I. La foudre sur Intwari
Il a suffi de cinq minutes pour que le ciel s’embrase. Sous la pression d’Intwari, Farès Chaïbi, le joyau algérien, se trahit lui-même et trompe son propre gardien. 1-0. Le stade chavire.
On croit à un accident. Douze minutes plus tard, on comprend que c’est un dessein. Le second acte est l’oeuvre de Jean-Claude Girumugisha. Lancé à vive allure sur son flanc gauche, il entame une chevauchée superbe, s’engouffre dans la zone de vérité algérienne, met à mal deux défenseurs centraux d’une feinte de corps, et d’un tir croisé d’une pureté absolue, expédie le cuir au fond des filets. 2-0. Le géant est à terre. L’incroyable prend corps.
II. L’orgueil des Fennecs
Mais une grande nation ne meurt pas si vite.
Piqués au vif, les hommes de Brahim Hemdani ne rompent pas. Ils gardent la tête froide quand tout s’écroule autour d’eux. Et à la demi-heure de jeu, la lumière vient de Bachir Belloumi. D’une frappe pure, il réduit la marque et rappelle à tous que l’Algérie n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle souffre. 2-1 à la pause, le souffle est encore court.
Au retour des vestiaires, les Verts poussent, insistent, assiègent. Et à la 63e minute, le football offre son moment de grâce. Un coup franc à vingt mètres. Adil Boulbina s’avance, ne calcule pas, et d’un coup de patte d’une insolente poésie, envoie le cuir mourir en pleine lucarne. 2-2. Le prodige a parlé. Les Fennecs sont revenus des enfers.
III. Les deux minutes qui auraient changé l’histoire
On croit alors que l’Algérie, forte de ce sursaut, va renverser la table. Il n’en est rien. Car ce Burundi-là a du cœur à revendre.
Et à la 86e minute, le destin vacille. Une tête à bout portant, une offrande qui ne demande qu’à être poussée, mais Abada, dans un réflexe inouï, détourne l’inévitable. Dans la foulée, un centre fend la surface algérienne de part en part, sans qu’aucune Hirondelle ne puisse couper sa trajectoire. Le stade retient son souffle, puis gémit. Le miracle est passé à un souffle.
IV. Un nul qui a le parfum de 1992
2-2, score final. L’Algérie garde les rênes du groupe I avec quatre unités. Mais ce soir, l’histoire a bégayé.
Car, elle a rappelé ce fameux jour de 1992. Au Stade Prince Louis Rwagasore, devenu aujourd’hui Intwari, les Hirondelles de Baudouin Ribakare avaient fait l’impensable. À la veille du match, des titulaires, coupables d’indiscipline, avaient été boutés dehors par le sélectionneur au grand dam de toute l’opinion sportive. Avec une équipe B en grande partie, amoindrie sur le papier mais transcendée par la discipline et une détermination farouche, le Burundi avait terrassé le Ghana, terreur du continent à l’époque, par 1-0.
Ce mardi, trente-trois ans plus tard, le même esprit a soufflé sur Intwari. Les Intamba ont prouvé que Sangwa Patrick avait raison : ici, tout demeure possible.
Patrick Sota
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