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LE GÉANT S’EN EST ALLÉ

Hommage à Jean-Gilbert Kanyankore "Yaoundé", architecte de l’âme du football burundais Il ne s’agissait pas seulement d’un entraîneur. C’était une conscience, une boussole, un père. Avec le départ de Jean-Gilbert Kanyankore, dit « Yaoundé », le Burundi perd l’un des derniers grands bâtisseurs de son football. Trois décennies de rigueur, de passion et de titres s’éteignent, laissant derrière elles un vide immense et une légende indestructible.

Le sifflet ultime vient de retentir.
Un dernier coup bref, sec, souverain.
Et avec lui, une ère s’est éteinte.

Jean-Gilbert Kanyankore, que tout un peuple nommait avec déférence et tendresse « Yaoundé », vient de quitter la pelouse de la vie.
Il s’en est allé comme il avait vécu : droit, digne, le regard tourné vers le but.

Pour le Burundi, pour l’Afrique de l’Est, ce n’est pas un simple entraîneur qui s’éteint.
C’est une bibliothèque de football qui se ferme. C’est une chaire de sagesse qui se tait. C’est un pan entier de notre patrimoine sportif qui bascule dans la mémoire.

Pendant plus de trois décennies, « Yaoundé » a été le football.
Il l’a respiré à l’aube sur les terrains poussiéreux, il l’a pensé à midi dans le silence des tableaux tactiques, il l’a rêvé la nuit en traçant des plans de bataille sur les murs de son esprit. Il était général et poète à la fois : stratège impitoyable, architecte d’hommes, metteur en scène de victoires improbables.
Dans le vestiaire, il était père, mentor, vigie. Sa voix n’avait pas besoin de crier pour se faire obéir. D’un mot juste, d’un regard, il transmutait le talent brut en or, et la sueur en gloire. Il arrachait la rage de vaincre aux cœurs fatigués et y allumait une foi inébranlable.

Des générations entières de footballeurs ont grandi à l’ombre de sa rigueur.
Il ne leur a pas seulement appris à contrôler un ballon. Il leur a appris la discipline, le respect, l’humilité dans la victoire et la grandeur dans la défaite.
Il ne formait pas des joueurs. Il façonnait des hommes, des capitaines, des enfants du pays destinés à porter haut nos couleurs.

Avec Vital’O FC, il a écrit des pages d’or. Des titres, des batailles africaines, des nuits de liesse à Intwari.
Avec les sélections, il a transmis son feu, son exigence, son amour viscéral du maillot.

Aujourd’hui, les stades de Bujumbura portent le deuil. Les poteaux se taisent. Les tribunes, orphelines, ont le cœur lourd.
Les jeunes qui ont grandi en l’écoutant serrent les poings, car un repère vient de s’éteindre.

Mais le nom de KANYANKORE ne mourra pas.
Il restera gravé, indélébile, en lettres d’or au fronton de notre histoire footballistique. Murmuré par les anciens, repris par les enfants.

Merci pour les frissons.
Merci pour les trophées levés haut sous la pluie et le soleil.
Merci d’avoir porté, avec tant de fierté et de dignité, les couleurs de notre football jusqu’au firmament.

Et pourtant, décrire Yaoundé en un seul article relève de l’impossible.
Tant son palmarès fut immense, tentaculaire, tissé de victoires et de leçons.
Tant ses vertus pour le football furent insondables : exigence, loyauté, passion, abnégation.
Il faudrait un roman entier pour en approcher l’envergure. Un roman, et encore il manquerait des chapitres.

Va en paix, Maître.
Que la terre de tes ancêtres te soit légère.
Et que, là-haut, tu continues à diriger, sifflet en main, l’équipe des étoiles, avec la même rigueur et la même foi.

Grand homme. Monument. Légende éternelle.

Patrick Sota

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