Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3693 jours. Nous ne l'oublions pas.

Au coeur du pays : A Rutana, les femmes et les jeunes se battent pour leur auto-développement

Petits métiers, création des associations ou des coopératives, participation à la vie politique, entreprenariat, …. Tels sont, entre autres, les leviers sur lesquels s’appuient les femmes et les jeunes pour avancer. Malgré certains obstacles, ils ne se lassent pas.

Arriver au chef-lieu de la commune Rutana n’est plus facile. La route est très délabrée. De l’endroit dénommé Kiryama à la jonction de la route Gitega-Rutana et Bururi-Rutana, il n’y a que des nids de poule. Le goudron n’est plus visible. Elle n’use pas seulement le véhicule, le temps du trajet devient aussi long.

Néanmoins, sur une distance d’au moins 1 km du chef-lieu, on y voit quelques signes de progrès : des maisons neuves, des hôtels, des ateliers de menuiserie, des femmes qui vendent des régimes de banane, etc.  La route est inondée d’enfants ou de jeunes portant sur leurs têtes des tas de cannes à sucre. De jeunes motards, des taxi-vélos, … font des va-et-vient.

Josiane Niyogushima, la trentaine, travaille depuis deux ans dans un atelier de couture près du marché au centre de Rutana. Elle porte son enfant aîné sur le dos. Différents pagnes à coudre sont entassés devant elle. « La formation que j’ai reçue dans mon cursus secondaire portait sur la couture. J’ai mon diplôme sur cela ».

Après ses études, l’obtention du travail n’a pas été directe.  Elle affirme avoir toqué sur diverses portes avant d’adhérer dans l’association « Gukora ni urupfunguruzo rw’iterambere iwacu » (Travailler c’est la clé de notre développement).

L’association est appuyée par le Programme d’autonomisation économique et d’emplois des jeunes (PAEEJ). Un crédit de 9 850 000 BIF lui a été octroyé. Il est remboursable sur une période de trois ans. Mme Niyogushima et ses collègues travaillent à six dans une même cellule, chacune avec sa machine.

Des retombées positives

Elle avoue que son activité lui procure de l’argent. Ce qui lui permet de participer financièrement au bien-être de sa famille. « L’intérêt est déjà là. J’aide mon conjoint à faire vivre la famille. Il suffit de travailler et de suivre de près les rendements au quotidien. Des bénéfices, nous en avons et on se développe peu à peu ».

Odile Nininahazwe vient d’y passer trois ans.  Elle a suivi une formation professionnelle en couture.  Portant elle aussi un enfant sur son dos, elle ne tarit pas d’éloges à l’endroit du PAEEJ. Elle indique que leur organisation s’est beaucoup développée jusqu’à devenir employeuse. « Nous faisons des recrutements. Une personne peut venir avec ou sans machine. Cela ne l’empêche pas de travailler si elle en trouve une qui est disponible ».

Un capital pas suffisant malgré tout

– Josiane Niyogushima: « Il suffit de travailler et de suivre de près les rendements au quotidien »

Tout n’est pas rose pour autant. Mmes Niyogushima et Nininahazwe regrettent que le capital ne soit pas suffisant. « Des fois, quand la machine tombe en panne, il n’est pas toujours aisé de la réparer. » 

Interrogées sur la présence des élus sur le terrain, leur réponse est négative. « Nous avons élu nos représentants, nos députés et nos sénateurs mais, nous ne les voyons pas sur le terrain pour nous appuyer dans nos projets. »

Elles disent qu’elles seraient honorées de les accueillir un jour et surtout les élues femmes pour constater elles-mêmes de quoi leurs électrices vivent.  « Une visite de leur part pourrait nous être d’une grande utilité. »

Elles espèrent toutefois qu’un jour, elles pourront avoir leur propre atelier, large.

Pas seulement la couture

Les femmes ne manipulent pas seulement les machines à coudre. D’autres jeunes femmes vendent des unités téléphoniques au chef-lieu communal. C’est le cas de N.C, une jeune fille au point de terminer les études universitaires. Elle témoigne que ce job lui procure une bonne partie de ce dont elle a besoin pour sa formation : papiers, stylos, registres et le minerval quelque fois.

Yvonne Nsengiyumva quant à elle, vient de passer deux ans à exercer le même job. « Après mes études universitaires, j’ai déposé mon dossier dans des ONG à plusieurs reprises sans être retenue. Il ne fallait pas que je m’asseye à la maison ».

Elle fait déjà l’élevage des chèvres et des porcs. Elle a aussi un compte bancaire.   Ce qui lui permet de se préparer à la vie conjugale. « Quand viendra le moment de fonder mon foyer, il ne faudra pas m’aventurer dans une nouvelle vie les mains vides. »

La crise de carburant augmente les frais de transport

Dans le secteur de la vente de l’huile de palme, les femmes font preuve d’une résilience héroïque. Leurs fournisseurs se trouvent à Nyabitsinda et à Kinyinya. Selon les témoignages de ces vendeuses, déplacer cette marchandise est devenu difficile. « Notre région est frontalière avec la Tanzanie et il était facile de faire les affaires autrefois. Mais, la crise des carburants est venue envenimer la situation. Avant, je descendais à la frontière à 7 mille BIF.  Aujourd’hui, il faut compter à peu près 20 mille BIF. Imaginez ce qui vous reste quand vous dépensez plus de la moitié de la valeur de vos marchandises uniquement pour le transport, sans oublier que les taxes doublent chaque année », confie Angela Nduwayo, une vendeuse.

Pour transporter quatre bidons de 30 litres chacun, ces commerçantes doivent désormais débourser au moins 50 mille BIF. Mme Nduwayo avoue qu’elles ne gagnent presque rien aujourd’hui

Des défis multiformes

La zone Rutana est dirigée par une femme, à savoir Sophie Nizigiyimana qui est à ce poste depuis septembre 2025. Elle se montre satisfaite que les femmes de sa circonscription soient à l’œuvre pour des travaux variés d’auto-développement. « En plus du domaine de l’agro-élevage, les femmes sont aussi actives dans le commerce et les groupements associatifs. Elles sont même visibles au marché en train de vendre divers articles. »

Sophie Niyonizigiye : « En plus du domaine de l’agro-élevage, les femmes sont aussi actives dans le commerce et les groupements associatifs »

Selon elle, les groupements ont ouvert les yeux aux femmes.  « Elles s’octroient mutuellement des crédits à travers des épargnes qu’elles opèrent régulièrement. Les cultivatrices réunies en associations peuvent louer des champs selon les saisons. »

Mme Nizigiyimana reconnaît que ses dirigées se heurtent à des défis multiples dans leurs programmes de développement socioéconomique. « Soit les capitaux sont maigres pour celles qui sont dans le commerce soit les aléas climatiques perturbent les cultivatrices ». Elle mentionne en plus le cas des mères qui ont des nourrissons. « Les obligations maternelles constituent également un handicap d’une certaine manière. »

Il faut noter que la commune Rutana est composée de neuf zones dont trois sont dirigées par des femmes. Il s’agit de Rutana, Butare et Kivoga. Celle dirigée par Nizigiyimana est composée de neuf collines et de sept quartiers.


L’art et l’entrepreneuriat pour l’autonomisation juvénile

Les jeunes misent sur l’art et l’entrepreneuriat pour créer leurs propres revenus. Toutefois, ils restent confrontés à de nombreux défis et plaident pour un accompagnement renforcé.
Des vendeuses de l’huile de palme au marché de Rutana

Âgé de 30 ans, Audace Ndayishimiye du quartier Majambere, a fait de sa passion pour la musique une activité génératrice de revenus. Il explique qu’il chantait déjà à l’église depuis son enfance avant de décider d’en faire son métier.

Après ses études universitaires, il a choisi de vivre de son talent en attendant une éventuelle embauche dans la Fonction publique. Il s’est associé à d’autres jeunes pour créer une coopérative qui compte aujourd’hui une dizaine de membres.

Quand elle a appris que le PAEEJ appuyait les projets des jeunes, la coopérative a soumis un projet. Ce qui lui a permis d’avoir différents équipements. Aujourd’hui, le groupe propose notamment des services de karaoké et de sonorisation lors des fêtes et des cérémonies.

Selon lui, de plus en plus de jeunes comprennent l’intérêt de se regrouper en coopératives pour développer leurs activités.

Des préjugés comme obstacle

Audace Ndayishimiye affirme que les musiciens restent confrontés à de nombreux préjugés au sein de la société burundaise. Selon lui, beaucoup de personnes considèrent encore les artistes comme des délinquants ou des consommateurs de drogue. Les femmes artistes en souffrent davantage. Cette perception décourage de nombreux jeunes qui souhaitent vivre de la musique.

Il cite également les coupures fréquentes d’électricité parmi les principales difficultés auxquelles ils font face. Cela perturbe régulièrement l’organisation des concerts et oblige les organisateurs à louer des groupes électrogènes. Ce qui constitue un coût supplémentaire « qui réduit considérablement leurs bénéfices. »

A cela s’ajoute le manque de services de réparation des équipements dans leur localité puisqu’ils doivent descendre à Bujumbura pour les faire réparer.

Pour lui, le travail en coopérative présente de nombreux avantages. « Cela permet aux jeunes d’échanger des idées, de se conseiller mutuellement et de chercher ensemble des solutions lorsque leurs projets rencontrent des difficultés. ».

Il encourage ainsi les autres jeunes à s’unir autour des projets générateurs de revenus plutôt que de sombrer dans la délinquance. Il appelle les autorités et les partenaires à poursuivre leur soutien.

Et le travail du bois

Des initiatives étatiques existent pour aider les jeunes.  A Birongozi, le bruit des scies et des marteaux résonne dans un atelier de menuiserie où travaille Charles Niyongabo entouré de ses camarades réunis dans une coopérative.  Grâce au PAEEJ, leur groupement a pu obtenir un crédit pour acquérir du matériel de menuiserie électrique. Une avancée majeure qui s’est toutefois rapidement heurtée à la réalité du marché. « Le crédit nous a permis d’acheter les machines, mais nous n’avons plus de fonds de roulement pour acheter les planches en grande quantité et agrandir l’atelier. »

Malgré leurs outils et la volonté, leur travail n’est pas beaucoup soutenu. Ils n’ont pas beaucoup de commandes qui rapportent assez. « Sans un grand capital, nous ne pouvons pas soumissionner à certains appels d’offres publics ou privés. » Il fait allusion aux commandes des bancs pupitres dont la plupart des écoles de Rutana ont besoin.

Pour ne rien arranger, la pression du remboursement se fait déjà sentir alors que l’entreprise est encore au stade embryonnaire. Les membres demandent alors un délai de grâce de paiement de la part du PAEEJ.

Entreprendre malgré les difficultés

Gilbert Bikorimana, un jeune homme de 33 ans de la zone Rutana, exerce le métier de photographe. Il investit également dans l’agriculture et l’élevage. Après ses études secondaires, il n’a pas pu poursuivre les études universitaires faute de moyens financiers. Il s’est alors rendu en Tanzanie où il s’est perfectionné dans le domaine de la photographie.

Gilbert Bikorimana « L’entrepreneuriat constitue également une contribution importante au développement du pays »

De retour au pays, il affirme que réunir un capital de départ n’a pas été facile. Il a commencé avec de faibles moyens dont il disposait avant de s’associer à d’autres jeunes. Cette initiative leur a permis de solliciter l’appui du PAEEJ grâce auquel ils ont obtenu un financement.

Dans ce secteur, il indique que le principal défi reste le manque d’équipements lorsque plusieurs clients sollicitent leurs services au même moment. « Nous ne disposons pas de matériel suffisant. Cela nuit à notre réputation et certains clients finissent par nous quitter. »

Il revient aussi sur les coupures fréquentes d’électricité qui perturbent leurs activités.

En agriculture, les difficultés sont tout aussi nombreuses. Selon lui, la pénurie d’engrais chimiques a particulièrement affecté les producteurs cette année. « Cela a réduit considérablement les récoltes de haricots. »

Bikorimana constate que dans sa localité, certains jeunes continuent de mépriser certains métiers alors qu’ils pourraient entreprendre et créer leurs propres activités.

Il les encourage à développer des projets générateurs de revenus puisque « l’État ne peut pas offrir un emploi à chaque jeune. L’entrepreneuriat constitue également une contribution importante au développement du pays. »

Aux autorités, il demande de mettre des terres à la disposition des jeunes qui souhaitent investir dans la culture du café ou d’ananas qu’il juge particulièrement adaptées à sa commune.

L’appel de la Malagarazi quand la terre natale ne nourrit plus

Beaucoup de jeunes de Rutana s’aventurent vers la Tanzanie. Même ceux qui viennent d’autres coins du pays passent par là. Sur le parking Rutana-Gihofi, l’ambiance est lourde ce matin-là. Parmi les voyageurs, Sylvestre Nahimana ,30 ans, originaire de la colline Mika, s’apprête à partir. Pour lui, le choix est tracé depuis longtemps.  « La Tanzanie est devenue ma seconde patrie. La vache que je possède et la maison où je loge ma famille sont le fruit d’un dur labeur de l’autre côté de la frontière. Pour la plupart des jeunes d’ici, c’est la seule et unique issue. »

Il souligne qu’autrefois, la région du Moso était le grenier du pays mais aujourd’hui, il faut des engrais organo-minéraux pour espérer la récolte. « Cela demande beaucoup de moyens financiers. D’où l’exode des jeunes et des hommes encore forts pour chercher de l’emploi en Tanzanie. »

Beaucoup de pères de famille racontent que l’exode vers la Tanzanie n’a pas été spontanée. Il y’a peu, la plupart des familles de Rutana louaient des propriétés foncières à Kinyinya, Nyabitsinda et Giharo où la terre était disponible et riche avec peu d’argent.  Mais, ces derniers temps, tout a changé. Ces grandes terres de Kumoso attirent beaucoup de convoitises surtout pour la plantation du palmier à huile. « Ils viennent de Gitega, Kayanza, Ngozi avec beaucoup d’argent et les paysans cèdent leurs terres. Ils se retrouvent travailleurs journaliers sur leurs anciennes terres. Dans ce cas, l’avenir des jeunes est compromis et ces derniers n’ont qu’un seul choix : traverser la Malagarazi », déplore Ignace Ndaruzaniye.

Assis près d’un chantier, les mains couvertes de terre, Gérard Nimbesha raconte son parcours avec amertume. « C’est la quatrième fois que j’essaie de faire le commerce et à chaque fois, c’est le même résultat. J’avais commencé avec un capital de 500 mille BIF en achetant du manioc à Giharo pour le revendre ici à Rutana. Mais, avec la pénurie des carburants, le prix du transport a tout accaparé. Je me suis retrouvé avec zéro franc en poche. »

Aujourd’hui, il accepte n’importe quelle tâche pour glaner quelques billets et nourrir les siens. « Pour le moment, je suis dans la fabrication des briques en argile cuite, mais cela ne durera que quelques mois.»

Il souligne qu’à la tombée des pluies, il sera obligé de reprendre le chemin de l’exil pour aller cultiver les champs des Tanzaniens.

Il n’est pas le seul à avoir subi de plein fouet l’absence des carburants et la montée du prix de transport. Micheline Ndayiziga était plus connue pour le commerce de friperie dans beaucoup de marchés de Rutana. Mais, avec le transport cher, elle s’est résignée à rester au chef-lieu de la commune Rutana.


ENTRETIEN

« Les femmes sont vraiment représentées à hauteur de 40% »

Projets de développement en cours, représentativité des femmes et des jeunes dans les instances de prise de décisions, état de la voirie,… Rencontre avec Gordien Ntakarutimana, administrateur de la commune Rutana, province Burunga.

Qu’est ce qui fait vivre les gens de Rutana ?

D’abord, selon le nouveau découpage administratif, Rutana est l’une des sept communes de la province de Burunga. Elle est composée de 9 zones, de 71 collines de recensement et de 7 quartiers.

Globalement, 80% de la population vivent de l’agriculture et de l’élevage. Les principales cultures vivrières sont le maïs, le manioc, le haricot et le riz dans le Kumoso. Et cette culture est en plein développement dans notre commune et apporte beaucoup d’intérêt à la population. Il y a d’ailleurs un soutien des chinois dans le développement du secteur rizicole.

Qu’en est-il des cultures d’exportation ?

Il y a le café et le coton. Vous savez que c’est dans notre commune que se trouve la société sucrière du Moso (Sosumo). Donc, on cultive aussi la canne à sucre. La production est vendue dans cette société pour produire du sucre.

Il fut un moment où la culture d’ibihoke était en développement à Rutana. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Oui. Cette plante a connu une période de développement dans notre commune.  En fait, il y avait une organisation qui encadrait les cultivateurs d’igihoke. Mais, aujourd’hui, il y a eu une régression. Cette plante n’est plus présente dans les champs agricoles.  Aujourd’hui c’est le ricin qui est en train de gagner du terrain.

Quid de la représentativité des femmes et des jeunes dans l’administration ?

Les femmes sont vraiment représentées à hauteur de 40%. Parmi les neuf chefs de zones, trois sont des femmes.  Il en est de même pour les jeunes. 60% de ceux qui dirigent ces zones sont des jeunes.

Qu’en est-il de la présence des jeunes et des femmes dans les groupements d’auto développement ?

En ce qui est de l’organisation des groupements comme les coopératives, je peux affirmer qu’on est en avance à Rutana. En effet, à côté des coopératives  Sangwe, d’autres associations féminines et juvéniles existent. Mise à part la zone Rutana, à chaque colline, il y a une coopérative Sangwe.

Pourquoi l’exception de  la zone Rutana ?

Avant le nouveau découpage administratif, cette partie était la zone urbaine. Aujourd’hui, on l’a subdivisée en quartiers. Ce qui signifie qu’on peut trouver des quartiers où il n’y a pas de coopératives Sangwe.

A côté de Sangwe, la population a des associations d’épargne où elle s’octroie de petits crédits.

Les coopératives Sangwe ont reçu de l’argent de la part du gouvernement. Mais, certaines n’ont pas pu rembourser et ont cru à un don. Quelle est la situation chez vous ? 

Ici à Rutana, nous nous réjouissons de l’étape déjà franchie. Nous avons d’ailleurs une coopérative exemplaire qui a pu rembourser tout le crédit. Nous devons cependant reconnaître l’existence des coopératives qui sont vraiment en difficultés de remboursement. Seulement, nous sommes confiants. Car, en évaluant   leurs biens, leurs champs, etc, nous constatons qu’il y a moyen de rembourser petit à petit.

Dans les communes déjà visitées, des femmes disent qu’elles éprouvent des difficultés pour accéder aux crédits auprès de la Banque des femmes. Elles demandent même la création des agences. Qu’en est-il à Rutana ?

En ce qui est des crédits pour les femmes, ici, nous sommes en avance. J’ai échangé avec le représentant de cette banque ici à Rutana. Il m’a dit que nous sommes parmi les premières communes ayant déjà bénéficié des crédits importants. Mais, les défis ne manquent pas. Le trajet Rutana-Gitega n’est pas facile. Il serait vraiment très bénéfique d’avoir des agences dans les communes. Là, je ne parle pas de Rutana seulement. Cela faciliterait la tâche aux demandeuses de crédits.

Quels sont vos principaux projets de développement de la commune ?

En premier lieu, nous sommes en train de nous organiser pour installer un site destiné aux manifestations publiques. C’est un lieu où se tiendront les principales fêtes nationales. C’est vraiment un projet urgent recommandé par les hautes institutions du pays. Une commission technique est déjà mise en place pour analyser et déterminer l’emplacement.

En deuxième lieu, nous avons un projet d’octroi des bancs pupitres aux écoles. Leur fabrication est déjà en cours. C’est un projet national et nous voulons qu’en septembre, aucun enfant ne soit pas mal assis en classe.

Revenons sur le premier projet. Quel sera le coût de cette infrastructure ?

Ce sera un grand espace d’au moins 3 hectares. Il sera subdivisé en six parties. Les travaux pourront coûter beaucoup de moyens qui vont au-delà même des capacités de la commune. Mais, comme c’est un programme national, la commune essaie de mettre des moyens à sa disposition.  Nous sommes en train de mener une étude et après, nous ferons le terrassement.

Rutana est frontalière avec la Tanzanie. Quid du taux d’abandons scolaires ?

Sur les abandons scolaires, je ne peux pas dire qu’il n’y en a pas. Mais, le rythme est decrescendo. Par des sensibilisations, nous essayons de stopper le mouvement des jeunes vers la Tanzanie.  Nous déplorons d’ailleurs des cas de jeunes qui, après leur séjour en Tanzanie, rentrent bredouilles, tombent malades ou y laissent la vie. Nous invitons les jeunes à ne pas abandonner l’école pour partir là.

En cours de chemin, nous avons constaté que votre route est en piteux état. Y’aurait –il un projet de sa réhabilitation ? Sinon, quelle est votre demande ?

Je sais que les journalistes aiment poser des questions. Mais, il faut savoir qu’il y a des projets comme les routes nationales. Ce sont des programmes du gouvernement. La commune réalise des projets à la hauteur de ses moyens. Je ne peux pas vous dire que demain, la commune va bitumer la route. A notre niveau, nous essayons de boucher les nids de poule pour permettre la circulation.  Nous demandons au gouvernement de penser aux RN7 et RN11.

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