La chapelle du Saint-Esprit de Kiriri était remplie de fidèles venus accompagner le Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, SJ, à sa dernière demeure. Parents, amis, anciens élèves, collaborateurs et membres de la communauté catholique ont pris part à la messe de requiem célébrée en sa mémoire.
Dans son homélie, le Père Fabien Gasigwa, SJ, Provincial de la nouvelle Province Rwanda-Burundi de la Compagnie de Jésus, a longuement insisté sur l’amour, l’humilité et le pardon qui, selon lui, ont marqué la vie du défunt.
« Continuez à aimer Guillaume Bonja comme il nous a aimés. Gardez sa mémoire à travers ses œuvres de charité », a-t-il exhorté.
Le Provincial a rappelé que la foi chrétienne se mesure aussi aux actes posés envers les autres. « Pour entrer dans le ciel, il faut aimer. Dieu vous demandera ce que vous avez fait comme œuvres de charité, comme Guillaume Bonja l’a fait », a-t-il déclaré.
Il a également appelé les fidèles à cultiver le pardon et la reconnaissance : « Remercions le Bon Dieu pour tout ce que nous avons reçu grâce à Bonja. »
Un éducateur rigoureux et attentif
Les témoignages entendus au cours des obsèques ont fait apparaître une autre dimension importante du Père Bonja : celle de l’éducateur.
Yves Sahinguvu, ancien premier vice-président de la République et ami d’enfance du défunt, a pris la parole au nom de ses amis originaires de Bukeye.
Il a évoqué un homme qui, depuis sa jeunesse, se distinguait par son attention aux autres et son souci de l’unité.
« Dans notre paroisse de Bukeye, nous le connaissions comme une personne caractérisée par l’amour et soucieuse du développement des autres », a-t-il témoigné.

Selon lui, le Père Bonja évitait les divisions et recherchait le dialogue. Même lorsqu’il poursuivait ses études à Kinshasa, il prenait le temps de s’intéresser aux autres et de prendre de leurs nouvelles.
Au Lycée du Saint-Esprit, où il a exercé d’importantes responsabilités, il encourageait ses élèves à rechercher l’excellence. Lorsqu’un jeune rencontrait des difficultés, il n’hésitait pas à se rapprocher de sa famille pour chercher une solution, sans distinction entre familles aisées et modestes.
Yves Sahinguvu a également rappelé la création par le Père Bonja de la Fondation IGA, engagée notamment dans l’alphabétisation des populations rurales.
« Que Dieu le récompense pour ses œuvres de charité. Priez pour nous là où vous êtes », a conclu l’ancien premier vice-président de la République.
« Pourquoi es-tu parti ? »
L’émotion était également perceptible dans les paroles du Père Fabien Gasigwa, qui a évoqué les nombreux projets que son confrère laisse derrière lui.
« Pourquoi es-tu parti sans publier les 40 livres que tu m’avais promis ? Pourquoi es-tu parti sans achever les procès fonciers ? Pourquoi es-tu parti sans voir les enfants dont tu avais payé les frais scolaires ? »
Autant de questions qui témoignent de l’étendue des activités et des engagements du Père Bonja.
Le Provincial a néanmoins invité les fidèles à regarder sa disparition à la lumière de leur foi : « Rien ne pourra nous séparer de cet amour, pas même la mort. »

Il a présenté le défunt comme « un ambassadeur dans les cieux », demandant aux fidèles de prier pour lui comme lui-même avait prié pour les autres.
Une vocation enracinée dans l’histoire familiale
Pamphile Muderega, frère du défunt, est revenu sur les origines de sa vocation religieuse.
Selon son témoignage, leur frère aîné souhaitait devenir prêtre mais mourut prématurément alors qu’il était au petit séminaire de Kanyosha. Guillaume Ndayishimiye Bonja, conseillé par son père, aurait alors décidé de poursuivre le chemin que son frère n’avait pu achever.
Pamphile Muderega a remercié l’Archidiocèse de Bujumbura, la Compagnie de Jésus et l’ensemble de l’Église catholique pour l’accompagnement de son frère, ainsi que toutes les personnes qui ont entouré la famille durant ces moments difficiles.
Le veilleur de la langue
Né en juillet 1952 à Gikonge, en commune Bukeye, dans l’ancienne province de Muramvya, le Père Guillaume Ndayishimiye Bonja a consacré une grande partie de sa vie à l’Église et à l’éducation.
Linguiste, il a notamment enseigné la linguistique bantoue à l’Université du Burundi et au Grand Séminaire de Burasira. Mais son travail intellectuel s’est aussi traduit par des livres et par de longues années consacrées à l’étude du kirundi.
Le journaliste, écrivain et éditeur Antoine Kaburahe, fondateur d’Iwacu, l’avait rencontré à Kigali quelques jours seulement avant sa mort. Le Père Bonja lui avait alors confié le fichier de son Kaziinduuzi, un dictionnaire auquel il avait consacré dix années de travail et dont il souhaitait voir la publication aboutir rapidement.
Pour Antoine Kaburahe, ce dictionnaire constitue « son dernier cadeau pour le Burundi ».
Dans son hommage au religieux, il retient surtout un mot pour résumer sa vie : « veilleur ».
Le terme vient du Père Bonja lui-même. Lors de leur dernière rencontre à Kigali, il avait confié : « Jewe ndi umunyagisaka, twari abateramyi ba Karyenda » — « Je suis un Munyagisaka, nous étions les veilleurs du tambour royal, le Karyenda. »

« Il fut un veilleur sur les âmes. Un veilleur pour ses élèves, pour les jeunes, pour les adultes. Un veilleur sur ce qu’un pays a de plus précieux : sa langue », écrit Antoine Kaburahe.
Une œuvre qui ne s’arrête pas avec sa disparition. Le Père Bonja continuera à vivre à travers ses livres et, bientôt, à travers ce dictionnaire auquel il avait consacré les dernières années de sa vie.
Son dernier cadeau au Burundi.
Et dans son hommage, Antoine Kaburahe lui adresse un dernier mot en kirundi :
« Terama. Veillez ! De là où vous êtes désormais, Père Bonja, continuez de veiller sur nous. Sur nos âmes. Sur notre langue. »
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