Le poste de sacrifice
Le sélectionneur le mit sur le flanc droit d’une défense à trois. Une position bâtarde, ingrate, cruelle. Un poste de sacrifice.
Devant lui, Boulbina. Un Fennec algérien, un poison rapide comme le vent du désert, capable de vous brûler les ailes en un regard. Et derrière lui, le vide. L’absence. Car, Bienvenue Kanakimana, le génie, l’électron libre, oubliait le repli défensif, happé par son désir d’attaquer.
La plupart des joueurs auraient sombré. Ils auraient maudit le destin, levé les bras au ciel pour implorer un coéquipier.
Yussuf, lui, a souri à l’adversité.
L’ombre
Il a fait le travail de deux hommes. Non, de trois. Il a été l’ombre de Boulbina. À chaque fois que l’Algérien croyait s’échapper, s’envoler vers le but, il se heurtait à une présence. Une intelligence. Yussuf ne courait pas après le ballon, il l’attendait. Il lisait l’avenir dans les pieds de son adversaire.
Il n’y a pas eu de tacles spectaculaires, pas de brutalité. Il y a eu quelque chose de plus beau, de plus noble : l’annihilation par l’esprit. Il a éteint un incendie avant même que l’allumette ne craque.
La voix
Et puis, il y a eu ce que seuls les amoureux du jeu ont vu.
Il n’a pas seulement défendu. Il a commandé.
Imaginez-le. Le maillot trempé, le souffle court, mais la voix jamais éteinte. Se tournant vers Akbar pour le replacer d’un geste tendre mais ferme. Hurlant à Msauza de ne pas lâcher.
Le pressing haut
Il le savait. Il savait que si le Burundi laissait l’Algérie poser son jeu, caresser le ballon, elle endormirait les Hirondelles pour mieux les poignarder. Il fallait l’étouffer à la source, l’empêcher de respirer, la priver de sa musique.
Le brassard
Yussuf Ndayishimiye n’a pas seulement fait un bon match.
Il a été le rempart, le guide, le modèle.
Il a porté le brassard non pas sur le bras, mais sur le cœur, comme on serre une patrie qui tremble.
Patrick Sota
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