Le vrombissement des tracteurs communaux s’est tu depuis des semaines laissant derrière lui une terre retournée et une population assoiffée. Depuis le 13 mars, les habitants de cette avenue ne savent plus à quel saint se vouer. En traçant la nouvelle route, les ouvriers ont déterré les tuyaux d’eau de la Regideso qui alimentaient le secteur. Depuis, le précieux liquide ne coule plus. Ce qui exacerbe les pénuries chroniques qui frappent la capitale politique durant la saison sèche.
« Une bonne route ? Ce n’est plus notre priorité mais plutôt le retour de l’eau dans nos robinets. L’eau que nous puisons dans la vallée a un goût amer et nous doutons que les latrines ne s’infiltrent dedans. Mais, que faire ? Nous n’avons pas de choix », déplore la prénommée Amina rencontrée dans la vallée séparant les quartiers Nyamugari et Magarama. Elle confie que la vie est presque impossible chez elle sans l’eau.
Intenable pour les petites bourses
Un marché parallèle d’eau s’est alors solidement installé. Ce qui ne favorise pas les ménages les plus modestes. Un bidon de 20 l se négocie désormais en effet à un prix exorbitant, à savoir 3 000 FBu.
Encore qu’il faut être patient et avoir de la chance pour en avoir puisque la demande est immense. « Cela est devenu un luxe d’avoir de l’eau propre », soupire Jean-Marie Kabura, un père d’une famille nombreuse. Il indique que dépenser plusieurs milliers de francs par jour juste pour boire et cuire les aliments est intenable pour les petites bourses. Les familles moins nanties sacrifient d’autres besoins essentiels.
Pour les revendeurs, la situation est une opportunité lucrative même s’ils peinent eux-aussi physiquement. Ils soulignent que la demande est énorme et qu’ils n’arrivent pas à satisfaire tout le monde. « Nous allons chercher l’eau très loin là où le réseau fonctionne encore. C’est physique, c’est risqué et la tension est vive à chaque point de ravitaillement. Le prix reflète notre effort »,confie un vendeur ambulant poussant un vélo chargé de dix bidons jaunis.
La corvée des biceps chez les femmes, les enfants et les domestiques
Faute de moyens pour s’offrir les services des revendeurs, la majorité des habitants doit s’en remettre à la force des bras. Ce sont les femmes, les enfants et les travailleurs domestiques qui paient le lourd tribut. Chaque jour, le rituel est le même : un réveil aux aurores, bien avant le lever du soleil pour entamer la corvée des biceps . « On se lève à 4 h du matin pour aller dans la vallée ou vers les sources aménagées les plus proches », raconte Aline Nizigama une jeune mère de famille, les traits tirés par la fatigue. « Là-bas, c’est la loi du plus fort. Il faut jouer des coudes, se bagarrer parfois pour remplir deux bidons. On rentre tard, épuisé. Toute la gestion de la maison est paralysée.» Elle raconte que tout est au ralenti : la lessive, la propreté des enfants, la cuisine, … Les enfants, eux aussi, voient leur quotidien confisqué par cette quête permanente. Le prénommé Thierry, un adolescent du quartier, témoigne qu’« avant de prendre le petit déjeuné nous devons faire au moins un tour à la vallée. Nos soirées se passent aussi dans les files d’attente. »
Face à ce calvaire qui dure depuis un trimestre, la frustration grandit. Personne ne remet en cause la nécessité d’aménager les infrastructures routières mais, la population demande vivement que la pose de la route ne se fasse pas au détriment de l’accès à l’eau potable. Elle se demande à quand la fin de ce problème.
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