Du 2 au 4 juillet 2026, le Burundi a accueilli une Conférence panafricaine sur l’éducation des filles et des femmes organisées par le Centre international de l’Union africaine pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (UA/CIEFFA). Sous le thème « Prioriser l’éducation des filles et des femmes : développer leurs compétences et accélérer les opportunités d’apprentissage et de formation », la rencontre a réuni les ministres des différents pays africains, des représentants des pays membres de l’Union africaine, des gouvernementaux, des ambassadeurs, des représentants des organisations internationales accréditées au Burundi, des chefs de délégation venus d’Afrique et d’ailleurs.
À cette occasion, François Havyarimana, ministre burundais de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique a présenté la situation de l’éducation des filles au Burundi. Selon lui, si l’accès à l’école reste relativement équilibré entre filles et garçons dans les premiers niveaux d’enseignement, des écarts apparaissent progressivement au fur et à mesure de l’évolution du parcours scolaire.
D’après les données de l’annuaire statistique de 2024, les filles représentent 50,45 % des effectifs au préscolaire. Au niveau de l’enseignement fondamental, c’est-à-dire de la première à la neuvième année, la parité entre garçons et filles est garantie, et quelques fois même, les filles tendent à dominer. Les filles représentent 51,48%. Au niveau national, le taux d’achèvement du primaire pour les jeunes filles est de 57% tandis que le taux d’achèvement du premier cycle du secondaire est de 33,6%.
Des écarts plus marqués dans l’enseignement supérieur
A l’enseignement post-fondamentall, la tendance commence à s’inverser progressivement et le grand fossé est observé à l’enseignement supérieur en défaveur des filles et des femmes.
Dans l’enseignement supérieur, le taux d’inscription des filles avoisine 25% au niveau du cycle de baccalauréat. D’après toujours l’annuaire, la répartition des étudiants, des institutions d’enseignement supérieur du Burundi selon le sexe ainsi que les indices de parité entre les femmes et les hommes penchent en faveur des hommes. En effet, les filles et les femmes ne représentent globalement que 44,6% si l’on tient compte des étudiants et étudiantes inscrits dans toutes les universités, avec des écarts énormes entre universités liés notamment aux types de filières qu’on retrouve dans les universités. L’indice de parité femmes-hommes est de 0,80. Ce qui signifie qu’il y a environ 80 étudiants pour 100 étudiants.
A l’université du Burundi, les femmes y représentent seulement 29,6% contre 70,4% d’hommes avec une parité de 0,42. Cette sous-représentation féminine est encore plus marquée au niveau doctoral avec seulement 11,5% de femmes.
Plusieurs obstacles freinent la poursuite des études
Selon M. Havyarimana, de nombreux parents ont progressivement délaissé leur rôle dans l’éducation de leurs enfants au profit des enseignants. « L’enseignant souhaite que les parents l’accompagnent dans l’éducation des enfants afin que leur encadrement et leur discipline restent de qualité ».
Il pointe les inégalités de genre, les mariages précoces et les grossesses en milieu scolaire comme obstacles majeurs à la poursuite de leurs études supérieures. « Beaucoup de jeunes filles sont mariées avant d’avoir terminé leurs parcours scolaires. Pourtant, elles ont les capacités intellectuelles nécessaires pour poursuivre leurs études jusqu’à l’université au même titre que les garçons ».
Il fait savoir que la pauvreté des ménages constitue également un autre frein majeur à la poursuite des études. « Même lorsqu’une fille possède les compétences nécessaires, elle est parfois contrainte d’abandonner l’école pour aller aider ses parents ». À cela s’ajoutent les stéréotypes socioculturels qui continuent de limiter les opportunités offertes aux filles.
Le ministre Havyarimana fait remarquer que les crises sociales ou environnementales compromettent elles aussi la continuité de la scolarité. La destruction des infrastructures scolaires ou des habitations prive certains enfants d’un environnement sûr où vivre et apprendre.
Passer des engagements aux actions

Selon Gaspard Banyankimbona, commissaire de l’Union africaine pour l’éducation, la science et la technologie, les États africains doivent passer des discours aux actions concrètes en adoptant un leadership transformateur en faveur de l’égalité des genres dans l’éducation. Il a appelé les gouvernements à remettre en cause les normes sociales qui perpétuent les inégalités, à revoir les programmes scolaires afin qu’ils reflètent une véritable égalité entre les filles et les garçons et à associer davantage les hommes comme partenaires de cette transformation.
Il a également exhorté les pays africains à adhérer au Manifeste de Freetown sur le leadership transformateur en matière d’égalité des genres dans l’éducation, à traduire leurs engagements politiques en ressources budgétaires ainsi qu’ à prendre des mesures concrètes pour prévenir et combattre les violences basées sur le genre en milieu scolaire.
Il a en outre insisté sur la nécessité de protéger les filles vivant dans les zones de conflit ou touchées par les crises climatiques afin qu’aucune ne soit privée de son droit à l’éducation. Selon lui, lorsqu’une fille abandonne l’école en raison des mariages précoces, de l’insécurité ou des conflits, « ce n’est pas seulement elle qui perd, c’est toute l’Afrique qui perd une scientifique, une dirigeante ou une innovatrice ».
Pour Soline Rubuka, coordinatrice nationale de FAWE Burundi, il est nécessaire de renforcer les actions de sensibilisation auprès du personnel scolaire, des parents et des communautés afin de promouvoir une éducation sensible au genre et inclusive, capable de réduire l’abandon scolaire des filles.
Elle estime également que la pauvreté demeure un frein majeur à la poursuite des études, en particulier dans l’enseignement supérieur où les coûts de formation et de logement contraignent certaines jeunes filles à abandonner leurs études ou à se marier précocement. Elle préconise ainsi le renforcement des mécanismes de soutien aux familles, la mise en place des réseaux de femmes mentors et la création des espaces d’échange pour accompagner les filles dans leur parcours scolaire. Selon elle, le changement des mentalités passe par une sensibilisation continue et des efforts inscrits dans la durée.
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