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Le soir où le Parc devint opéra : Paris terrasse Barcelone (4-2)

Il y a des soirs où le football cesse d'être un sport. Il devient drame, il devient lyre, il devient serment. Ce mardi 20 octobre, sous les cieux allumés du Parc des Princes, le Paris Saint-Germain a offert au FC Barcelone sa première désillusion de la saison, au terme d'une symphonie en quatre actes : 4-2. Une victoire d'une beauté cruelle, tant elle fut conquise dans la douleur.

Le frisson et la blessure
Dès la deuxième minute, le ton est donné. Khvicha Kvaratskhelia, d’un velours de frappe, vient embrasser le montant catalan. Le Parc gronde, pressent le chef-d’œuvre.

Mais la tragédie s’invite sans prévenir. En l’espace de huit minutes, deux artistes quittent la scène, le corps trahi. Ousmane Dembélé, pour Paris (19′), puis Dani Olmo, pour Barcelone (27′). Le cuir pleure ses orfèvres.

C’est alors que la jeunesse prend le pouvoir. Désiré Doué, l’insouciance même, surgit à la lisière de la surface et d’un geste pur, d’une justesse insolente, vient déchirer le voile. 1-0 (38′). Le Parc exulte, le coeur retrouvé.

Le brasier de la seconde période
Au retour, le Barça d’Hansi Flick, invaincu jusque-là, refuse l’affront. Le jeune Xavi Espart, d’une frappe habitée par la fureur, remet les deux cathédrales à la même hauteur. 1-1 (55′).

Le sort s’acharne alors sur Paris. Coup sur coup, Marquinhos et Kvaratskhelia s’effondrent. Luis Enrique voit son édifice vaciller, ses colonnes tomber une à une. On croit Paris à genoux.

C’est mal connaître ce Paris-là.

Sur un corner ciselé, Lucas Hernandez s’élève plus haut que la peur, plus haut que le doute, et de son front de guerrier, assène un coup de casque imparable. 2-1 (72′). Le Parc chavire.

Mais en face se dresse un prodige. Lamine Yamal, l’enfant de la Catalogne, d’une caresse du gauche qui défie la géométrie, vient glacer l’enceinte. 2-2 (79′). Deux partout. Le souffle est coupé.

L’apothéose parisienne
Il fallait alors plus que du talent. Il fallait de l’âme.

Et l’âme est venue. Poussé par un peuple en transe, Paris a livré cinq minutes d’éternité.

D’abord Vitinha. Le métronome portugais s’avance à vingt mètres, lève les yeux, et d’une frappe d’une limpidité cristalline, d’une pureté sidérale, vient loger le cuir là où nul gardien ne peut aller. 3-2 (81′). C’est un poème.

Puis, pour sceller le destin, Achraf Hakimi s’échappe sur son aile, tel un coursier andalou, et offre sur un plateau d’or le ballon du sacre à Fabián Ruiz, qui n’a plus qu’à achever l’oeuvre. 4-2 (86′).

Quatre à deux. Le rideau tombe sur un festival.

L’ivresse et l’inquiétude
Au tableau d’affichage, Paris et Liverpool se hissent au sommet. Neuf points sur neuf en trois rencontres. Le plein absolu. Barcelone, pour la première fois de l’exercice, courbe l’échine.

Mais la gloire a un prix. En conférence de presse, Luis Enrique, le visage grave, a parlé de « pire nouvelle ». Les cuisses de Dembélé et Marquinhos, le genou de Kvaratskhelia, font désormais trembler tout un peuple.

Paris a gagné une bataille magnifique. Il a peut-être perdu des soldats pour la guerre.

C’est cela, la cruelle et sublime romance du football.

Patrick Sota

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