Quand on parle des effets du phénomène El-niño, faut-il s’attendre seulement aux fortes pluies, aux glissements de terrain ou il peut y avoir d’autres manifestations ?
Lorsqu’on parle des conséquences du phénomène El-niño, la plupart des gens pensent effectivement aux pluies intenses, aux fortes précipitations. Ce qui entraîne des inondations et des mouvements de masse. C’est-à-dire les glissements de terrain, les éboulements, les effondrements, les crues des rivières, le ravinement, etc.
Mais, il faut souligner que c’est selon la localité dans laquelle on est. Surtout au niveau régional, on peut assister à de multiples conséquences. À côté de fortes pluies au niveau de la partie est-africaine, on peut automatiquement s’attendre aux vents violents qui peuvent aussi endommager les champs de cultures, les infrastructures, les maisons, etc.
Toutefois, dans son ensemble, le phénomène se manifeste différemment.
C’est déjà annoncé que le Burundi est concerné par les effets de ce phénomène d’ici peu. Est-ce que le pays est préparé ? Y’a-t-il des actions en cours pour prévenir des dégâts importants ?
Franchement, les initiatives sont là. Mais, on ne peut pas garantir que le Burundi est bien préparé pour le moment à faire face aux effets prévus du phénomène El Nino. Il y a encore à faire.
Concrètement, que faire ? Qu’est-ce que vous proposez ?
D’abord, du point de vue de la communication, il y a encore à faire.
Comment ?
L’Institut géographique du Burundi (Igebu) comme institution nationale chargée de la prévision a déjà alerté. Mais, il faudrait aussi que d’autres structures lui emboîtent le pas. Il faut que certaines structures puissent prendre des mesures allant dans le sens de la prévention, d’anticipation, de préparation des réponses au cas de la survenue de précipitations intenses ou de vents violents.
Dans la communication, il se peut aussi que des gens ne soient pas bien informés ou bien que les canaux concernés transmettent le message différemment. Il faut qu’il y ait une certaine coordination.
Du point de vue matériel, financier et humanitaire, il y a aussi encore à faire.
Par exemple ?
Si vous allez voir au ministère ayant l’agriculture dans ses attributions, est-ce qu’on a déjà commencé à mobiliser les agriculteurs sur les pratiques agricoles à mettre en avant dans les circonstances de fortes précipitations ? Au niveau des infrastructures, est-ce qu’on est en train de protéger et de vérifier si les ouvrages hydrauliques sont prêts à évacuer les eaux des précipitations intenses ? Est-ce qu’on est en train de fortifier et de protéger des maisons pour prévenir les vents violents ?
Dans le domaine de l’électricité, est-ce qu’on est en train de voir réellement les zones qui sont les plus sensibles pour les stabiliser ou installer des dispositifs qui pourront aider dans la prévention ?
Côté santé, est-ce qu’on est en train de mobiliser des moyens pour faire face aux maladies pouvant naître de cette situation ? Est-ce que les hôpitaux sont bien outillés humainement et matériellement pour les secours ?
Qu’est ce qui est en train d’être fait dans le domaine éducatif pour continuer à fonctionner en cas de destruction des écoles par les vents ou les inondations ? Des sites de classes mobiles sont-ils déjà identifiés ?
Donc, il faut anticiper ?
Effectivement. En termes d’activités préventives, il faut anticiper. Et là, il faut d’abord l’identification des zones à risque. La plupart de ces zones sont bien connues. Il faut aussi veiller à ce que les mesures d’anticipation soient là.
Je parle d’un exemple. Pour le cas des quartiers qui sont le plus souvent inondés, il faut veiller au quotidien si les canaux d’évacuation des eaux pluviales sont bien curés. Il faut éviter qu’il y ait des objets, des produits ou d’autres matériaux qui puissent boucher les canaux. Là où il n’y en a pas, il faut chercher à les créer, voir toutes les zones qui n’ont pas de système d’évacuation des eaux et les installer.
Il faut vérifier et voir les zones qui présentent certains signes à risque et chercher à évacuer les gens.

Quel est votre appel au gouvernement, à la population et aux partenaires ?
Le gouvernement du Burundi devrait prendre la question au sérieux. Que tous les secteurs soient mobilisés surtout dans la logique de mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières afin d’anticiper ! Côté matériel, on devrait par exemple vérifier si on a du matériel suffisant et efficace pour intervenir en cas de besoin. Est-ce que les camions sont disponibles pour les secours ? Est-ce que les partenaires collaborent de manière effective avec le côté gouvernemental ? Face à El-niño, tous les secteurs devraient être préparés et prendre des mesures anticipatives.
Pour la population, surtout celle se trouvant dans des zones à risques bien connues, il faut prendre des dispositifs nécessaires. Il faut surtout multiplier et renforcer la communication et l’alerte précoce. S’il pleut abondamment, il faut veiller. Les comités collinaires de prévention des risques et gestion des catastrophes doivent être plus opérationnels que jamais. Il faut qu’ils mettent surtout un focus sur la surveillance et la communication. Tout le monde est appelé à agir.
De leur côté, les partenaires doivent se réveiller pour mobiliser plus de ressources que jamais.
Pourquoi ?
Parce qu’on nous a signalé un super el-niño, c’est-à-dire que les conséquences peuvent être importantes. Et là, il faudra plus de moyens matériels, humains, techniques, financiers, etc. J’appellerai aussi à une bonne collaboration entre les partenaires et la partie gouvernementale. Comme on connait déjà les zones à plus haut risque, il y a moyen d’anticiper.
Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze
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