Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3619 jours. Nous ne l'oublions pas.

Région Centre/Gitega : Sous les câbles de la Regideso, le quartier Rukoba est pourtant éclairé par des lucioles

Alors que le poste de la Regideso de Zege illumine la ville, les habitants de Rukoba, désormais rattaché à la commune urbaine de Gitega, réclament leur raccordement. Entre sentiment d’injustice, business au point mort et promesses sans lendemain de la Regideso pour manque de matériel, les habitants regardent passer l’énergie au-dessus de leurs têtes.

A la tombée de la nuit, depuis les hauteurs de la colline Rukoba, le spectacle est à la fois grandiose et cruel. Tout autour, la ville de Gitega brille de mille feux. Les quartiers voisins scintillent, mais à Rukoba récemment intégré comme quartier de la ville de Gitega à la faveur de la nouvelle délimitation administrative, l’obscurité reprend ses droits.

Ici, les habitants dorment sous le pylône de la Regideso mais s’éclairent à la bougie et les plus nantis à la plaque solaire. Non loin de leurs maisons se dresse pourtant le poste de transformation électrique de Zege qui alimente les autres quartiers mais ignore ses voisins directs. D’après la population de Rukoba, il s’agit d’une injustice quotidienne. « Nous voyons les câbles passer au-dessus de nos têtes, nous entendons le courant siffler dans les structures, et pourtant, nos maisons sont plongées dans le noir le plus total depuis la création de la ville. Nous sommes les enfants pauvres de Gitega », confie Jean-Marie, un habitant de Rukoba de la première heure.

Une économie locale asphyxiée

Selon les habitants, ce manque d’électrification est un frein majeur au développement socio-économique d’une population prête à payer pour ses factures. A Rukoba, les activités économiques s’arrêtent dès que le soleil se couche. Les commerces de proximité paient le prix fort de cet isolement énergétique. Sans électricité, il est impossible d’installer des réfrigérateurs ou des congélateurs.
« En plus de fermer tôt, je ne peux pas vendre de boissons fraîches ou du lait. Ce qui me fait perdre la moitié de ma clientèle, surtout pendant les périodes de la saison sèche », déplore la prénommée Clotilde, une commerçante locale. Elle fait savoir qu’ouvrir dans le noir, c’est prendre le risque de se faire braquer. Ses journées de travail sont écourtées et les revenus sont divisés par deux. Le constat est le même pour l’artisanat et les services de base.

Rukoba est une anomalie urbaine : aucun salon de coiffure, aucune menuiserie électrique et surtout, aucun moulin à proximité. Pour faire moudre le manioc ou le maïs, les femmes du quartier doivent marcher vers des quartiers éclairés, perdant ainsi un temps et une énergie précieux.

L’avenir des enfants sacrifié

Dans les maisons, la lueur vacillante des lampes à pétrole ou des lampes torches remplace la lumière blanche des ampoules électriques. Les élèves qui vivent à Rukoba ne peuvent pas faire leurs devoirs correctement. La lumière des bougies fatigue leurs yeux. « On leur demande de réussir les mêmes examens que les autres, mais avec des conditions d’étude du siècle dernier. C’est une discrimination flagrante », explique le prénommé Déogratias, enseignant et père de quatre enfants.

Face à cette situation, la réponse de la Regideso résonne comme un disque rayé. Le refrain est immuable depuis des années. Elle invoque un manque criant de matériel de réseau, en particulier de transformateurs et de poteaux indispensables pour faire descendre la tension des lignes majeures afin de la distribuer en basse tension dans les foyers de Rukoba.

Pour plus d’amples informations, nous n’avons pas pu joindre les responsables de la Regideso, Région Centre.

Forum des lecteurs d'Iwacu

0 commentaires
Aucun commentaire pour le moment.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU