Une absence qui pèse
Ceux qui l’ont approché ne parleront pas d’abord de ses fonctions. Ils parleront d’une manière d’être au monde. D’une rigueur qui n’était jamais sécheresse, d’une intelligence qui n’était jamais arrogance, d’une douceur qui n’était jamais faiblesse. Il avait cette politesse rare des grands esprits : écouter jusqu’au bout, peser, puis dire, en quelques mots d’une précision chirurgicale, ce que d’autres mettaient des heures à confondre.
II. Le voisin qui vous élevait
Je l’ai connu comme on connaît un aîné de quartier. Voisin, presque familier, et pourtant déjà ailleurs par la hauteur de sa pensée. Avec lui, discuter n’était jamais bavarder. C’était s’élever.
Il portait sur le Burundi de demain un regard d’une clarté presque cruelle tant il était lucide. Et au centre de tout, comme un autel, une obsession, une prière laïque qu’il répétait avec la patience d’un orfèvre : la méritocratie.
III. Le credo de la méritocratie
Pour lui, ce mot n’était pas un slogan. C’était une thérapie nationale. Seule la primauté de l’excellence, martelait-il, pouvait abolir d’un seul trait la médiocrité qui a tant abîmé ce pays.
Seule l’exigence, posée dans nos écoles, dans nos universités, dans nos administrations, pouvait dissiper les brumes épaisses et grégaires des ethnies, des clans, des régions. Ces instincts d’une stupidité insondable qui nous retiennent au sol quand le monde, dehors, s’ancre dans une compétitivité féroce, impitoyable.
Il ne rêvait pas d’un Burundi revanchard. Il rêvait d’un Burundi efficient. Capable. Digne. Un pays qui ne quémande pas sa place, mais qui la mérite. Un pays où l’on ne demande pas d’où tu viens, mais ce que tu sais faire, et avec quelle probité tu le fais. Il le disait sans détour : toute réforme qui ne vise pas cette excellence n’est que maquillage posé sur une blessure ouverte.
IV. L’architecte de l’ombre
Au sein du Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie, il fut cela : non pas un apparatchik, mais un architecte de l’ombre. Celui qui veillait pendant que d’autres s’agitaient.
Il ne s’est jamais contenté de vouloir le pouvoir. Il s’est épuisé à penser comment l’exercer sans se trahir. Comment gouverner sans se renier. Comment réparer un Etat fragilisé sans le briser davantage.
C’était un homme de principes dans un temps qui en manque, refusant tous les compromis faciles et interlopes. Un homme de structures dans un pays qui confond trop souvent l’agitation et l’action.
V. Ce qui ne meurt pas
Alors oui, François laisse un vide immense dans le coeur des siens. Mais il laisse surtout un héritage qui ne se met pas dans un testament. Un héritage fait d’exigences, d’idées debout, de consciences éveillées.
Certaines vies ne s’achèvent pas. Elles se prolongent. Elles continuent de nous interroger dans le silence, de nous obliger à mieux penser, à mieux faire.
En lui disant adieu, nous ne pleurons pas seulement un être cher. Nous saluons une conviction qu’il a portée à bout de bras jusqu’à son dernier souffle : qu’un autre Burundi est possible. Et que cet autre Burundi ne sera pas un don du ciel. Il sera le fruit d’un travail, d’une discipline, d’une foi entêtée en l’intelligence et en la dignité humaine.
Que son âme repose enfin.
Que son idée, elle, ne se repose jamais.
Patrick Sota
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