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Budget 2026-2027 : Des ambitions irréalistes

Le gouvernement burundais affiche de fortes ambitions à travers le projet de budget 2026-2027 dans un contexte de faible mobilisation des financements des partenaires au développement. Certains observateurs qualifient les prévisions de recettes intérieures d’« excessivement optimistes ». Ce qui suscite des interrogations quant à la faisabilité.

Au Palais des congrès de Kigobe, les députés ont adopté unanimement le 13 juin 2026, le projet de loi budgétaire pour l’exercice 2026-2027. Le budget de l’Etat passe d’environ 5 000 milliards BIF en 2025-2026 à 7000 milliards de BIF en 2026-2027.

À l’issue de l’adoption du projet de loi budgétaire par l’Assemblée nationale, le ministre des Finances, du Budget et de l’Économie numérique, Alain Ndikumana a indiqué que ce budget revêt une importance particulière car il a été élaboré dans un cadre participatif. « Nous avons élaboré ce projet en concertation avec les administrateurs communaux, les différentes institutions publiques et les partenaires au développement ».

Selon lui, ce projet de budget a pour principal objectif d’améliorer les conditions de vie et de promouvoir le développement des citoyens burundais.
Cependant, devant les sénateurs, le 17 juin 2026, Léonidas Kabura, président de la Cour des comptes a relevé plusieurs insuffisances dans le document budgétaire et a invité les sénateurs à obtenir davantage d’éclaircissements auprès du ministre des Finances avant son adoption.
Il cite particulièrement l’absence d’indications sur le montant total de la dette publique restant à rembourser ainsi que le manque d’informations relatives aux immobilisations en cours, aux prêts et aux avances accordés par l’État. « Ces données sont essentielles pour permettre une analyse complète du projet de budget ».

La Cour des comptes note également que le gouvernement prévoit de rembourser 80 milliards de FBu de dettes durant le prochain exercice, tout en soulignant l’absence d’informations sur l’encours total de la dette publique.

Selon les données de la Banque de la République du Burundi ( BRB), la dette publique intérieure du Burundi a plus que doublé en cinq ans, atteignant 6 300 milliards de FBu début 2026. Elle est principalement portée par le secteur bancaire, tandis que la dette publique extérieure s’établit autour de 1 900 milliards de FBu.


Réaction

Gabriel Rufyiri : « Un budget irréaliste et déconnecté des réalités »

Le président de l’Olucome qualifie le projet de loi budgétaire 2026-2027 de « fantaisiste » et d’« irréaliste ». Selon lui, les prévisions du gouvernement reposent sur des hypothèses difficilement réalisables et ne tiennent pas suffisamment compte des résultats enregistrés lors des exercices précédents.

Cet économiste juge notamment inconcevable que le gouvernement continue de miser sur les mêmes mécanismes pour financer le déficit global du budget de l’État alors que les partenaires au développement ne répondent pas favorablement aux prévisions budgétaires.

À titre d’exemple, il cite le secteur minier. Pour l’exercice 2024-2025, les recettes attendues des minerais étaient estimées à 26,008 milliards BIF. Mais, les réalisations n’ont atteint que 5,655 milliards BIF, soit un taux d’exécution de 21,74 %. Une situation qu’il considère en décalage avec les discours officiels sur les performances du secteur.

Selon les données qu’il avance, l’or a généré à lui seul 4,521 milliards de FBu contre 1,133 milliard de FBu pour les minerais dits « 3T » (étain, tantale et tungstène) tandis que les autres minerais, notamment la tourbe, le marbre et le nickel, n’ont rapporté aucune recette à l’État. Il s’étonne dès lors que le projet de budget 2026-2027 prévoie encore 5 milliards BIF de recettes minières dans cette même rubrique.

À ses yeux, la faible mobilisation des ressources extérieures est principalement liée à des problèmes de gouvernance qui continuent de décourager les bailleurs de fonds, les investisseurs étrangers ainsi que la diaspora burundaise. « Toutes les principales sources de devises sont aujourd’hui verrouillées ou anesthésiées ».

M. Rufyiri rappelle que dans le budget précédent, les partenaires techniques et financiers devaient contribuer à hauteur d’environ 1 500 milliard BIF et que seulement 21 % des montants attendus ont effectivement été mobilisés.

Dans ce contexte, il appelle l’Exécutif à adopter des mesures susceptibles de restaurer la confiance des partenaires techniques et financiers ainsi que celle des investisseurs.

Concernant les recettes intérieures, le président de l’Olucome estime que l’État privilégie la surtaxation des citoyens plutôt qu’un véritable élargissement de l’assiette fiscale. Les autorités chercheraient principalement à accroître les prélèvements sur les produits de grande consommation notamment dans les secteurs des télécommunications et des boissons. Une approche qu’il critique vivement allant jusqu’à affirmer que « le gouvernement du Burundi cherche à tout prix à sucer les citoyens déjà pauvres » au moment où d’autres pistes, comme une meilleure taxation des grandes fortunes, restent peu exploitées.

L’expert se montre également préoccupé par le financement du déficit budgétaire. Face à la faiblesse des appuis extérieurs, le gouvernement recourt de plus en plus à l’endettement intérieur à travers les bons du Trésor et les emprunts auprès des banques commerciales. Il trouve que cette stratégie assèche les ressources destinées au secteur privé et limite les investissements productifs indispensables à la création de richesses et d’emplois.

Il fait remarquer que ces choix contribuent à expliquer pourquoi l’économie burundaise peine toujours à décoller. La croissance économique demeure inférieure à 4 %. Ce qui est insuffisant pour permettre au pays d’accélérer son développement. Pour lui, les pays qui réussissent leur décollage économique s’appuient généralement sur des budgets d’austérité qui privilégient les secteurs créateurs de richesse citant notamment l’énergie parmi les domaines stratégiques.

Présentement, il estime que l’Etat continue d’orienter une part importante de ses ressources vers les dépenses de consommation et de fonctionnement au détriment des secteurs productifs capables de soutenir une croissance durable.

L’augmentation de près de 64 % du budget en une seule année lui paraît donc difficilement justifiable, d’autant que les prévisions de financement extérieur des exercices précédents n’ont pas été réalisées.

« Un Parlement qui accompagne à l’aveuglette »

Le président de l’Olucome tire à boulets rouges sur le Parlement qui « ne joue pas pleinement » son rôle de contrôle de l’action gouvernementale et se contente plutôt d’accompagner l’Exécutif. « Nous avons un Parlement qui accompagne aveuglement ». Il ne devrait donc pas voter le budget de l’année suivante sans vérifier que le budget précédent a été géré de manière rationnelle.

Il dénonce également la violation répétée de l’article 181 de la Constitution qui impose au gouvernement de transmettre le projet de loi budgétaire dès le mois d’avril, à l’ouverture de la session parlementaire. Or, constate-t-il, ce texte est systématiquement présenté durant les dernières semaines du mois de juin.

Il invoque aussi l’article 182, dont l’alinéa 3 prévoit que si le Parlement ne dispose pas du temps nécessaire pour examiner le projet de budget, il peut autoriser l’exécution provisoire d’un douzième du budget précédent afin de permettre une analyse approfondie du nouveau texte. Malheureusement, regrette-t-il, cette possibilité n’est jamais utilisée alors qu’elle permettrait un examen plus rigoureux du projet de loi budgétaire.


Analyse

Jean Ndenzako : « Un budget spectaculaire qui mérite une lecture attentive »

Malgré les critiques sur le réalisme du budget 2026-2027, l’économiste Jean Ndenzako appelle à une lecture plus nuancée. Selon lui, la forte hausse des dépenses traduit une volonté d’autonomisation financière de l’État, mais soulève aussi des défis majeurs en matière de gouvernance, d’inflation et d’efficacité des investissements.

Ce professeur d’universités trouve que la progression annoncée du budget général de l’État est spectaculaire si bien qu’elle mérite une lecture attentive. Il estime qu’elle ne peut pas s’expliquer par la seule dynamique de la croissance économique puisque les prévisions du FMI pour 2025 tablent sur une expansion du PIB réel de 2,7% seulement, et de 3,1% en moyenne entre 2026 et 2030.
Un rythme que les experts jugent insuffisant pour répondre aux besoins sociaux du pays.

Selon lui, la véritable explication réside dans le tournant stratégique amorcé depuis la crise de 2015 : face au gel progressif des financements, l’Exécutif burundais a délibérément orienté sa politique budgétaire vers la mobilisation des ressources intérieures. Entre 2016 et 2022, le taux d’indépendance budgétaire a plus que doublé passant de 42% à 90% sous l’effet de réformes fiscales et d’une montée en puissance de l’OBR.

A cet effet, pour l’exercice 2026-2027, les recettes projetées, portées principalement par l’élargissement de l’assiette fiscale, la hausse de la taxe minière de 7% à 16%, l’instauration de nouvelles redevances administratives et une surtaxe sur certaines importations, ont augmenté.

Un revers bien documenté

Toutefois, l’économiste souligne que cette stratégie d’autonomisation budgétaire comporte un revers bien documenté : la pression fiscale se reporte mécaniquement sur les contribuables et les ménages. Le FMI lui-même a averti que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et les droits d’accise représentent plus de la moitié des recettes fiscales. Ce qui pèse de façon disproportionnée sur les populations les plus vulnérables.

L’inflation, qui a atteint le niveau record de 40,9% en mars 2025 contre 14,1% un an plus tôt, érode davantage, selon lui, le pouvoir d’achat avec une flambée des loyers de 224% et des hausses alimentaires frappant les produits de base.

Par conséquent, une expansion budgétaire fondée principalement sur des prélèvements intérieurs risque effectivement d’accentuer la précarité des ménages à bas revenus, dont 74,3% vivent déjà sous le seuil de pauvreté.

La discipline budgétaire, principalement la fin de la reconduction automatique des dépenses affirmée lors du pré-cadrage de mars 2026, sera déterminante pour que cet effort fiscal se traduise en services publics réels plutôt qu’en charges sans contrepartie visible.

« Une réponse nuancée mais lucide »

Il rappelle également que la question de la nature du budget (budget de développement ou budget de fonctionnement) est au cœur du débat public depuis longtemps. Les données disponibles invitent à une réponse nuancée mais lucide.

Dans le budget 2025-2026, les dépenses courantes s’élevaient à 2 751 milliards de BIF, soit plus de la moitié des dépenses totales estimées à 5 352 milliards. La Cour des Comptes elle-même a pointé des hausses non justifiées sur les dépenses de personnel et de fonctionnement, un recours excessif à l’endettement intérieur et des prévisions de recettes jugées peu crédibles.

L’Olucome avait, dans un registre similaire, qualifié un budget antérieur de « budget de consommation » en relevant que les secteurs porteurs de croissance ne recevaient que 6,7% des dotations.

Par ailleurs, l’évaluation à mi-parcours du Plan national de Développement (PND) 2018-2027 confirme cette inquiétude : les résultats sont mitigés. Le taux de croissance économique, prévu à 10,7% à l’horizon 2027, est retombé à 3,6% en 2022 ; le taux d’inflation a continué de grimper et les indices de développement prévus dans les secteurs clés ont chuté au lieu d’augmenter. Le PND révisé (2023-2027) comporte certes 18 programmes prioritaires, 72 projets et 368 indicateurs de suivi mais, sa mise en œuvre effective reste conditionnée à une gouvernance rigoureuse des finances publiques.

Des signaux quand même encourageants

Malgré certaines inquiétudes, des signaux encourageants apparaissent dans le budget burundais, notamment la forte hausse des dépenses d’investissement et la volonté du gouvernement de consacrer plus de la moitié du budget aux investissements.

Toutefois, l’efficacité réelle de cette orientation devra être évaluée à travers plusieurs indicateurs clés : l’exécution effective des investissements, l’évolution de la pauvreté et du revenu par habitant, la maîtrise de l’inflation ainsi que le niveau des financements accordés à l’agriculture. Ce sont ces éléments qui permettront de juger concrètement l’impact du budget sur le développement et les conditions de vie de la population.

Pour M. Ndenzako, le projet de budget 2026-2027 est le reflet d’une économie en transition douloureuse : entre les impératifs d’une ambition nationale assumée et les contraintes d’un contexte extérieur défavorable, d’une inflation persistante et d’une croissance encore insuffisante. L’enjeu pour les décideurs est de transformer une hausse des volumes budgétaires en amélioration tangible des conditions de vie – ce qui suppose une rigueur dans l’exécution, une transparence dans la gestion et une concentration stratégique des ressources sur les secteurs productifs et sociaux porteurs de changement à long terme.

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