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Interview avec Adrien Sibomana : « Les personnes âgées jouent un rôle important dans la communauté malgré leur marginalisation »

Alors que le monde célèbre le 1er octobre 2026 la Journée internationale des personnes âgées, les aînés burundais restent confrontés à une forme de marginalisation au sein de la société. Pour Adrien Sibomana, ancien Premier ministre sous Pierre Buyoya I, cette situation traduit le peu de considération accordée à ceux qui ont pourtant contribué à bâtir la société.

Quelle place les personnes âgées occupent-elles dans la société burundaise ?

Elles ont une place importante dans la société. Ce sont des personnes qui ont beaucoup d’expériences. Elles ont traversé plusieurs décennies, connu différentes périodes et différents régimes. Elles sont donc capables de porter un jugement sur ce qui se passe dans le pays et de formuler des recommandations ou des conseils utiles pour l’avenir.

Mais, comme elles sont parfois isolées, leur visibilité n’est pas toujours aussi grande qu’elle devrait l’être. Elles passent parfois inaperçues. Il faut des chercheurs ou des journalistes comme vous pour aller à leur rencontre et découvrir ces véritables « monuments » ou « bibliothèques » que constituent leurs expériences.

Quel est aujourd’hui le rôle des personnes âgées dans la communauté ?

Elles jouent notamment un rôle dans la transmission des valeurs, des connaissances et des expériences qu’elles ont accumulées. Elles ont un rôle important surtout au niveau de la proximité et de la communauté.

Mais, au niveau de la vie nationale, je pense qu’elles ne sont pas suffisamment impliquées. Pour moi, ce n’est pas une bonne chose. Dans d’autres pays, les personnes âgées continuent à contribuer à la société. Elles ont le temps, l’expérience et elles peuvent participer à la recherche, à la conservation des documents et à la préservation des valeurs.

Que faudrait-il faire pour mieux valoriser leurs nombreuses expériences ?

Il faudrait d’abord savoir où elles se trouvent et quelles sont leurs compétences. Par exemple, l’Office national des Pensions et Risques professionnels, ONPR, pourrait établir un fichier des anciens ingénieurs, agronomes, médecins et autres professionnels à la retraite. L’Institut national de Sécurité sociale, INSS, pourrait faire de même.

Une fois ce fichier établi, lorsqu’il y a des événements, des catastrophes ou des problèmes particuliers, on pourrait recourir à leurs expériences pour trouver des solutions appropriées. On pourrait même imaginer des mécanismes permettant de les faire travailler d’une manière ou d’une autre.

Le cerveau, si on ne l’exploite pas, finit par perdre ses capacités. Les Anglo-Saxons disent : « Use it or lose it » — utilisez-le ou vous le perdez. Il faut donc permettre aux personnes âgées de continuer à mettre leurs expériences au service de la société.

Les anciennes pratiques, notamment le « Haziko », sont-elles encore observées aujourd’hui ? Quelle comparaison mettez-vous entre les anciennes coutumes et les pratiques actuelles ?

Les coutumes ont beaucoup changé. Aujourd’hui, les jeunes ont parfois tendance à vouloir se parler entre eux et à moins écouter les aînés. La pratique du « Haziko » n’est presque plus observée.

Elle subsiste seulement dans quelques familles où l’on trouve encore des enfants qui vivent avec leurs parents ou leurs arrière-grands-parents. Cela permet encore, dans ces familles, de maintenir certains liens et de transmettre des valeurs entre générations.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles les personnes âgées sont confrontées aujourd’hui ?

On ne peut pas les connaître toutes car, les conditions de vie diffèrent selon les personnes et selon l’endroit où elles vivent. Mais, d’une manière générale, la première difficulté concerne la santé. Lorsqu’une personne a vécu longtemps, ses organes vieillissent et elle devient très vulnérable face aux maladies.

Une autre difficulté dépend du lieu de résidence. Les personnes âgées vivant à la campagne peuvent encore disposer de leurs propriétés foncières. En revanche, les anciens fonctionnaires ou anciens employés d’entreprises vivant en ville peuvent rencontrer davantage de difficultés. Leurs maisons vieillissent, leurs ressources diminuent et leur pouvoir d’achat devient insuffisant.

Les prix des produits alimentaires ont augmenté alors que les pensions n’ont pas toujours suivi cette évolution. Même les salaires ne sont pas nécessairement ajustés en fonction de l’inflation. Cela réduit progressivement les moyens dont disposent les personnes âgées pour vivre convenablement.

Qu’en est-il de la solitude chez les personnes âgées ?

La solitude est effectivement une difficulté importante. Je lisais récemment qu’on pouvait considérer la solitude comme l’une des maladies les plus terribles. Certaines personnes âgées vivent dans l’isolement. Elles ne sont peut-être pas encore nombreuses mais, avec l’augmentation du nombre de personnes âgées, ce problème risque de devenir beaucoup plus visible dans les années à venir.

On observe parfois des comportements inappropriés de la part de certaines personnes âgées envers les jeunes. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Je pense qu’il s’agit surtout des cas marginaux qui peuvent s’expliquer par des comportements psychologiques atypiques. Ce sont des comportements qui ne devraient évidemment pas avoir lieu, mais qui peuvent parfois être liés à l’isolement ou aux conditions dans lesquelles certaines personnes âgées vivent.

Il peut donc y avoir des comportements marginaux, mais je ne pense pas qu’il faille considérer cela comme un phénomène social généralisé.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, quel message souhaitez-vous adresser aux familles et à la communauté burundaises ?

Le message est très simple. Les personnes âgées sont des gens qui se sont dévoués pour la société, souvent dans des conditions beaucoup plus difficiles que celles que nous connaissons aujourd’hui.

Il faut donc reconnaître les efforts qu’elles ont consentis et leur permettre de transmettre leurs expériences aux générations actuelles et futures. Plus on avance en âge, plus on peut témoigner de ce qu’était la vie autrefois, de ce qui a changé et de ce qui constitue une vie digne.

Les personnes âgées constituent une mémoire vivante de notre société. Nous devons donc mieux les écouter, mieux les considérer et surtout ne pas laisser leurs expériences se perdre.

Alexandrine Ndayishimiye

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