Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3685 jours. Nous ne l'oublions pas.

Jadot Nkurunziza, la passion d’un Burundi vert

Déchets plastiques, dégradation des espaces publics, prolifération de la jacinthe d’eau… L’environnement fait face à de nombreuses menaces au Burundi. Face à cette triste réalité, Jadot Nkurunziza a choisi d’agir. À travers son association « Ça nous concerne tous », ce jeune environnementaliste mobilise d’autres jeunes pour l’assainissement, la plantation d’arbres et de fleurs ainsi que la protection des abords du lac Tanganyika.

Au bord de la rivière Ntahangwa, le vert domine. Des plants de fleurs et d’arbres sont disposés en rangées dans une pépinière où plusieurs personnes s’activent. Jadot Nkurunziza y passe une partie de son temps.

Mais ,son engagement ne s’arrête pas à cette pépinière. Dans les quartiers de la commune Ntahangwa, certains habitants le reconnaissent à ses interventions en faveur de la propreté. Sur le boulevard Mwezi Gisabo, il sensibilise régulièrement les jeunes à l’assainissement et à la plantation des fleurs.
« Je le connais.C’est un jeune que je vois souvent sur le boulevard Mwezi Gisabo. Il interpelle les autres jeunes à assainir la ville et nous encourage à planter des fleurs », témoigne un habitant.

Pour d’autres riverains, son engagement se remarque particulièrement autour du lac Tanganyika. La jacinthe d’eau y constitue parfois une menace pour les activités des populations et l’écosystème. M. Nkurunziza mobilise alors d’autres jeunes pour participer à son enlèvement.
« Je le connais comme un héros. Nous qui vivons près du lac Tanganyika, nous voyons parfois la jacinthe d’eau envahir les abords. Lui, il mobilise les autres jeunes pour enlever ces herbes et rendre les lieux propres. Ce sont des choses que nous voyons rarement dans notre communauté », raconte un autre habitant.

Sa vigilance s’étend également aux déchets dans les rues. « S’il te voit jeter un plastique dans la rue, il t’appelle. Il te demande de le ramasser et de le jeter dans un endroit approprié », témoigne un autre habitant.

Une passion transmise par son grand-père

Surnommé « Giti », Jadot Nkurunziza est né en 1994 à Nyakabiga, dans la ville de Bujumbura. Deuxième d’une fratrie de cinq enfants, il découvre très tôt l’importance des arbres auprès de son grand-père.

Pendant les vacances, il se rend à Banga, dans la commune Bukeye d’alors. Son grand-père y possède des pépinières d’eucalyptus. Le jeune Nkurunziza est chargé de les arroser. Cette tâche devient progressivement une occasion d’apprendre.

Son grand-père lui explique que les arbres fournissent des fruits, contribuent à la respiration, servent de source d’énergie et fournissent du bois utilisé dans la construction ainsi que dans la fabrication des meubles et du matériel scolaire.
« Mon grand-père me disait toujours que c’est l’arbre qui nous donne des fruits, qui nous aide à mieux respirer. Il nous aide pour la cuisson. Il sert dans la construction des maisons et c’est grâce à l’arbre qu’on peut fabriquer des bancs et des pupitres », se souvient-il.

Ces enseignements marquent le jeune homme. L’arbre cesse alors d’être pour lui une simple plante : il devient une ressource essentielle à la vie quotidienne.
Après ses études secondaires en section Humanités, il poursuit sa formation en Ouganda dans le domaine de la protection de l’environnement. À son retour au Burundi, il décide de mettre cette formation au service de sa communauté.

Une association pour agir ensemble

Il rassemble alors d’autres jeunes et crée une association « Ça nous concerne tous ». L’organisation mène différentes activités liées à l’environnement et à l’assainissement dans plusieurs endroits de la ville.

Plantation d’arbres fruitiers, production de fleurs, entretien des espaces publics ou encore enlèvement de la jacinthe d’eau : les activités se multiplient. Pour les réaliser, il s’appuie sur d’autres associations et des groupes de jeunes.
« Nous avons donné, dans plusieurs quartiers, des pépinières d’arbres fruitiers ou d’embellissement et nous sommes fiers de cela », explique-t-il.

Il insiste sur le caractère collectif de son engagement. « Je ne peux pas dire aujourd’hui que j’ai autant de jeunes. Nous collaborons avec les jeunes des différentes associations et nous nous entraidons ».

Cette collaboration lui permet de réunir plusieurs milliers de jeunes lors de certaines activités. Son parcours dans le mouvement scout et son engagement auprès d’autres associations ont contribué à développer cette capacité à travailler avec les autres.

Une activité au service des familles

Dans une pépinière installée près de la rivière Ntahangwa, l’engagement environnemental se conjugue également avec une activité génératrice de revenus. Des personnes y travaillent à la production et à l’entretien des plants.
La prénommée Annociate, mère d’un enfant, y trouve une source de revenus pour son foyer. « Quand je travaille tous les jours, je peux avoir autour de 300 000 FBu. Cela me permet de payer le minerval de mon enfant et de subvenir aux autres besoins en aidant mon mari », explique-t-elle.
Un autre travailleur indique que l’argent gagné lui permet de soutenir sa famille à Ngozi.

Pour ceux qui travaillent avec lui, il se distingue surtout par sa capacité à organiser et à mobiliser. « Nous qui travaillons avec lui, nous voyons que c’est un jeune visionnaire qui sait bien organiser les autres et les travaux qu’il fait », témoigne un de ses collaborateurs.

Un engagement reconnu au-delà du Burundi

Jadot Nurunziza tient son prix , récompensant le meilleur jeune volontaire de l’année dans le cadre de la COP26

Son engagement finit par être remarqué au-delà du Burundi. Le 9 novembre 2021, M. Nkurunziza reçoit en Écosse un prix récompensant le meilleur jeune volontaire de l’année dans le cadre de la COP26.

Cette reconnaissance internationale le surprend. Il affirme qu’il ne pensait pas que les activités réalisées avec les autres jeunes étaient suivies à ce niveau. Il choisit alors de partager cette distinction avec ceux qui l’accompagnent dans ses actions.

Au niveau local, son travail est également apprécié par les autorités. Alexis Havyarimana, ancien administrateur de la commune Ntahangwa, se souvient de leur collaboration pour embellir le boulevard Mwezi Gisabo.
« Nous avons souvent travaillé avec Jadot Nkurunziza. Nous avons travaillé ensemble pour embellir le boulevard Mwezi Gisabo. Il a également aidé la commune Ntahangwa à planter des fleurs et vous voyez que c’est beau », témoigne-t-il.
Ils ont également collaboré à la protection de l’environnement le long de la rivière Ntahangwa, notamment à travers la plantation d’arbres.

Dans ses activités, Jadot Nkurunziza poursuit une ambition qui remonte à son enfance : faire comprendre que la protection de l’environnement commence par chacun. Son rêve est de voir un Burundi plus vert, où les arbres, les fleurs et les espaces propres ne sont pas seulement l’affaire des autorités ou des associations, mais une responsabilité partagée.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU