Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3759 jours. Nous ne l'oublions pas.

Six chutes à Ndola : le Burundi n’a pas à perdre le nord

On disait le Levy Mwanawasa imprenable, une citadelle de cuivre où nul ne s'imposait. Les chiffres racontent autre chose : six défaites à domicile en trois saisons. Si le Niger, la Tanzanie et même les Comores y ont gagné, les Hirondelles ont toutes les raisons d'aborder Ndola sans trembler.

Première partie : le temps des certitudes
Pendant longtemps, on ne perdait pas à Ndola. C’était une loi. Non écrite, mais respectée par tous. Le Levy Mwanawasa était plus qu’un stade, c’était une idée. Le cuivre sous les tribunes, la foule comme un seul homme, l’altitude. On y entrait, on n’en sortait pas vivant.

Les livres disaient même : depuis son inauguration, jamais la Zambie n’y avait chuté.

Les livres mentent parfois.

Deuxième partie : la première lézarde
Tout a commencé sans fracas. Juin 2024, éliminatoires du Mondial 2026. La Tanzanie. Un match que personne n’avait encerclé en rouge. Et puis ce score, sec, brutal : 0-1.

On a haussé les épaules. Un accident. La preuve ? Le reste de la saison fut tenue : la Sierra Leone renversée 3-2 dans un match fou, la grande Côte d’Ivoire mise à genoux 1-0, et ce petit nul contre le Tchad, 0-0, un jour sans.

Une défaite seule ne fait pas une malédiction. Elle prévient.

Troisième partie : l’effondrement
C’est ici que l’histoire devient cruelle. Saison 2025-2026. Cinq fois. Cinq fois que le sol s’est dérobé sous les Chipolopolo, chez eux, devant les leurs.

Il faut avoir le courage de les énumérer.

Septembre 2025, le Maroc. 0-2. Sans appel. Le genre de défaite qui vous apprend votre place.

Octobre 2025, le Niger. 0-1. Celui-là, il a fait mal. À Lusaka. Le but qui a fermé la porte du Mondial 2026. Je revois encore les visages dans les gradins, ce silence épais qui suit les grandes désillusions.

Puis vint le Chan.
Août 2025 : l’Angola s’impose 1-2, puis le Kenya, 0-1, vient éteindre les dernières lumières.

Et comme si le sort voulait s’acharner, même la Cosafa s’y mit. Juin 2025, les Comores. Les Comores, dis-je bien. 0-1. À la maison.

Cinq défaites. En une saison. Ndola n’était plus une forteresse. C’était une maison aux fenêtres ouvertes.

Quatrième partie : ce qui renaît
Et puis, septembre 2026. Un autre air. Début des qualifications pour la Can 2027. Le Togo se présente à Ndola. Et cette fois, la Zambie répond : 2-0. Clair. Autoritaire.

Zéro défaite à domicile dans cette campagne naissante.

Alors, que reste-t-il du mythe ?

Il reste ceci : en trois ans, de début 2024 à aujourd’hui, six équipes sont venues gagner sur le sol zambien. Six.

La forteresse saigne. Elle doute. Elle n’est plus invincible.

Et c’est exactement pour cela que Bujumbura doit y croire. Si le Niger l’a fait, si la Tanzanie l’a fait, si les Comores l’ont fait, pourquoi les Hirondelles, avec leur cœur immense, ne le feraient-elles pas ?

Le 13 novembre à Ndola, ce n’est pas un mur qui nous attend. C’est une porte entrouverte.

 

Patrick Sota

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU