Devant le cercle des officiers de la Police nationale, le terrain aménagé pour accueillir les engins du chantier paraît bien calme. Au début des travaux, les va-et-vient des camions et des machines témoignaient pourtant d’une activité importante. Désormais, le grand portail reste souvent fermé et, à travers son entrebâillement, de gros engins sont stationnés.
Sous un soleil brûlant et dans la poussière de la route, un passant s’indigne. « Tout cela ressemble à un détournement de fonds alloués à la réhabilitation de cette route et nous risquons de vivre les mêmes effets que ceux de la réhabilitation de la route Bujumbura-Rumonge. »
Le doute est renforcé par la disparition de la pancarte qui indiquait notamment le délai d’exécution de 24 mois. Plus loin, du côté de Carama, des ouvriers poursuivent toutefois les travaux sur un important caniveau en béton armé.
La complexité du projet a changé la donne
Vincent Bakire Nzoyisaba, coordinateur du projet de réhabilitation du port de Bujumbura, explique que le délai initial ne correspond plus à l’ampleur actuelle du projet. « Contractuellement, le délai était de 24 mois. Mais, au départ, ces 24 mois concernaient la réhabilitation de la RN9. Il s’agissait d’une simple réhabilitation avec une seule voie », explique-t-il.

La conception du projet a depuis lors été revue. La route doit désormais être aménagée en deux voies. Ce qui a entraîné une augmentation importante du volume des travaux et des coûts.
« Quand on a changé la conception et qu’on est passé à une double voie, le changement a été énorme. Il y a eu d’abord un changement sur le plan technique avec une augmentation des masses de travaux et ensuite une augmentation des moyens financiers », souligne le coordinateur.
Certains ouvrages, absents de la conception initiale, ont également été ajoutés. C’est notamment le cas des dalots et des caniveaux des deux côtés de la route. Cette modification a entraîné une prolongation du calendrier. Alors que l’achèvement était initialement prévu en 2025, la nouvelle échéance est fixée au 30 décembre 2027.
Des financements supplémentaires
L’augmentation du volume des travaux a nécessité de solliciter des financements supplémentaires auprès des bailleurs. Cette procédure a, selon le coordinateur, contribué au ralentissement du chantier. « Les moyens sont donnés par les bailleurs. Il a fallu leur demander de nous trouver encore une fois les moyens nécessaires pour achever cette route ».
Après la demande adressée à la banque centrale, le projet a dû attendre l’avis de non-objection des bailleurs. Celui concernant l’avenant numéro 4, destiné notamment à financer les travaux supplémentaires, a été obtenu le 7 août 2026. « Nous allons reprendre les activités avec une force exceptionnelle », assure M. Nzoyisaba.
Il rejette en même temps les soupçons de détournement des fonds. « Il ne peut pas y avoir de détournement des fonds. L’argent est géré par la Banque africaine de développement. Nous ne touchons même pas à cet argent », affirme-t-il.
Les financements supplémentaires doivent également permettre de reprendre certains travaux qui avaient été retirés du projet initial, notamment plusieurs voies d’accès au port de Bujumbura.
« Vous allez constater que les machines sont déjà là et que nous avons commencé les travaux sur certains petits tronçons. C’est grâce à cette autorisation et à l’augmentation du financement accordé par les bailleurs », indique-t-il.
Le coordinateur annonce par ailleurs le début prochain du bitumage. « La population peut être tranquille. Bientôt, nous allons commencer le bitumage de cette route. Je pense qu’en juin 2027, nous aurons enregistré une avancée très significative », promet-il.
Financements et déplacement des réseaux
Le projet a connu plusieurs difficultés depuis son lancement. Parmi celles-ci figure le retard dans la mobilisation d’une partie des financements de l’Union européenne. « Le projet est financé par trois partenaires : la Banque africaine de développement, l’Union européenne et le gouvernement du Burundi. Auparavant, l’Union européenne n’avait pas libéré son enveloppe à temps », précise M. Nzoyisaba.
Le dédoublement de la route a également nécessité le déplacement de plusieurs réseaux et infrastructures. Il fait observer que des câbles électriques, des conduites d’eau et certaines habitations ont dû être déplacés, voire démolis. Ce qui a nécessité l’intervention du gouvernement pour indemniser les personnes concernées.
Ces opérations ont également contribué au retard dans l’exécution du projet.
Le lac Tanganyika n’a pas facilité la réhabilitation du port de Bujumbura
Les changements ne concernent pas uniquement la route. Le projet porte principalement sur la réhabilitation du port de Bujumbura dont les travaux ont eux aussi été affectés par la montée des eaux du lac Tanganyika depuis 2024.
Cette situation a contraint les responsables de revoir certaines conceptions techniques, notamment celle de la digue destinée à protéger le port.
« Avec la montée des eaux, nous avons été obligés de revoir la conception des travaux portuaires. Auparavant, il était prévu de construire une digue de 68 m. Pour mieux protéger le port de Bujumbura, nous avons changé la conception de cette digue », explique le coordinateur.
Selon lui, la longueur de la digue devra désormais atteindre 524 m. Cette modification représente, elle aussi, une augmentation importante du volume des travaux.
Pour le coordinateur, les principales difficultés sont désormais en grande partie surmontées. Avec l’autorisation obtenue pour les financements supplémentaires, il estime que les conditions sont réunies pour accélérer les travaux.
« Pour le moment, tout est là. Nous avons reçu les autorisations nécessaires pour achever les activités. La population peut donc être tranquille », conclut-il.
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