Quel est l’intérêt touristique de la Source du Nil pour le Burundi ?
La Source du Nil représente un patrimoine naturel exceptionnel. Partout dans le monde, le Nil est connu comme l’un des plus longs fleuves de la planète. Le Burundi a la chance d’abriter l’une des sources de ce fleuve mythique. Cela devrait constituer un atout majeur pour attirer des visiteurs étrangers et générer des recettes en devises pour notre pays.
Malheureusement, ce potentiel n’est pas suffisamment exploité. Cela fait plus de quinze ans que je travaille sur ce site et je constate que les retombées économiques restent très limitées. Pourtant, la Source du Nil pourrait devenir une destination touristique de référence en Afrique de l’Est si elle bénéficiait d’investissements appropriés et d’une meilleure promotion.
Quels sont les principaux obstacles au développement de ce site ?
Le premier obstacle est le manque de culture touristique au sein de la population. Beaucoup de Burundais voyagent très peu à l’intérieur de leur propre pays et connaissent mal les richesses touristiques nationales.
Je me souviens d’un visiteur américain qui avait parcouru des milliers de kilomètres pour découvrir la Source du Nil. Lors d’une rencontre avec des étudiants de Butwe, dans la commune Matana, il a été surpris d’apprendre que certains n’avaient jamais visité ce site. Il m’a alors confié qu’il trouvait paradoxal que des étrangers parcourent le monde pour découvrir un lieu que de nombreux Burundais ignorent.
Il arrive même que certaines autorites locales terminent leur mandat sans avoir visité cet endroit. Pourtant, elles produisent des rapports sur ce lieu. Cela montre qu’un important travail de sensibilisation reste à faire afin d’encourager les Burundais à découvrir leur patrimoine touristique.
Quelles actions le gouvernement devrait-il entreprendre pour valoriser davantage la Source du Nil ?
Les visiteurs étrangers qui viennent ici expriment presque tous les mêmes besoins. Ils souhaitent disposer d’infrastructures d’accueil adaptées, notamment des hôtels, des restaurants et des espaces de détente.
La tranquillité du site séduit particulièrement les touristes. Plusieurs visiteurs européens, notamment des personnes âgées qui cherchent à échapper aux rigueurs de l’hiver, nous ont confié qu’ils seraient prêts à séjourner plusieurs semaines, voire plusieurs mois, si des hébergements de qualité étaient disponibles.
Certains nous disent : « Si un hôtel existait ici, nous pourrions passer toute la saison hivernale ici. » Imaginez l’impact économique que cela pourrait avoir grâce aux dépenses en hébergement, restauration et autres services touristiques.
Alors, lorsque les visiteurs rencontrent des difficultés, ils déconseillent parfois la destination à leurs proches. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un mois entier s’écoule sans recevoir un seul touriste. Les visiteurs potentiels cherchent des informations sur les possibilités d’hébergement ou de restauration et renoncent souvent à leur voyage faute d’infrastructures adaptées.
Même des services de base font défaut. Il est parfois difficile de trouver une simple boisson rafraîchissante pour les visiteurs ou d’assurer certains services essentiels.
Que faudrait-il faire concrètement pour améliorer la situation ?
Le gouvernement devrait encourager les investissements privés dans le secteur touristique. Si les moyens financiers de l’État sont limités, il est important de créer un environnement favorable à l’arrivée d’investisseurs capables de développer des hôtels, des restaurants et d’autres infrastructures touristiques.
Il faudrait également renforcer les campagnes de promotion touristique au niveau national et international. Aujourd’hui, la communication autour de la Source du Nil demeure insuffisante.
Par ailleurs, l’accès à l’électricité constitue une priorité. Une alimentation en électricité stable permettrait d’améliorer considérablement les services offerts aux visiteurs. Lorsque les touristes vivent une expérience positive, ils deviennent eux-mêmes les meilleurs ambassadeurs de la destination auprès de leur entourage.
Quels sont les profils des visiteurs qui fréquentent habituellement la Source du Nil ?
Pendant longtemps, les principaux visiteurs burundais étaient des étudiants universitaires et des élèves effectuant des voyages d’études.
Concernant les visiteurs étrangers, nous recevions régulièrement des Américains, des Français, des Belges, des Italiens et des Néerlandais. Les Belges et les Français étaient particulièrement nombreux. Nous accueillions également des visiteurs africains, notamment en provenance du Sénégal et du Mali.
Certains Burundais affirment qu’ils ne voyagent pas par manque de moyens financiers. Que pensez-vous de cet argument ?
Les visiteurs étrangers nous disent souvent que le voyage est davantage une question de priorités et d’organisation que de richesse. Bien entendu, les contraintes financières existent mais, beaucoup expliquent qu’ils économisent pendant plusieurs mois afin de pouvoir découvrir de nouveaux endroits.
Je pense qu’il est important de promouvoir davantage la culture du voyage et du tourisme local. Découvrir son propre pays ne nécessite pas toujours des budgets très élevés.
Quels sont les bénéfices du voyage selon vous ?
Voyager permet avant tout de se détendre et de rompre avec le stress du quotidien. C’est également une occasion d’enrichir ses connaissances et de développer sa culture générale.
Les visiteurs étrangers nous rappellent souvent que le Burundi possède des paysages magnifiques et de nombreuses richesses naturelles. Voyager permet de mieux comprendre son environnement, d’élargir ses horizons et de découvrir d’autres réalités.
Le tourisme contribue également au rapprochement entre les peuples et favorise les échanges culturels.
Le tourisme figure parmi les secteurs prioritaires de la Vision Burundi 2040-2060. Que faudrait-il faire pour atteindre ces objectifs ?
À mon avis, le secteur touristique n’a pas encore reçu l’attention qu’il mérite. Dans plusieurs pays, le tourisme constitue une source importante de devises et participe activement à la croissance économique.
À la Source du Nil, certaines infrastructures nécessitent aujourd’hui des travaux de réhabilitation. Les aménagements existants ne sont pas toujours adaptés aux caractéristiques du terrain. Le monument pyramidal installé sur le site mériterait également un meilleur entretien.
Il est indispensable de former davantage de spécialistes du tourisme, capables de développer des stratégies de marketing territorial, d’améliorer la gestion des sites touristiques et d’attirer davantage de visiteurs internationaux.
Comment comparez-vous la fréquentation touristique d’aujourd’hui à celle d’il y a quelques années ?
La différence est très importante. Avant 2015, nous recevions régulièrement plus de cinq visiteurs étrangers par jour. Aujourd’hui, il arrive qu’une semaine entière passe sans aucune visite.
Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs, notamment les crises régionales, les conflits dans certains pays voisins et les difficultés liées à la circulation transfrontalière.
Il est urgent d’agir pour redynamiser ce site. J’invite également les médias à sensibiliser davantage les décideurs sur l’importance de préserver et de valoriser la Source du Nil.
Enfin, plusieurs infrastructures de base nécessitent une amélioration. Les visiteurs signalent régulièrement l’absence d’eau dans les toilettes ainsi que le manque de produits d’hygiène. Ces éléments peuvent paraître secondaires, mais ils influencent fortement l’image et l’attractivité d’une destination touristique.
Propos recueillis par Jures Bercy Igiraneza
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