Dans les dépôts autour du marché central de Gitega et les quartiers périphériques, l’atmosphère est à la résignation et à la rancœur. Il y a deux mois à peine, les commerçants du coin pensaient avoir traversé les pires moments de leur carrière. Leurs stocks de liqueurs fortement alcoolisées ( Kick, Smart, Niko, Snap, Hakili) et d’autres boissons produites localement avaient été saisis puis détruits publiquement. Ce qui avait provoqué de grosses pertes chez certains.
Puis, comme par enchantement, la situation s’est inversée. En quelques semaines, ces mêmes bouteilles ont réapparu sur les étals, distribuées massivement et sans le moindre obstacle administratif. Les vendeurs ont alors de nouveau vidé leurs réserves d’argent liquide ou contracté de lourds emprunts pour réapprovisionner leurs échoppes.
Malheureusement, un piège financier vient de se refermer pour la énième fois sur eux. Une simple déclaration du Numéro Un burundais sur les méfaits sanitaires de ces boissons aura suffi à relancer la machine administrative. Policiers et agents municipaux se sont immédiatement mis à traquer de nouveau le moindre flacon sur le marché.
Pour les grossistes au centre-ville de Gitega qui ont requis l’anonymat, l’incompréhension est totale. « Pourquoi interdire un produit aujourd’hui, le légaliser à grande échelle demain pour le maudire de nouveau après-demain ? On nous pousse sciemment vers la corde au cou », s’emporte l’un d’entre eux les yeux fatigués par une nuit sans sommeil. Il propose que si ces produits sont réellement dangereux on scelle les usines de fabrication au lieu de laisser les usines produire et de venir ruiner les derniers maillons.
« Elles sont pourtant homologuées »
Les commerçants pointent du doigt le rôle du Bureau burundais de Normalisation et Contrôle de la qualité (BBN). Toutes ces liqueurs aujourd’hui pourchassées affichent en effet une homologation en bonne et due forme accordée par ce bureau. Ils soulignent que si le brevet de licence accordé par l’institution officielle de contrôle ne protège plus le commerçant contre une saisie du jour au lendemain, la chaîne de confiance est totalement brisée.
Désabusés par ces revirements successifs, beaucoup de vendeurs jurent désormais par tous les dieux qu’ils ne restockeront plus jamais de liqueurs fabriquées localement. Une propriétaire d’un ancien dépôt de ces boissons prohibées aujourd’hui résume la position générale. Le made in Burundi est devenu synonyme de faillite assurée. « Même si nous devons payer des taxes de douane élevées, au moins les marchandises importées bénéficient d’une stabilité réglementaire. », trouve-t-elle.
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