore attendus », note-t-il.

« Avec internet, nous pourrions apprendre, nous informer et développer des projets »

En plus de la question de l’emploi, les jeunes dénoncent aussi le manque d’infrastructures de base. « Nous avons des problèmes de connexion internet et de réseau téléphonique alors que c’est essentiel pour le développement ».

Selon lui, ces carences freinent l’innovation. « Avec internet, nous pourrions apprendre, nous informer et développer des projets. Il y a des créateurs de contenus ici, mais ils ne peuvent pas évoluer à cause du manque de moyens », regrette-t-il.

De son côté, Ramadan Minani, petit commerçant de la colline Gatare, met en lumière les difficultés d’accès au crédit. « On nous demande des garanties que nous n’avons pas. Et même quand on obtient un crédit, le délai de remboursement est trop court », explique-t-il.

A titre d’illustration, il indique que « si vous investissez dans l’agriculture, en trois mois, vous n’avez pas encore récolté. Donc, vous ne pouvez pas rembourser ». Il plaide pour des crédits à faible taux d’intérêt et adaptés aux réalités des jeunes.

Il appelle également à plus d’équité dans l’octroi des financements. « J’ai l’impression que le PAEEJ finance surtout les jeunes qui ont fait des études. Il faut soutenir tous les projets viables même ceux portés par des jeunes non scolarisés », insiste-t-il.

Les difficultés administratives compliquent aussi la vie des jeunes entrepreneurs. « Pour déclarer nos activités à l’Office burundais des recettes, nous devons nous rendre au chef-lieu de Kirundo. Il faudrait rapprocher ces services des collines pour éviter les retards et les pénalités », propose-t-il.

Les minerais, un levier économique pour la jeunesse

Un site de gisement de minerai dans la commune de Busoni

Sur la colline Rurira, dans la zone Rurore, plusieurs jeunes se sont regroupés au sein d’une coopérative d’extraction artisanale de minerais de type « Alufrome », financée par le PAEEJ.

Pour ces jeunes, cette activité constitue une source de revenus. Abdoul Khalim Ndagijimana, un jeune mineur, s’en vante. « Notre coopérative compte une cinquantaine de travailleurs. Chaque semaine, chacun gagne jusqu’à 50 000 FBu. Nous sommes encore à nos débuts. Nous espérons que les salaires s’amélioreront progressivement. » Il pense que lorsque la production sera importante, les minerais seront vendus à un bon prix.

Selon lui, cette activité a déjà amélioré leurs conditions de vie. « Avant, nous dépendions uniquement de l’agriculture. Nous rencontrions beaucoup de difficultés. Aujourd’hui, la situation s’améliore progressivement. »


Interview avec Isaac Nduwayezu

« La mise en œuvre de la décentralisation reste incomplète en raison des retards dans la construction des infrastructures administratives »

Isaac Nduwayezu, chargé de la communication et des relations publiques à la commune Busoni revient notamment sur la sècheresse qui sévit dans la localité, le ralentissement des échanges transfrontaliers ainsi que les priorités en vue du développement.


Pouvez-vous présenter brièvement la commune Busoni ?

La commune compte de 357 991 habitants, dont 188 656 femmes, soit 52 %. Elle est subdivisée en 15 zones et 86 collines.

Combien de zones dirigées par des femmes ?

À ce jour, seules deux femmes sont à la tête des zones, ce qui montre que des efforts restent à fournir en matière de leur représentation.

Quels sont les projets prioritaires de la commune ?

Les priorités de la commune sont définies dans le cadre du Plan de Travail et Budget annuel (PTBA), qui constitue notre principal outil de planification. Ce plan repose sur une vision centrée sur le développement intégré combinant à la fois les secteurs productifs et les services sociaux.

En premier lieu, nous accordons une attention particulière à l’agriculture et à l’élevage. Ces deux secteurs représentent le socle de l’économie locale et assurent la subsistance de la grande majorité de la population. Notre objectif est de moderniser ces activités, d’améliorer les rendements et de renforcer leur résilience face aux aléas climatiques.

Parallèlement, la commune investit dans les infrastructures sociales, notamment les écoles et les structures sanitaires. L’amélioration de l’accès à l’éducation et aux soins de santé est essentielle pour le développement humain.

Nous avons également lancé des projets structurants comme la construction du stade Intore de Nyarunazi qui vise à promouvoir le sport et la cohésion sociale ainsi qu’à créer des opportunités économiques indirectes.

Enfin, dans une logique de diversification économique, nous envisageons l’aménagement d’un site touristique à Nyagisozi. Ce projet s’inscrit dans une vision à long terme visant à exploiter le potentiel naturel de la commune et à attirer des investissements.

Quels sont les défis majeurs auxquels la commune est confrontée ?

Les défis sont multiples et interconnectés. Outre la sécheresse, la commune fait face à une pénurie d’eau potable. Ce qui affecte les conditions de vie de la population.

Les coupures fréquentes du courant électrique constituent également un frein au développement puisqu’elles affectent les activités économiques et les services publics.

Enfin, la mise en œuvre de la décentralisation reste incomplète en raison des retards dans la construction des infrastructures administratives.

Comment la commune compte-t-elle faire face à la sécheresse dont vous parlez ?

La sécheresse actuelle est l’une des plus sévères que la commune ait connues ces dernières années. Elle a des conséquences profondes non seulement sur l’agriculture mais aussi sur la sécurité alimentaire, les revenus des ménages et les finances communales.

Face à cette situation, la commune travaille sur plusieurs pistes. La principale est la mise en place des systèmes d’irrigation adaptés. Il s’agit d’un projet structurant qui pourrait transformer durablement notre modèle agricole en réduisant la dépendance aux précipitations.

Cependant, la mise en œuvre de tels systèmes nécessite des investissements importants notamment en énergie électrique, en équipements techniques et en formation des agriculteurs. Nous sommes donc dans une phase de planification et de mobilisation des ressources.

En parallèle, nous encourageons des initiatives locales comme la collecte et la gestion communautaire de l’eau déjà expérimentées par certaines coopératives, notamment féminines.

Quelles sont les zones les plus vulnérables face à cette crise climatique ?

Les zones Busoni, Gisenyi et Nyagisozi sont les plus affectées.  Dans ces localités, les pertes agricoles sont déjà visibles. Les ménages commencent à ressentir les effets de la baisse de production.

Quelles sont vos prévisions concernant les récoltes ?

Les perspectives ne sont pas rassurantes. Depuis le début de la saison culturale A, à la mi-octobre, la pluviométrie est restée largement insuffisante.

Or, la commune est traditionnellement une zone de production de haricots , du sorgho et de maïs. Cette année, les rendements sont en nette baisse. Ce qui laisse présager une récolte déficitaire.

Les conséquences sont multiples : insécurité alimentaire, baisse des revenus des agriculteurs et diminution des recettes fiscales de la commune. Cela crée un effet en chaîne qui affecte l’ensemble du tissu économique local.

Quels sont les principaux leviers économiques de la commune ?

La commune repose sur plusieurs secteurs générateurs de revenus. Le secteur minier est actuellement en pleine expansion et constitue une source importante de recettes. Nous espérons que cet élan se traduira par des retombées significatives pour la commune.

L’agriculture reste un pilier fondamental malgré les difficultés actuelles. À cela s’ajoute la pêche favorisée par la présence des lacs comme Kanzigiri et Rweru qui offrent un potentiel économique non négligeable.

Le commerce, notamment local et transfrontalier, joue également un rôle clé dans la circulation des biens et dans la vitalité économique de la commune.

Quel est l’impact que la fermeture de la frontière avec le Rwanda a sur l’économie locale ?

L’impact est considérable. La fermeture de la frontière a entraîné un ralentissement notable des échanges commerciaux.

Avant cette situation, la commune bénéficiait d’une forte dynamique économique liée au commerce transfrontalier. Aujourd’hui, cette dynamique s’est affaiblie et a affecté les revenus des commerçants et des ménages.

Au-delà de l’aspect économique, il y a également une dimension sociale importante car, de nombreuses familles sont réparties de part et d’autre de la frontière.

Qu’en est- il de l’accès aux financements pour les jeunes et les femmes ?

Nous observons une évolution positive. Les jeunes et les femmes s’organisent de plus en plus en coopératives. Ce qui leur permet de mutualiser leurs ressources et de renforcer leur capacité d’action.

La commune joue un rôle d’accompagnement, notamment en facilitant l’accès à la terre et en encourageant les initiatives locales.

Des programmes comme le PAEEJ offrent également des opportunités de financement, en particulier pour les jeunes engagés dans des secteurs comme l’exploitation minière. Cela contribue à réduire le chômage et à stimuler l’entrepreneuriat local.

Quels sont les défis dans le secteur de l’éducation ?

Le principal défi est au niveau des infrastructures notamment le manque de bancs-pupitres. L’augmentation du nombre d’élèves exerce une pression sur les capacités d’accueil dans les écoles publiques.

La désertion de certains enseignants constitue une autre difficulté. Cette année, quinze enseignants ont quitté leurs fonctions, en majorité pour se rendre en Tanzanie.

Où en êtes-vous dans la mise en place des bureaux zonaux ?

À ce jour, seules cinq zones sur quinze disposent de bureaux pleinement opérationnels. Les dix autres sont encore en cours de construction en raison des retards dans l’exécution des travaux par les entreprises contractantes.

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