Mairie de Bujumbura : vers la guerre des déchets ?

par Dossier réalisé par Egide Nikiza, Rénovat Ndabashinze, Hervé Mugisha, Fabrice Manirakiza et Christian Bigirimana

Mairie de Bujumbura : vers la guerre des déchets ?

Mairie de Bujumbura : vers la guerre des déchets ?

Dossier réalisé par Egide Nikiza, Rénovat Ndabashinze, Hervé Mugisha, Fabrice Manirakiza et Christian Bigirimana
Photos : Dossier réalisé par Egide Nikiza, Rénovat Ndabashinze, Hervé Mugisha, Fabrice Manirakiza et Christian Bigirimana
16 octobre 2017

Des Setemu à la BCCO en passant par 18 sociétés, depuis peu la gestion des déchets dans la capitale a viré à une guéguerre. Un terrain où rime beaucoup plus spéculation que recherche de solution. Iwacu revient sur ce feuilleton à rebondissements.


Gestion des immondices : un casse-tête

Depuis plusieurs années, la question de la gestion des immondices dans la ville de Bujumbura fait couler beaucoup d’encre. Zoom sur sa genèse.

Ramadhan Nkurikiye : «Vu que la ville Bujumbura continue de s’étendre, il sera difficile aux Setemu de couvrir toute la capitale.»

Créés par le décret du 12 juillet 1983, les Setemu avaient pour missions : l’étude, la réalisation et l’exploitation pour le compte de la mairie de Bujumbura de tous les services techniques, en particulier les travaux de drainage et de voirie, d’évacuation des eaux usées, d’enlèvement des immondices. Les Setemu sont également chargés de la construction et de la maintenance des immeubles de l’Etat. Au départ, en 1979, les Setemu étaient un service d’assainissement de la Regideso. Ils furent réellement créés en 1983 sous la double tutelle des ministères des Travaux publics et de l’Intérieur. Cette même année, les Setemu furent sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.

Depuis sa création, c’est la mairie de Bujumbura qui donnait les fonds de fonctionnement aux Setemu. Les choses changent en 1989 avec un nouveau décret modifiant celui de 1983. Cette fois-ci, il est décidé que les Setemu seront rémunérés en fonction des prestations fournies. Avec l’extension de la capitale, les Setemu se retrouvent dans l’incapacité d’enlever les immondices dans tous les quartiers de la ville. Pour pallier ce problème, des sociétés privées réunies en associations sont mises sur pied. Ces dernières signent des contrats avec les ménages. En contrepartie, chaque société doit payer aux Setemu une somme pour l’entretien des décharges publiques (700 Fbu/m3) et des stations d’épurement (1600Fbu/m3).

C’est à ce moment que des grognes éclatent. Les ménages se voient obligés de payer un montant élevé.

Et la mairie de prendre les choses en main

En 2013, des sociétés et associations de collecte de déchets sont invitées à poser leurs candidatures. Des documents administratifs (agrément, statuts, registre de commerce, NIF, attestation de non faillite, attestation de non redevabilité à la mairie et Setemu) sont exigés. De plus, ces sociétés doivent remplir d’autres conditions, notamment avoir un siège social, avoir au moins un camion couvert, avoir un matériel suffisant de chargement et de déchargement, etc. Une caution de garantie de 2 millions de Fbu est aussi requise. Sur les 26 sociétés qui avaient déposé les documents requis, 18 sont retenues. Des sanctions sont prévues pour les sociétés qui n’honoreront pas le contrat.

Coup de tonnerre ! Après qu’elles aient commencé de travailler, même les 18 sociétés ne sont pas capables de couvrir toute la capitale.

Le torchon brûle entre le maire de la ville, Freddy Mbonimpa, et ces sociétés. En date du 6 juin 2017, le maire de la ville décide de suspendre leurs activités. Il avance qu’elles ne faisaient pas correctement leur travail. «Les immondices restent dans les rues et même celles qui sont collectées sont jetées dans la rivière Ntahangwa ou à Ruziba.» Ces sociétés réfutent ces accusations. «C’est un mensonge sans nom. Aucune organisation n’a été interpellée à ce sujet. C’est une publicité négative à notre égard dans le but de légitimer cette décision.»

Et BCCO arriva

Une nouvelle société de collecte des déchets entre dans la danse. Son nom, Bujumbura Cleaning Company (BCCO). «Désormais, c’est cette société qui va s’en charger. C’est un poids énorme dont cette société nous décharge. De plus, la mairie va recouvrer 30% des recettes de BCCO», dira Freddy Mbonimpa. D’après lui, la mairie allait récupérer 40 millions de Fbu par mois alloués jusque-là à la propreté de la ville. Et de souligner qu’ils se sont convenus sur des prix accessibles à tout le monde.

Les 18 sociétés montent au créneau. Selon Me Jean Marie Vianney Nshimirimana, leur porte-parole, la décision du maire outrepasse plusieurs libertés. «Elle viole la liberté d’entreprise. Lorsqu’une société est agréée, elle devient une personne morale. Elle a le droit de travailler sur tout le territoire.» Il ajoute qu’en donnant le monopole à BCCO, le maire a violé le code du commerce et partant le principe de la concurrence loyale. «BCCO est une société privée à but lucratif. Elle ne procure aucun service gratuit à la population urbaine. C’est anormal que le maire lui accorde ce privilège, comme si Bujumbura est devenu une propriété privée.» M. Nshimirimana trouve aussi que la mairie a violé le code des marchés publics. «Il fallait une passation des marchés pour toutes les sociétés œuvrant dans ce secteur au vu de l’ampleur du marché.» L’Olucome, par le truchement de son président, abondera dans le même sens : «Ce qui est étonnant et grave, c’est qu’il n’y a eu ni transparence ni concurrence dans l’octroi de ce marché.»

Cet observatoire estime plutôt que les nouveaux prix fixés sont exorbitants. Après quelques jours de travail, les habitants de différents quartiers fustigent les services de la BCCO. Certains quartiers passent une semaine ou deux sans que les employés de cette société passent enlever les immondices. Il faut alors songer à une autre stratégie.

Une cacophonie totale

Dans la conférence de presse des porte-paroles du 29 septembre, l’assistant du ministre de l’Intérieur, Térence Ntahiraja, a indiqué que les Setemu ont eu des problèmes financiers, surtout que leurs machines sont vieilles.

«Les 18 sociétés ont aussi eu des problèmes et c’est pourquoi la mairie a confié ce travail à une seule société.» Toutefois, il admet que la société BCCO est incapable d’abattre seule ce travail. Le ministre de l’Intérieur a envoyé une correspondance au maire de la ville lui exigeant plus de transparence. « Très prochainement, il y aura des coopératives de collecte des déchets dans chaque commune afin que ce travail soit bien fait.»

S’exprimant sur la Radio Isanganiro, le conseiller principal du maire de la ville, Ramadhan Nkurikiye, assure aussi que les Setemu ne sont plus capables de faire le travail d’enlèvement des déchets pour cause de problèmes financiers. «Nous sommes en train de mettre en œuvre la taxe pollueur-payeur. Au lieu que la mairie continue de dépenser de l’argent pour collecter les immondices, ce sont ces coopératives qui vont plutôt payer la mairie.»

Selon lui, il faut un audit administratif des Setemu afin de les réorganiser d’une autre manière. Il demande aussi qu’il y ait un changement des lois régissant la mairie et les Setemu. «Vu que la ville Bujumbura continue de s’étendre, il sera difficile aux Setemu de couvrir toute la capitale.» Ce n’est pas l’avis du directeur général des Setemu, Sadiki Ciza : «Nous avons toute la capacité technique nécessaire pour accomplir ce travail. Que la mairie nous laisse le faire pour vérifier si nous n’en sommes pas capables.»

Cette cacophonie dans la gestion des déchets ménagers interroge. Qui croire entre la mairie de Bujumbura et les Setemu? Quel est le bien-fondé de cette décision d’accorder le monopole à une seule société? A qui profite cette décision? A qui profite ce désordre dans le domaine de la salubrité ?…

Commune Ntahangwa : les déchets ne sont plus enlevés
Quartier Ngozi en zone Kinama où des déchets ménagers sont entreposés sur le bord de la route macadamisée ou bien jetés dans des caniveaux.

Les habitants des quartiers nord de la capitale se plaignent de l’absence d’évacuation des déchets par la société BCCO comme convenu. L’administration renvoie la balle à la mairie de Bujumbura.

Quartier Muyinga, 4ème avenue de la zone Kinama. Des enfants jouent au bord de la route pendant que leurs mères lavent des habits. A quelques mètres de là, des déchets ménagers, certains dans des sacs plastiques, d’autres dans des sacs entreposés non loin de leurs parcelles. Très remontée Anitha Harerimana, l’une des mères, lâche : « Ce ne sont que des maladies des mains sales qui nous attendent, si rien n’est fait dans les meilleurs délais. »

Et pour cause, explique-t-elle, les agents de Bujumbura Cleaning Company (BCCO), chargés d’évacuer les déchets ménagers, ne sont pas passés sur place, depuis un mois. Conséquence : l’on trouve des sacs remplis de déchets de toutes sortes à l’intérieur des parcelles, sur les bords des routes et un peu partout. « Les gens n’ont pas où les mettre. »

A Kamenge, la situation est similaire. Des déchets sont éparpillés un peu partout. Certains n’hésitent pas à les jeter dans les caniveaux aménagés par la CTB, lors du pavage des routes. Clément Mbonyingingo du quartier Kavumu n’y va pas par quatre chemins : « Je n’ai jamais vu personne venir récupérer les déchets, mais je paye 2000 Fbu aux agents de BCCO par mois, depuis juillet dernier. »

Du coup, il donne entre 500 et 1000 Fbu à une personne pour s’en débarrasser. « Je ne sais pas où il va les jeter mais à la limite, ce n’est pas mon problème. » Même son de cloche chez les vendeurs de fruits et autres propriétaires des restaurants du quartier Teza, près de l’endroit communément appelé Terminus bus.
« Je n’ai pas d’autre choix que de payer des gens qui emportent les déchets à l’aide de brouette. C’est cher, mais cela permet au moins de garder propre cet endroit », confie G.M., propriétaire d’un restaurant à la 12èmeavenue.

« Je ne les ai vus qu’une seule fois pendant trois mois »

Il martèle que cette société n’a pas été à la hauteur de la tâche qu’elle s’était assignée : « Je ne les ai vus qu’une seule fois pendant trois mois. » Or, fait-il remarquer, l’association qui collectait ces déchets depuis 2015 le faisait bien et à moindres coûts : « Je leur donnais 1500 Fbu par mois et ils enlevaient ces déchets une fois la semaine, alors que le BCCO nous demande 2000 Fbu par mois et ne se pointe qu’une seule fois le mois. »

Cet avis est partagé par les habitants de Kinama. Selon eux, ceux qui s’occupaient de la salubrité avant BCCO le faisaient mieux et étaient bien organisés. « Ils venaient avec des charrettes toutes les semaines alors que non seulement les agents de BCCO ne viennent plus récupérer les déchets, mais aussi ils ont l’audace de se pointer avec des carnets de reçus pour collecter l’argent. » Et de conclure qu’il s’agit ni plus ni moins d’une arnaque.

Contacté, Eddy Paul Hakizimana, administrateur communal de Ntahangwa, s’est refusé à tout commentaire, se contentant de nous renvoyer à la mairie de Bujumbura, qui a signé un contrat avec Bujumbura Cleaning Company. Iwacu a contacté les responsables de BCCO et le maire de la ville, sans succès.

Toutefois, Magnus Patrice Nyandwi, un superviseur des travaux à BCCO, avait rassuré sur les voix des ondes, fin septembre, promettant que les agents de BCCO sont à l’œuvre afin de rendre la ville de Bujumbura propre et attrayante.

A ce moment-là, il affirmait que cette compagnie disposait de 25 camions pour embarquer les déchets vers le dépotoir et d’agents pour collecter les déchets. Concernant les raisons qui poussent cette société à traîner les pieds dans les quartiers nord de la capitale, M.Nyandwi avait pointé du doigt le non-paiement par les bénéficiaires de la somme de 2000 Fbu : « En zone Kinama sur 13 288 ménages, seuls 1121 ont payé. Ceci influe sur la qualité de nos services », avait-il précisé.

Pour rappel, le maire de la ville de Bujumbura avait annoncé, au cours d’une réunion de sécurité, que l’évacuation des déchets ménagers sera confiée aux coopératives communales dès le mois d’octobre.

Commune Mukaza : les quartiers populaires se lamentent
Un enfant allant jeter un tas d’immondices.

« Nous venons de passer plus de deux mois sans voir passer les éboueurs », se plaint Innocent, un habitant de Jabe, zone Bwiza, commune Mukaza. Dans leurs parcelles, il s’alarme que la décomposition des déchets ménagers entraîne une odeur nauséabonde, des asticots y grouillent. Une situation similaire chez un autre citadin de la 8ème avenue à Bwiza. Celui-ci dit qu’il n’a jamais vu un camion de la Bujumbura Cleaning Company (BCCO) venir récupérer les déchets. « Or, j’ai payé 2000 Fbu comme caution.» Il redoute l’apparition des maladies des mains sales, comme le choléra. Cet habitant précise qu’avec le paiement de cette caution, on leur avait promis de passer au moins une fois le mois.

Dans les quartiers Nyakabiga et Buyenzi, les habitants se lamentent. « Vaut mieux laisser les anciennes associations s’occuper de la collecte des déchets », lance Bukuru, un jeune marié de Nyakabiga. Il affirme qu’avant la venue de la BCCO, les éboueurs passaient au moins une fois les deux semaines. « Et le paiement se faisait directement et selon le volume des déchets.» D’après lui, plusieurs parcelles ont désormais des allures de dépotoir. Ils ne savent plus où mettre les déchets. D’autres les jettent, pendant la nuit, dans les caniveaux ou dans la rivière Ntahangwa. Il ne comprend pas pourquoi la collecte et la gestion des déchets n’est plus assurée par les Setemu.

Pour Idrissa, un habitant de Buyenzi, les déchets sont devenus une source de richesse pour certaines autorités. « La gestion des déchets a commencé à se compliquer quand la mairie a ôté cette tâche aux Setemu ». Il se demande pourquoi chaque nouveau maire amène ses propres associations ou coopératives. Au lieu de renforcer les Setemu, ou de construire des dépotoirs modernes, explique-t-il, on se lance dans des conflits d’intérêts.

Il fait savoir que beaucoup de gens mettent leurs sacs de déchets aux abords des avenues en attendant les camions de la BCCO, en vain. Et avec la pluie, ils finissent dans les caniveaux, dégageant ainsi une odeur fétide dans le quartier.

Quant au quartier Rohero II, un chef de ménage assure que le camion passe au moins deux fois le mois.
Espérance, une taulière d’un débit de boisson dans cette même zone, abonde dans le même sens : « Nous n’avons pas de problème de gestion de déchets. Les camions passent régulièrement les récupérer. » Cette quadragénaire se garde de tout commentaire sur le montant payé. « L’essentiel, c’est que les déchets soient récupérés. »

Commune Muha : tout Muha crie au secours des Setemu
Une montagne de déchets à Gisyo, en zone Kanyosha.

Des tas d’immondices par-ci, des sacs d’ordures par-là, des déchets ménagers jetés dans des canalisations, etc. Voilà le paysage dans les rues de la zone de Kanyosha.

Certains habitants de la zone Kanyosha dénoncent une dépossession de la part de Bujumbura Cleaning Company services (BCCO). C’est à celle-ci que les autorités municipales ont récemment accordé le monopole du ramassage des déchets ménagers.

L. N., habitant du quartier Musama, affirme avoir donné une contribution à une société qui ne s’acquitte pas de ses obligations comme convenu. Il paie 3000 Fbu par mois et en contrepartie, la nouvelle société doit passer normalement deux fois par mois pour le ramassage. «Pourtant, cela fait plus de trois semaines que je ne les ai pas vus.» Il paie désormais un ouvrier à la tâche. Il dénonce des spéculations des autorités municipales : «Une seule société ne peut pas remplacer 18 associations.»

D’autres soutiennent ne pas être en mesure de s’acquitter de leurs contributions. «Nous avons même du mal à subvenir aux besoins de nos enfants», lâche Niyukuri Marianne, rencontrée à l’avenue Gasarara du quartier Kajiji, ce lundi 9 octobre. Elle brûle les déchets chez elle comme il en est d’ailleurs le cas dans son voisinage. Avant d’indiquer qu’il y en a qui jettent les déchets dans des caniveaux. «En période de saison des pluies, ils sont emportés par les eaux.» La contribution de chaque ménage s’élève à 2000 Fbu par mois pour les habitants de ce quartier.

C’est au quartier Gisyo que les déchets collectés dans cette zone sont acheminés. Des montagnes d’immondices s’élèvent dans un immense ravin situé à quelques encablures des maisons habitables. Des enfants rencontrés sur place, dans l’avant-midi de ce lundi 9 octobre, à la recherche des restes d’aliments, indiquent que cela fait plus d’un mois sans que les déchets n’y soient jetés. Ils ignorent la raison.

Quid des zones Musaga et Kinindo ?

Les autres zones présentent un léger mieux. Des habitants de la zone Musaga s’organisent pour la gestion des déchets ménagers. Selon plusieurs sources contactées, la BCCO est absente dans cette zone depuis quelques semaines. Ils paient eux-mêmes des travailleurs à la tâche.

B. K, habitant à la 1ère avenue, déplore que ces derniers ne se préoccupent pas de la protection de l’environnement. Ils jettent les immondices dans les canalisations. Mpimba, ruisseau qui traverse cette zone, est leur destination. Ce quadragénaire en appelle à la réorganisation du service de collecte des déchets.

Il estime que les services techniques municipaux (Setemu) ne peuvent pas couvrir toute la capitale sans leur réaménagement : « Ce service doit rester public sans quoi des spéculations de tout acabit sont possibles. »
Et Thierry Nahimana, habitant du quartier Musaga, d’abonder dans le même sens : « Seuls les Setemu sont capables d’assurer la salubrité convenablement dans la ville de Bujumbura. » M. Nahimana conseille aux autorités de doter cette entreprise de nouveaux engins. «La ville s’agrandit de jour en jour et les besoins en salubrité suivent la courbe.»

Dans la zone Kinindo, BCCO honore ses engagements, assure Charles Nkurunziza, un habitant de ce quartier. Il parle d’un bon contrat : «C’est 7000 Fbu alors que d’autres, dans des quartiers voisins, paient 3000 Fbu voire 4000 Fbu.» Et de jurer qu’il ne donnera aucun centime si elle ne respecte pas le contrat : « C’est quatre fois par mois. »

Un autre habitant du même quartier, s’exprimant sous couvert d’anonymat, évoque l’Association Tumenye Sida (ATS), une autre organisation qui s’occupe de la collecte des déchets. «Avec 10 mille Fbu par mois, les employés de l’ATS passent une fois par mois pour le ramassage.»

Contacté, l’administrateur de la commune Muha nous a renvoyé aux autorités de la mairie.

Le tri des déchets, quasi-inexistant !
Presque tous les camions déchargent sans qu’il y ait eu tri.

Avant d’être jetés, les déchets doivent préalablement être triés entre ceux biodégradables et non dégradables. C’est une toute autre situation qui s’observe à la décharge de Buterere.

Des femmes en train de fouiller dans les débris pour trouver les restes de nourriture, des enfants remuant avec minutie dans l’espoir de dégoter le moindre métal, des sachets, canettes et autres produits en plastiques. C’est le spectacle quotidien en zone Buterere.

Dans ces montagnes de déchets, les gens s’affairent au point de ne plus sentir les odeurs nauséabondes. Une autre scène se produit lorsqu’un camion vient décharger. Même s’il ramène des produits de la cimenterie, pharmaceutiques, aucun tri. Tout ce beau monde s’y précipite, se bousculant dans le seul espoir de découvrir quelque chose à mettre sous la dent.

Pourtant, ces personnes savent que ce n’est pas sans risque de fouiller à mains nues et sans masque dans ces déchets. Outre qu’elles s’exposent principalement aux maladies des mains sales, elles sont trop enclines à toutes sortes d’infections microbiennes, les seringues pouvant percer leurs peaux, etc. « Mais, comment abandonner alors que l’endroit est devenu leur gagne-pain quotidien », explique Claver Bizimana, un conducteur de vélo qui y ramasse des sacs plastiques. Il les revend aux fabricants de bougie à 350 Fbu le kg et parvient à faire vivre sa famille.

Même son de cloche chez Béatrice Ndayizeye, mère de 5 enfants. Démunie, chaque matin, elle se lève dans l’espoir de trouver des patates douces ou pommes de terre pour nourrir sa progéniture. « C’est la preuve que la décharge fait vivre pas mal de gens, mais son exploitation devrait être restructurée pour la protection de l’environnement et plus de rentabilité », observe Jacques Nkengurutse, vice-président de l’ACVE (Action Ceinture Verte pour l’Environnement).

De petits gestes qui sauvent l’environnement…

Pour lui, la sensibilisation doit se faire en amont. Il explique que les ménages, les écoles, les établissements pénitenciers, les hôpitaux et les industries doivent avoir à cœur cette bonne habitude de trier les déchets. Séparer dans deux poubelles différentes ceux biodégradables et ceux non dégradables. La seule manière, dit-il, de séparer les sacs plastiques et les métaux pouvant être recyclés des restes de déchets pouvant être transformés en fumure organique.

Il note que lorsque les communautés de base sont imprégnées de ces bons gestes qui sauvent l’environnement, c’est toute la problématique de l’environnement qui serait résolue. « Je parie même que cette décharge n’aurait plus lieu d’être. Avec des industries de recyclage, tous les déchets seraient transformés.» Et de lâcher avec un brin de gaieté: « Une aubaine pour tout ce bon monde qui se réveille de bonne heure pour y fouiller chaque matin parce que ces industries contribueraient à la création d’emplois.»

Localisée dans un périmètre périurbain et dont la nappe phréatique se trouve à moins de deux mètres, M. Nkengurutse estime que le gouvernement devrait s’atteler au plus vite à relocaliser la décharge. « Avec la pollution allant crescendo et les risques de l’altération de la qualité de l’eau, c’est une nécessité. » Il met en garde sur les conséquences directes de la pollution du lac Tanganyika : « Regardez l’endroit appelé communément Ku Mase, un pur dépotoir. Si rien n’est fait dans l’immédiat, on risque d’entrer en conflit avec la RDC, car la Regideso sera contrainte d’aller puiser l’eau dans sa zone. »

Bien plus, l’activiste martèle que les belles plages du lac Tanganyika sont menacées d’extinction et rappelle que les collines restent de bons emplacements pour les décharges.

  2   Vos commentaires
  1. Mayugi

    Il faut aussi songer à imposer les bacs (en plastic) qui ferment pour ordures ménagères et de plus gros bacs métalliques pour les commerces et industries afin de diminuer les risques de transmission des maladies par les mouches, rats et autres animaux et diminuer les mauvaises odeurs en attendant l’enlèvement des déchets.

  2. MBAZA

    Mourrons par ces saletés mais il y en a au pouvoir qui ne perdent pas le nord et préparent leurs sorties. Pauvres de nous.
    http://www.arib.info/index.php?option=com_content&task=view&id=17201&Itemid=1

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