Opinions

Bob Marley bientôt interdit au Burundi ?

04/11/2016 Antoine Kaburahe 13
Bob Marley
Photo : Stéphane Damour (Flickr)

Alors que les couacs du « Forum des jeunes leaders Burundais » à Berlin, qui finit en guerre de communiqués sur internet, alimentent la blogosphère, un événement est passé presque inaperçu : la radio Isanganiro a été sanctionnée pour avoir diffusé une chanson considérée comme « subversive. »

Intrigué, j’ai écouté et réécouté le morceau. Mais comme les faits sont sacrés, voici la retranscription intégrale des paroles de la chanson incriminée, avec traduction en français pour les non kirundiphone.

Agateka ka zina muntu karahonyangwa. Abanyagihugu tuguma dukengengwa. Dukengerwa.
Agateka ka zina muntu gakwiye kubahirizwa. Maze abantu tukareka gucinyizwa. Zina kiremwa wese aronke umwidegemvyo.Kandi hose ntakwiye cwicwa n’intuntu akwiye kuba nk’umuntu. guhera ku bagabo gushika ku bagore
Ubuzima ni amazi aseseka ntibayore.
Ubuzima ni katihabwa. Apana ko abantu bicwa nk’imbwa. Urakunda umuntu nk’uko wikunda. Ureke kwama wikora mu nda.
Abantu baraye bahoterwa n’amabi bakorerwa.Maze ibara ntirisubire kurwa.
Imana yeremuntu kw’ishisho ryiwe.
Kuri ivyo umuntu naronke agateka kiwe.
Musitanteri ivyo mbona aha narumiwe.Umuntu muzima akwiye gusorerwa.Agateka ka zina muntu karahonyangwa. Abanyagihugu tuguma dukengwa.
Barundi sonera agateka ka kiremwa muntu,
Kuko twese turi abantu. Turi abantu.
Barundi sonera ubuzima bwa kiremwa muntu, Kuko twese turi abantu. Turi abantu.
Buramatari ndagarutse kandi kubabwira ikiruta ikindi. Agateka ka zina muntu karakengerwa, kakagahonyangwa abanyagihugu tukaguma twumirwa ijoro n’umutaga eka ni amagorwa.
Hirya no hino abantu benshi barapfungwa. Bamwe muri bo bagupfungwa ataco bazira.
Ni akamaramaza aho ubona ni ibara,
Aho abajejwe kudukingira biha ibara
Bakongera akaba ari bo batubangamira. Akaruta akandi karakamira.
Abanyagihugu yaco mwihanira,
Nimureke ubutungane bugume bukora.
Buramatari ndahanura ariko simvura.
Ubuzima bw’umuntu si ubwo gukinisha. Tuvire hasi rimwe turwanye ubwo bubisha,
Atari uko naho uburundi buhaye busha.
Ntitwibagiye akarenganyo n’agacinyuzo ko vyamaze kwiha inkumbi mu gihugu cacu. Ibiturire biturira igihugu cacu none abanyagihugu tubaye abande?
Ko Paouson na KBG turi hano kugira tubabwire Kura tubabwire ibintu bizima,
Twongera tubabwira ukuri nk’ukurima
REFRAIN
Les droits de l’Homme sont bafoués. Les citoyens sommes toujours mésestimés (2).

Les droits de l’Homme doivent être respectés. Enfin, les êtres humains ne subiront plus la dictature. Que tout être humain soit libre.
Et partout il ne doit pas mourir de rancœur. Depuis les hommes jusqu’aux femmes.
La vie se perd une fois pour toutes. La vie ne se donne pas. Que les humains ne soient plus tués comme des chiens. Aime l’autre comme tu t’aimes. Cesse de tuer tes fils.
Que des gens ne subissent plus des crimes. Afin que l’horreur n’ait plus lieu.
Dieu a créée l’homme à son image. Pour cela que l’homme soit rétablit dans ses droits.
Musitanteri, par ce que je constate, je suis consterné.
Une personne vivante mérite d’être respectée.
Burundais, respectez les droits de l’être humain car nous sommes tous des humains. Nous sommes des humains.
Burundais, respectez les droits de l’être humain car nous sommes tous des humains.
Buramatari, je reviens vous raconter le meilleur.
Les droits de la personne humaine sont sous-estimés, les citoyens sommes dans les consternations jour est nuit c’est du calvaire.
Ici et là les gens sont emprisonnés. Certains parmi eux sont incarcérés injustement.
C’est de la honte, c’est une calamité au moment où ce sont ceux qui devrait nous protéger qui nous menacent. La raison du plus fort est la meilleure.
Citoyens ! Cessez de vous faire justice.
Laissez la justice faire son travail.
Buramatari, je prodigue des conseils mais je ne transforme pas les gens.
La vie humaine, on ne joue pas avec.
Levons nous comme un seul homme pour lutter cette cruauté.
Sinon le Burundi part en fumée. Nous n’oublions pas que l’injustice et la dictature ont décimés des vies dans notre pays. La corruption gangrène notre pays.
Nous, citoyens, à quel saint nous vouer ?
Paouson et Buramatari sommes ici pour vous raconter des choses vivantes et en vous disant la vérité.
Burundais, respectez les droits de l’être humain car nous sommes tous des humains. Nous sommes des humains.
Respectes la vie de ton prochain car il ne faut pas aimer ta vie en tourmentant la vie de l’être humain. Parce que tu dois respecter le principe d’humanité.
Toi qui es à l’origine du manque de respect des droits de l’Homme, saches que tu en répondras devant Dieu. Tu en répondras.
Burundais, respectez les droits de l’être humain car nous sommes tous des humains. Nous sommes des humains.
Burundais et Burundaises respectez la personne humaine. Souviens-toi que toi aussi tu es une personne humaine. Ne souhaite aucun mal à ton prochain.
Car la vie se perd une fois pour toutes.
Ça c’est un conseil en provenance des personnes vivantes et qui se respectent, Musitanteri et Buramatari.

Plus jeune, dans une autre vie, j’ai fait de la critique de texte. J’ai beau chercher, je ne vois rien qui pourrait nourrir l’ire du pouvoir. Et je me dis qu’à ce rythme, le CNC burundais a vraiment du pain sur la planche : il va falloir interdire bien des chanteurs et des chansons. A commencer par le très populaire Bob Marley. N’est-ce pas lui qui chante, entre autres : « Emancipate yourself from mental slavery, None but ourselves can free our minds » (“Emancipez-vous de l’esclavage mental. Nous sommes les seuls à pouvoir libérer nos esprits »). Slave= Umuja. Bob Marley serait un « Sindumuja » ! Ca craint. Exit donc Bob Marley.

Et ces Beatles qui demandent le « power to the people » (« pouvoir au peuple ») ? Ne parlons pas d’autres « allumés », genre Tiken Jah Fakoly, qui appellent quasiment à la révolution.  Pour la petite histoire, Les Lion’s Story, une sorte de version locale de Tiken, sont partis depuis longtemps.

Quand la dérision était un art

Dans la tradition burundaise, la dérision était pourtant un art. On se moquait bien des puissants, même du roi. Et ce n’était pas un délit. On n’aurait connu l’écriture que des Burundais auraient même fait des gribouillages. Tout le monde connait la figure iconoclaste du Samandari de nos contes. Et voilà une banale chanson interdite. Pour moi, elle est vraiment banale, relisez les paroles : comme chanson engagée, il y a plus fort…

Où est-ce que tout cela va s’arrêter ? Le pire dans l’histoire, c’est que j’ai entendu un des responsables de la station se confondre en excuse, reconnaître ses torts, jurant que  « désormais la radio sera plus vigilante. » Une autocritique digne de la période soviétique. A pleurer… En quoi une chanson comme celle-là menace-t-elle un pouvoir, « démocratique » du reste ?

Georges Brassens chantait que « quand on est… » Bon, par les temps qui courent, je n’ose pas mettre le titre en entier.

En attendant, je vais écouter un peu de Bob Marley. Aïe ! Ce n’est pas mieux : « You can fool some people sometimes. But you can’t fool all the people all the time » (« Vous pouvez tromper certaines personnes parfois. Mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps »). Il est fou ce # Sindumuja de Bob Marley , je vous jure! A interdire définitivement sur (ce qui reste) des ondes burundaises…

Forum des lecteurs d'Iwacu

13 réactions
  1. Jay

    @ Roger, Tu nous parles de ces histoires de gilets et de parking comme quoi ce seraient de très bon initiatives qui viennent pour remettre l’ordre?Et si ce serait pour augmenter le désordre?comment peux -tu me dire qu’un taxi-vélo qui peine à nourrir sa famille journalièrement peut s’achèter un gilet pour 13500 Fbu?(Et ce sont ces gilets qu’on voit qui coutent le 13500Fbu?)N’est -ce pas que l’Etat oublie ses devoirs de prendre soin de son peuple et exigent l’impossible?Ceux qui se verront incapable de se procurer les gilets,payer le parking et les otr blabla vont bientot se transformer en rebelles,bandits…et on verra l’ordre dont tu nous parles!Quant à tes propos qui cloturent ton comment…oups,j suis désolé mais tout le monde à droit a etre contre toi ou contre ton opinion mais c’est malheureusement ce qui nous manque,la compréhension.

  2. Jean Bigirimana.

    Il faut interdire, interdire, et interdire. Comme ca nous risquons plus de divisions. Interdire de s’assessoir pour eviter la paresse, interdire de se tenir debout pour eviter de manifester, interdire de se coucher pour ne pas mourrir.

  3. björn

    Tu as tout a fait raison. Surtout dans un pays ou on 80% d’analphabete. Il faut plustot expliquer l’importance des devoirs. C’est comme ce qu ‘on cree Une societe civilisee.

  4. Jeanine Nahigombeye

    Kabingo Dora, Bien vu. J’aime beaucoup ton commentaire. Je me pose la même question: qu’attendent les chefs avant de fermer la Brarudi/Heineken?

  5. Theus Nahaga

    @Fofo
    bêtise que ce galimatia; on est libre et on a des devoir, ceci ne conditionne pas cela

  6. K k

    Bientôt.. Entendez moi bien je ne dit pas demain ou après demain mme si ça pourrait être le cas ils apprendront que le peuple ne peut pas être gourer dans l inconscience tout le temps……. peu importe le temps le chatimebt du peuple peut tarder à venir mais il finira par arriver….. « Malheureur à ceux qui baillonnent le peuple » la force du peuple est dans l unité luttons contre les divisions et nous vaincrons aussi les saugrinuités les tenèbres qui alimentent leur sources de pouvoir

  7. KABEZA Diane

    Une très très bonne analyse Dora. « Wavuga ntuvura! « 

  8. Natacha

    Amazing comment.

  9. Aline

    Ils n’ont aucune vision du pays. Ils voient des ennemis partout. Seule la terreur délivrera et fera avancer le pays.

  10. Beaulac.

    Fofo parle de crise. Quelle crise, lui demanderont les autorites nationales. Tout va tres bien dans le pays. Circulez, il n’y a rien a voir.

  11. Fofo

    Je pense que chanter n’est pas une infraction en soi mais … si on est sage on pourrait choisir un bon moment! Dans une crise politique interne, il faut de la sagesse sinon il y a risque de manipulation. Nous l’avons vu l’année passée. Au début c’était une guerre médiatique qui est aboutie une crise politique jamais connue au Burundi. A mon avis, en ce moment ci, les burundais ont besoin d’un message conciliateur.

    Par ailleurs, personnellement j’ai toujours dit que je suis contre un DROIT sans DEVOIR car parler d’un DROIT sans DEVOIR est une façon de promouvoir l’injustice dans le monde. On devrait plutôt promouvoir le DEVOIR de respecter les DROITS des autres. Le jour où l’on saura que nous avons tous le DEVOIR de respecter les DROITS des autres il y aura plus des conflits dans le monde. Tous ceux qui se donnent mission de promouvoir le DROIT sans DEVOIR le font pour un business parce qu’ils savent bien que ce DROIT dont il prêche ne sera jamais respecté parce qu’il n’est pas rattaché à aucun DEVOIR. Chacun se donne le DROIT de faire ce qu’il veut tout en ignorant son devoir envers l’autre. Il y a ceux qui se sont donnés le droit de veto de faire ce qu’ils veulent dans le monde, d’autres se donnent le droit de bombarder ceux qui sont contre leurs intérêts (Les Syriens et les Irakiens le savent plus que moi), … On parle du droit de l’enfant, droit de la femme, droit des journalistes, … mais jamais on ne parle pas de leurs devoirs! Fin de citation!

  12. Kabingo Dora

    Chers amis , chers compatriotes
    Vous n’avez rien compris chez ceux qui nous dirigent , ce sont des représentants de Dieu sur terre . Ils sont un cadeau du ciel . De mémoire de femme je n’avais jamais vu des grands dirigeants aussi pieux, porteurs de la bonne parole . D’ailleurs il faudrait , comme l’IS (Etat islamique) , qu’ils interdisent la télevision – oh cette télevision , elle nous pourrit les moeurs et nous apprend l’adultère- , interdire à nos hommes de couper la barbe et la laisser bouffer tout le visage . Il faut surtout fermer les écoles , c’est un produit des Belges , ces gros colonisateurs qui nous aspergent de Heineken et d’Amstel . Oh ils m’énervent ces colonisateurs qui m’obligent à écrire en francais. Oh je n’en peux plus . Et Internet ! Il faut bruler tous les ordinateurs , les smartphones .
    Bon retour à Kiranga c’umwero. Merci , merci le CNDD FDD, s’il n’existait pas , on n aurait vraiment rien fait pour l’inventer

  13. roger crettol

    De l’ordre, je vous dis, de l’ordre !

    A coup de petites mesures innocentes, les Élites au Pouvoir font progresser l’odre dans la société burundaise. J’énumère :
    * les gilets obligatoires pour les taxis-vélos
    * les taxes de parking pour tous véhicules stationnant sur la voire publique (mesure qui devrait être complétée par l’interdiction de stationner des véhicules sur sa propre parcelle – pourquoi le Décréteur n’y a-t-il point songé ?)
    * le bénéfique contrôle des moeurs dans les petits hôtels de Bujumbura – une société saine ne saurait tolérer de tels écarts. Je trouve, moi, que ces rencontres devraient se trouver sous la rubrique « activités subsersives ».
    * subversives elles aussi, les réunions de musulmans dans des lieux de prière non agréés par les Autorités. Vraiment, ces musulmans ! Si cela continuait, on ne contrôlerait plus rien. L’horreur, je vous dis !

    Voilà ! Vous voilà en marche vers une société ordrée, policée et contrôlée. Aucun faux-pli. Gustave veille.

    Réjouissez-vous tant que vous le pouvez, ou allez vous aérer dans la Kibira ou autre parc naturel, si tout cet ordre vous prend à la gorge.

    JerryCan

    Qu’on caduque, ou qu’on débutte tant … va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Amen.

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