Sur la colline Musave, en commune Kayanza, Joséphine Nahimana, une veuve septuagénaire, porte seule la responsabilité de cinq petits-enfants abandonnés par leur mère atteinte de troubles mentaux. Malgré son âge avancé et sa situation de grande précarité, elle continue de prendre soin d’eux, faute d’autre solution.
« La santé mentale de ma fille n’est pas bonne. Elle ne se contrôle pas. Chaque fois qu’elle tombe enceinte, elle abandonne l’enfant dans la rue et l’on m’appelle pour venir le récupérer. Le dernier, elle l’avait abandonné à Ngozi. Après des recherches, l’administration de la commune Ngozi m’a contactée pour que je vienne le récupérer. »
Le poids de cette responsabilité devient aujourd’hui insupportable. La septuagénaire affirme ne plus avoir la force de travailler pour nourrir les enfants et déplore de ne pas connaître l’identité de leurs pères qui n’assument aucune responsabilité. Elle lance un appel aux hommes qui profitent des femmes souffrant de troubles mentaux de changer de comportement. Elle estime que leurs actes aggravent davantage la souffrance des familles déjà vulnérables.
Elle demande aussi à l’administration communale de lui restituer sa carte de personne vulnérable qui lui avait été retirée enfin qu’elle puisse s’en servir pour demander des aides.
Ce cas n’est pas isolé. Dans le quartier Tenga, de la zone Rubirizi dans la commune Ntahangwa, une autre jeune fille a tenté d’abandonner son enfant. Selon les témoignages des habitants de la localité, la fille a été arrêtée par la police.
Un autre enfant a été retrouvé au mois de mai au bord de la route dans cette même commune dans la zone Kamenge. Selon Gentil Bukuru du quartier Mirango où l’enfant a été retrouvé, la mère de l’enfant, jusqu’au moment où nous mettons sous presse l’article, n’est pas encore retrouvée.
La pauvreté, principale cause des abandons
Audrey Ariella Ineza, psychologue au centre d’accueil de la Fondation Stamm à Kayanza, fait savoir que les enfants pris en charge retrouvent progressivement leur équilibre grâce à l’accompagnement psychosocial. Elle fait savoir que les difficultés ont souvent leur origine dans les conditions de vie des parents.
Elle explique que de nombreuses mères abandonnent leurs enfants parce qu’elles vivent dans une extrême pauvreté ou parce qu’elles ont été abandonnées par les pères de leurs enfants. « Certaines quittent même leur province à la recherche d’un emploi, laissant leurs enfants sans protection. »
La psychologue appelle les autorités à intensifier les campagnes de sensibilisation sur la planification familiale et la responsabilité parentale. Selon elle, les familles doivent être encouragées à ne mettre au monde que les enfants qu’elles sont capables d’élever. Elle cite notamment le cas d’une mère qui a disparu en laissant cinq enfants seuls à son domicile. Personne ne sait où elle se trouve aujourd’hui.
Vingt enfants accueillis
Le représentant de la Fondation Stamm à Kayanza, Berchmans Gahungu, fait savoir que le centre héberge actuellement vingt enfants dont plusieurs ont été retrouvés en situation de rue.
Les enfants accueillis bénéficient d’une prise en charge complète : alimentation, habillement, soins médicaux, scolarisation et accompagnement psychologique. Selon lui, chaque enfant est traité comme s’il vivait dans sa propre famille.
Avant toute admission définitive, des recherches sont entreprises afin de retrouver les parents biologiques et favoriser une réunification familiale. Lorsque cela s’avère impossible, le centre accompagne l’enfant jusqu’à ce qu’une solution durable soit trouvée. Grâce à cette démarche, quatre enfants ont déjà été adoptés par des familles canadiennes en collaboration avec l’ancien ministère de la Solidarité nationale.
Réaction
Godefroid Niyonizigiye : « La commune achète du lait et couvre les autres besoins de l’enfant abandonné par ses parents »
L’administrateur de la commune Kayanza indique que des cas d’enfants abandonnés par leurs mères sont régulièrement enregistrés. Certains de ces enfants sont pris en charge dans la commune Gahombo tandis que d’autres sont accueillis dans un centre situé à Gitega.
« Lorsqu’un enfant est retrouvé abandonné, la commune cherche d’abord en urgence une personne capable de l’accueillir temporairement en attendant de lui trouver un centre d’accueil. Nous achetons du lait pour le nourrisson et nous accordons également une aide financière à la famille d’accueil pour couvrir les autres besoins de l’enfant. Si aucun centre n’est disponible, l’enfant reste dans cette famille et, à chaque fin de mois, la commune lui verse une contribution pour assurer sa prise en charge »
Interrogé sur le cas de Joséphine Nahimana à qui on aurait retiré la carte d’indigence destinée aux personnes vulnérables, l’administrateur communal l’invite à se présenter à l’administration communale, accompagnée des autorités locales de sa colline afin d’exposer son cas. « Nous allons examiner son dossier et chercher une solution dans les meilleurs délais. »
L’administrateur lance également un appel aux hommes afin qu’ils mettent fin aux comportements à l’origine de ces abandons d’enfants.
« Je pense que beaucoup de ces actes sont commis sous l’effet de l’alcool. D’autres sont influencés par des marabouts qui leur font croire que coucher avec des femmes souffrant de troubles mentaux leur apportera des chances. Pourtant, la majorité de ces hommes sont déjà mariés. Ils doivent mettre fin à ces pratiques, car elles obligent la commune à mobiliser des moyens importants pour protéger ces enfants. »
Pour cet administratif, un enfant devrait grandir au sein d’une famille. Lorsqu’il est privé de l’éducation et de l’affection de son père et de sa mère, il risque de subir de lourdes conséquences psychologiques. « Dans des situations comme celle de cette jeune femme souffrant d’une maladie mentale, c’est l’enfant qui est la première victime. »
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