Dans la province de Gitega, sur toutes les collines, une question est sur toutes les lèvres : « Quand aurons-nous enfin les engrais ? » Habituellement approvisionnés par les fertilisants de la société Fomi, les agriculteurs constatent un manque total d’informations. Ni les Directions provinciales de l’agriculture (DPEAE), ni le ministère de tutelle, ni les représentants du fabricant, personne ne prend la parole.
Le système est pourtant bien rodé. Pour garantir leur dotation, les producteurs agricoles effectuent un versement préalable auprès des structures encadrantes. Le mécanisme s’est grippé depuis plusieurs campagnes, accumulant retards, distributions filtrées et opacité managériale. « J’ai en ma possession deux reçus d’avance datant de la saison dernière et même d’avant. Aujourd’hui, pour la nouvelle saison, on nous demande encore d’attendre sans aucune garantie », s’indigne Joseph Gahungu, agriculteur de Gishora.
Face aux signaux d’alerte émis la saison dernière, la Direction de la Fomi s’était voulue rassurante, affirmant dans des communications officielles que la production était suffisante pour couvrir la demande nationale. Sur le terrain, l’approvisionnement régulier a purement et simplement disparu, cédant la place à un vide logistique complet.
Compostières : la fausse bonne solution d’urgence
Pendant que les circuits officiels affichent une paralysie totale, les sacs d’engrais Fomi n’ont pas complètement disparu du paysage. Ils réapparaissent, sous le manteau, à des tarifs exorbitants que le simple paysan ne peut pas s’offrir. Ce qui alimente la spéculation et ravive l’indignation générale. « Sur le marché informel, un seul sac se vend à 120 000 FBu. D’où sortent ces sacs alors que les magasins officiels sont vides ? », questionne sous anonymat une agricultrice de la périphérie de Gitega.
Les autorités administratives et agricoles locales ont dans l’entretemps multiplié les campagnes de sensibilisation pour inciter les ménages à fabriquer des compostières. Cette réponse d’urgence est perçue par les agriculteurs comme un aveu d’échec tardif. « On vient nous dire aujourd’hui de creuser des fosses pour faire du compost alors que la saison des pluies est à nos portes. La matière organique met des mois à se décomposer », s’indigne Catherine Nibizi.
D’après cette mère de famille, les sols sont habitués depuis des années aux engrais chimiques et organo-minéraux. Passer brutalement au tout-compost, sans préparation ni volume suffisant, ne comblera jamais le déficit nutritionnel des champs pour cette saison. « En plus, beaucoup de personnes ont des champs loin de leurs foyers », fait observer un moniteur agricole de Gitega. Il indique que sans apport minéral adapté sur des terres surexploitées, la baisse des rendements semble inévitable. Ce qui fait planer un risque de disette ou de famine dans les mois à venir.
Les producteurs agricoles demandent toute la lumière sur les engrais organo-minéraux et la clarification du calendrier d’approvisionnement. Nous n’avons pas pu avoir des informations à la Direction provinciale de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage à Gitega pour d’amples précisions.
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Shame and shame
Ko Ministre wa Ageiculture atavuga?