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Région Centre/Gitega : Pour 20 l d’essence, des vies sont sacrifiées

A Gitega, l’annonce des stations-service approvisionnées en carburants transforme la capitale politique en un véritable champ de bataille routier. Pris dans une course contre la montre frénétique pour décrocher le précieux sésame, automobilistes et motards bravent tous les dangers allant jusqu’à faucher des innocents. La population propose la publication des stations-service approvisionnées pendant la nuit.

Au centre-ville de Gitega, le téléphone vibre, le message tombe. La Société pétrolière du Burundi (Sopebu) vient de publier la liste des stations-service approvisionnées pour la semaine. En un instant, le calme relatif de la ville bascule dans la fureur. Un vrombissement assourdissant s’empare des artères principales : conducteurs de véhicule et motards roulent à tombeau ouvert.

Chacun veut arriver le premier pour inscrire sa plaque d’immatriculation sur la liste des heureux avant la rupture de stock.
Dans cette ruée, le code de la route s’efface. L’excès de vitesse devient la norme, les priorités sont ignorées et les trottoirs sont pris d’assaut. « On a l’impression d’être dans un film d’action, mais les morts, eux, sont bien réels », confie, la voix tremblante, un commerçant du centre-ville encore sous le choc.

L 6 octobre par exemple, la liste est tombée à l’heure où les enfants sortaient de l’école. Deux motards et un automobiliste ont perdu la vie dans cette course effrénée. « Ils sont morts sous mes yeux en se percutant. On ne peut pas continuer à sacrifier des vies humaines pour 20 l d’essence. La voiture a terminé sa course dans une maison bordant la route », ajoute Innocent Nibizi, un témoin choqué par l’horreur.

Des piétons en danger

Quelques kilomètres plus loin, près de Mumuri, zone Maramvya à 12 km du centre-ville, la scène de désolation s’est répétée. Un carambolage impliquant plusieurs véhicules a laissé plusieurs conducteurs entre la vie et la mort.

Pour les piétons, circuler dans Gitega relève désormais du parcours du combattant. « Les motards montent sur les trottoirs réservés aux piétons pour doubler les files », explique Claver Nihorimbona un habitant du quartier Rutonde. « Si ce ne sont pas les voitures qui s’encastrent les unes dans les autres, ce sont les piétons qui se font écraser », déplore Fabien Cimpaye qui habite non loin d’une station-service.

« Le rationnement s’est durci »

Du côté des conducteurs et des propriétaires de véhicules, la prise de risque est démesurée mais le gain, lui, ne cesse de s’amenuiser. Il y a encore peu, la limite était fixée à 30 l pour les véhicules affaires et promenade et à 60 l pour le transport public. Aujourd’hui, le rationnement s’est durci : 20 l seulement pour les premiers et 50 pour les seconds. « Nous sommes conscients du danger, mais quelle est l’alternative ? Sans ce carburant, je ne peux pas travailler, je perds mon emploi et ma famille ne mange pas », avoue un chauffeur de taxi. « On nous pousse au suicide sur la route. », explique un conducteur dont un ami venait de laisser la vie sur la route Gitega- Muyinga.

Changer l’horaire pour sauver des vies

Pour certains usagers de la route, une solution simple et immédiate s’impose pour briser cet engrenage funeste : que la Sopebu décale la publication des listes à la nuit tombée. « Diffuser ces informations durant les heures de faible circulation permettrait de désamorcer la panique générale, de fluidifier l’accès aux stations », propose Agnès Manirambona, une enseignante de l’Ecole Fondamentale.
Nous n’avons pas pu entrer en contact avec la Sopebu pour savoir si ces doléances de la population seraient recevables.

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