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Région Centre/Gitega : Le marché de Gitega entre bouclage anti-incendie et asphyxie des commerçants riverains

A la suite des incendies dévastateurs qui ont ravagé plusieurs centres commerciaux à travers le pays, l’administration et la police de Gitega verrouillent le marché central dès 17 h. Mais, cette rigueur sécuritaire déborde sur les commerçants et quartiers environnants. Les lésés dénoncent les tracasseries policières nocturnes qui ravivent les tensions.

Dès 16h, une frénésie s’empare des étals du marché central de Gitega. Rangement précipité des cartons, fermeture hâtive des étals et cliquetis des cadenas : les commerçants s’exécutent sans discuter. A partir de 17 h, un calme plat règne à l’intérieur du marché. Autour de l’édifice, des barrières sont dressées pour former un cordon anti-incendie.

Sur le terrain, l’application de la consigne suscite une vive contestation dès qu’on s’éloigne de quelques centaines de mètres du bâtiment principal. Dans les rues adjacentes, la colère gronde parmi les gérants de boutiques, d’entrepôts, de dépôts et de bistrots. Bien qu’installés hors de l’enceinte principale, ces opérateurs économiques se voient imposer les mêmes restrictions des horaires de travail. Ils jugent cela d’abusif et d’économiquement insoutenable.
« Nous sommes traités comme si nous étions à l’intérieur du marché central », déplore un gérant de bistrot sous couvert d’anonymat.

Selon lui, la réglementation qui leur interdit d’ouvrir les cabarets avant midi les étranglait déjà. Ils se demandent à quelle heure ils doivent travailler s’ils sont obligés de fermer à 17 h. « C’est précisément en fin d’après-midi que les clients affluent après leur journée de travail. Entre les loyers élevés et les charges qui tombent, nos affaires sont en train de mourir », ajoute son collègue qui vend la bière de banane. Pour ces commerçants, le manque à gagner est donc colossal.

Des quartiers pris en otage

Au-delà de l’impact commercial, le dispositif sécuritaire perturbe l’ensemble de la vie citadine. Entouré par plusieurs artères principales menant aux quartiers résidentiels de Nyabisindu et Shatanya III, le marché est devenu un obstacle difficile à contourner à la tombée de la nuit. Les habitants rentrant du travail se heurtent quotidiennement aux barrages de police.

Ce qui les contraint d’effectuer des détours. Le comportement de certains agents déployés le long des barrages suscite aussi une profonde amertume chez les riverains. Les témoignages font état d’une rigueur excessive tournant parfois à la brutalité. « Rentrer chez soi le soir est devenu un parcours du combattant », confie un habitant de Nyabisindu. Il fait savoir que pour le simple tort d’avoir emprunté une rue habituelle à proximité du marché, on vous accuse de vouloir approcher l’enceinte. Il y aurait des verbalisations arbitraires, des bousculades et même des personnes dépouillées de leur argent ou arrêtées sans motif clair.

Le mur du silence

Face à ces dérives présumées, le climat social reste lourd. Malgré les pertes accumulées et les abus dénoncés en coulisses, aucune plainte officielle n’a encore été déposée par les victimes. Une prudence qui serait dictée par la peur de subir des répercussions judiciaires ou sécuritaires directes.

« Personne n’ose porter plainte ou hausser la voix auprès des autorités. Nous craignons d’être étiquetés comme des malfaiteurs ou des complices qui chercheraient à incendier le marché. Alors, tout le monde se tait et subit en silence »,explique un commerçant du secteur.

Nous n’avons pas pu trouver la version de l’administration locale ou de la police pour répondre aux doléances des uns et des autres.

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