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Du combat individuel à la force collective pour une gouvernance locale inclusive

La province de Buhumuza, unique province du Burundi dirigée par une femme a abrité la 6ᵉ session des Débats-Café sur le leadership politique féminin et la gouvernance locale inclusive organisée par l’Institut néerlandais pour la Démocratie multipartite (NIMD). C’est dans le cadre du projet Arpog, mis en œuvre par NIMD en consortium avec l’Afrabu ainsi que d’autres partenaires sous subvention à des tiers. Le soutien financier est assuré par l’Union européenne. L’objectif est de renforcer les femmes leaders pour qu’elles puissent conquérir leur place au sein des instances de décision locales sans attendre d’être coptées.

Ne plus attendre qu’on leur tend la main, mais s’imposer par la force des idées et la rigueur du travail. Tel est le cri poussé le mercredi 19 août 2026 par les délégués provinciaux des partis politiques, les représentantes des organisations de la société civile et les panélistes réunies à Cankuzo.

Dans une salle acquise à la cause d’une gouvernance plus équitable, le message résonne haut et fort. L’heure n’est plus à la figuration, mais à la conquête légitime des espaces de décision. D’après les participants, la représentativité des femmes, surtout au niveau local, se heurte encore trop souvent à un plafond de verre invisible dès lors qu’un cadre légal contraignant en faveur des quotas des femmes n’est pas adopté.

Face aux pesanteurs socioculturelles, à l’éloignement géographique et aux défis économiques propres à cette région frontalière, les femmes engagées font souvent face à un sentiment d’isolement qui bride leur potentiel.

Selon le NIMD, la rencontre de Cankuzo vise précisément à briser cette dynamique pour transformer les initiatives individuelles en une véritable force collective. « L’objectif de ce débat n’est pas uniquement de documenter à nouveau ces obstacles sectoriels, mais de formaliser des solutions concrètes et de créer des ponts durables »,
souligne Léonard Ndikiminwe, responsable de programme à NIMD.

Ce cadre de débat café initié par le NIMD trouve son originalité dans l’instauration d’un dialogue direct, horizontal et sans tabou entre les femmes leaders, les représentants des partis politiques, les acteurs de la société civile et les autorités administratives, là où les formations magistrales classiques n’ont pas donné beaucoup de résultats. « L’enjeu central de cette démarche réside dans la déconstruction des freins psychologiques et sociétaux. Les formations sur la prise de parole et l’affirmation de soi permettent de lever la peur d’exprimer son opinion en public, renforçant ainsi la confiance individuelle, pilier de tout changement durable », a reconnu M. Ndikiminwe.

Un signal fort depuis une province symbole

Après cinq sessions d’échanges organisées à Bujumbura et à Gitega entre 2025 et 2026, l’atterrissage du projet Arpog (Appui au renforcement des partis politiques et des organisations de la société civile en tant que « Gardiens » de la représentativité et de la participation des femmes et des jeunes dans la vie politique au Burundi) en province de Buhumuza marque un tournant stratégique.

En tant que seule province du pays dirigée par une femme, la province de Buhumuza constitue un laboratoire vivant de la gouvernance politique féminine. Elle offre un ancrage concret et hautement symbolique pour analyser les leviers d’accès aux sphères de décision. « Ce qui nous manque pour nous les femmes, c’est la confiance en nous-mêmes alors que c’est la base de tout. Nous devons avoir la conviction que nous possédons les capacités et les ressources nécessaires pour agir, convaincre, et réussir face aux différentes situations », souligne Denise Ndaruhekeye, gouverneure de la province de Buhumuza qui, au passage, raconte son parcours de responsable et de militante politique qui lui a ouvert les portes du gouvernorat de Buhumuza aujourd’hui.

Même son de cloche chez la députée Georgine Mbonimpa. Elle a souligné que l’ascension de la femme dans les instances de décision est semée d’embûches. Non seulement les coutumes burundaises freinent la femme mais aussi le niveau intellectuel des unes et des autres fournit de l’eau au moulin de leurs détracteurs.

Le refus de la passivité

Au fil des discussions, les participantes ont fermement rejeté l’idée d’une présence féminine symbolique ou cantonnée à des rôles secondaires d’exécution. Les débats ont souligné l’urgence pour les femmes de s’organiser en réseaux de solidarité, de miser sur le mentorat et de faire preuve d’un leadership proactif fondé sur la rigueur et la pertinence des propositions politiques. « Les femmes doivent prouver qu’elles méritent réellement les postes qu’elles occupent.Elles ne doivent plus attendre d’être coptées ou de jouer les figurantes. Montrez aux hommes que vous êtes capables comme eux », appelle l’un des panelistes, l’abbé Salvator Ngendabanyikwa. D’après cet homme d’Eglise, la confiance en soi, le travail d’équipe et la maîtrise des dossiers sont le cœur du changement durable.

« Le Débat- Café libère la parole, brise le silence et favorise une confrontation constructive d’idées pour dégager des solutions adaptées aux réalités locales »

Il a par ailleurs reconnu que cette initiative du NIMD est primordiale dans la mesure où elle donne des outils concrets aux femmes pour identifier leurs forces et leurs faiblesses afin de conquérir leurs places au soleil.
« Valoriser le rôle des femmes et leur donner les moyens d’agir, c’est transformer durablement l’ensemble de nos communautés. Le plus important dans tout cela est l’autonomie financière de la femme », a ajouté Jeanine Kwizera, paneliste et présidente de Forum national des femmes (FNF) à Ruyigi. Selon elle, les femmes sont majoritaires au Burundi et rien ne peut leur barrer la route si elles travaillent ensemble, s’entraident mutuellement et partagent les expériences des unes et des autres.

Des actions concrètes pour transformer les réalités locales

Au-delà des constats, la journée a permis de poser des jalons opérationnels. Les échanges ont insisté sur la nécessité de mobiliser les plateformes de plaidoyer existantes pour créer des synergies durables entre tous les acteurs du développement territorial. « Buhumuza possède une valeur symbolique et pratique inestimable.Le format Débat Café libère la parole, brise le silence et favorise une confrontation constructive d’idées pour dégager des solutions adaptées aux réalités locales », a expliqué Seconde Gihwahwa qui a représenté le ministère ayant l’intérieur dans ses attributions.

Elle a réaffirmé que le soutien du ministère de tutelle s’inscrit en parfaite adéquation avec la vision nationale de développement à l’horizon 2040-2060 qui place l’inclusion et la cohésion sociale au centre des priorités strategiques. « La participation des femmes ne doit plus être limitée. Vos recommandations enrichiront directement le travail des décideurs institutionnels », a-t-elle soutenu. Buhumuza à démontré que le leadership féminin est une réalité en marche, indispensable pour bâtir une gouvernance locale juste, transparente et résiliente au Burundi.

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