Vendredi 07 octobre 2022

Culture

Témoignage/ « Démocratiser » le livre

16/12/2016 Commentaires fermés sur Témoignage/ « Démocratiser » le livre

Par Antoine Kaburahe, Journalist-Ecrivain

antoine kaburaheJe me souviens, il y a deux ans, nous débarquons au fin fond de la province de Gitega. L’école primaire de Nyakibingo est logée dans une profonde vallée, l’accès n’est pas aisé. La piste caillouteuse serpente sur une terre gorgée d’eau. Il a plu la veille.

Nous avons rendez-vous avec le directeur de l’ école primaire. Nous apportons des livres d’occasion collectés en Belgique grâce à l’association Bertrix Initiatives. Nous avons des milliers de livres avec nous: des livres pédagogiques, des romans, des BD, des dictionnaires,etc. Au moins 4000 livres dans les cartons.

L’école avait mobilisé tous les instituteurs, écoliers et parents pour exprimer sa joie de « recevoir des livres ». Je ne parlerai pas du folklore d’usage, les discours et autres danses, tout cela est un peu « classique », mais ce jour je me suis rendu compte combien, dans certains coins du Burundi, le livre reste un objet lointain, luxueux, cher, inaccessible.

J’ai été frappé de voir des gamins haleter à la vue des livres, les humer, s’émerveiller. Leurs yeux pétillaient de bonheur et de curiosité. Les écoliers palpaient, feuilletaient les livres comme s’ils voulaient les lire d’une traite. Un instituteur m’a glissé à l’oreille : « C’est la première fois que certains touchent une BD ». Et de fait, les écoliers se passaient les livres comme pour se familiariser avec eux, établir un premier contact.

Jean De Dieu Hatungimana, le président de l’Association des Parents de Nyakibingo qu’il a initiée, lui était carrément aux anges. Natif du coin, aujourd’hui architecte après de longues études en France, il n’a pas oublié d’où il est venu. Et il sait l’importance du livre dans l’acquisition du savoir. « Quand j’étais gamin, pour lire un livre il fallait traverser monts et vallées, sous le soleil ou la pluie et aller au centre urbain de Gitega, à une dizaine de kilomètres d’ici », se souvient-il.

Le livre, dans certains coins du Burundi, se limite aux (rares) manuels scolaires, que l’on traite avec soin. « Un écolier peut terminer l’école primaire sans n’avoir jamais lu la moindre BD ou roman de jeunesse », m’a encore confié l’instituteur.

Les élevés dans la bibliothèque de nyakibingo
Les élevés dans la bibliothèque de nyakibingo

A l’école secondaire, ce n’est pas mieux non plus. Des lycées ne disposent d’aucune bibliothèque. La culture de la lecture devient ainsi absente.

A l’université, des étudiants avouent lire par obligation pour « rédiger leur travail de fin d’études ».
J’ai été invité à donner un cours à des étudiants finalistes dans une université dont je veux taire le nom. Par curiosité, j’ai demandé aux étudiants- à la fin de leur cursus universitaire- ce qu’ils aiment lire, leurs écrivains préférés. Avec stupéfaction, j’ai découvert que ces universitaires ne lisent pas. Ni essais, ni romans, aucune BD, rien !

Mais faut-il leur en vouloir ? Le livre a toujours été peu présent dans leur paysage scolaire et familial. Ce qu’il faudrait c’est de « démocratiser » le livre, afin qu’il cesse d’être ce « graal ».

Une politique devrait être initiée pour créer des petites bibliothèques dans les communes du Burundi. Il faut soutenir des actions citoyennes dans ce sens.

Je sais que les Burundais de la diaspora sont prêts pour aider, mais restent effrayés par toutes les démarches administratives pour rentrer même des livres d’occasion. C’est un vrai parcours de combattant. J’en sais quelque chose! Ce n’est pas au lycée ou à l’université que nos enfants vont découvrir le livre. C’est dès l’école primaire qu’il faut familiariser le livre avec les enfants.

La vraie ouverture sur le monde commence par là. Comme disait un chanteur à coup de livres, il faut « franchir tous ces murs ». C’est tout ce que l’on peut souhaiter à nos gamins. Donnons-leur, l’occasion de lire. Simplement.

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