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Le crépuscule de Lomé et l’aube d’Intwari : confessions d’un bâtisseur d’espoir

Un point sur six, entre le naufrage de Lomé et le miracle avorté d'Intwari. Dans cet entretien exclusif, le sélectionneur Sangwa se livre sans fard : il évoque le jour sans âme du Togo, le point arraché avec panache aux Fennecs d'Algérie, le leadership de Yussuf Ndayishimiye, et cette double confrontation contre la Zambie qui, en novembre, fera des barundi soit des héritiers de l'espoir, soit des orphelins du rêve d'une CAN à leurs portes.

I. L’arithmétique et l’âme
Il est des après-midis où le football abdique son statut de simple divertissement pour revêtir les habits austères d’un révélateur. Il ne s’agit plus de onze hommes courant après un ballon, mais d’un miroir tendu à tout un peuple. Et ce que ce miroir nous a renvoyé, au terme de ces deux actes inauguraux du Groupe I, est une image contrastée, à la fois sublime et déchirante, qui dit tout de notre condition d’éternel convalescent du football africain.

Le comptable, lui, est implacable. Il ne connaît ni la poésie ni les circonstances atténuantes. Un point sur six possibles. Une maigre obole. Là-haut, l’Algérie, ogre du désert, caracole déjà avec quatre unités. Dans son sillage, la Zambie et le Togo, embusqués à trois points. Et, le Burundi, les Intamba Mu Rugamba, accrochés à un unique point, une petite braise incandescente que l’on protège au creux des mains contre les bourrasques du doute, en espérant qu’elle suffise à rallumer l’incendie.

II. Deux points perdus ou un point gagné ? Le dilemme d’Intwari
Interrogé sur ce nul arraché aux Fennecs, ce 2-2 dantesque de Bujumbura qui a fait vaciller le Stade Intwari, le Coach Sangwa se fait lucide, presque douloureux.

Au regard de la physionomie de la rencontre, concède-t-il, ce sont deux points qui ont glissé entre les doigts. À 2-0, nous avions l’occasion de tuer le match, de le porter à 3-0. À 2-1, nous pouvions l’assommer à 3-1. Et même à 2-2, dans les ultimes palpitations, la victoire nous tendait les bras plus qu’aux Fennecs, jusqu’à la dernière seconde.

Puis, il ajoute cette autre vérité, vertigineuse : plus de cent places nous séparent au classement FIFA. Alors oui, face à ce géant du continent, ce point arraché est aussi un trésor gagné.

III. Lomé, le jour sans
Il y a eu Lomé. Ce 25 septembre 2026. Un jour sans. Un jour où l’âme avait déserté les corps.

Sangwa ne cherche aucune excuse, il rend même un hommage appuyé à la vaillance togolaise. Mais il nomme la chose avec une honnêteté tranchante : à Lomé, nous avons manqué notre rendez-vous avec nous-mêmes. Nos assauts de seconde période n’étaient qu’écume, sans charpente, sans dessein, si loin de la fureur ordonnée et déployée contre l’Algérie.

À Bujumbura, au contraire, conclut-il, nous avons vu un Burundi debout, les yeux dans les yeux des Fennecs, un Burundi qui voulait, qui exigeait ses points à domicile.

IV. Yussuf, le phare dans la tempête
Et Yussuf Ndayishimiye ? Ce capitaine qu’on a vu colmater, courir, se sacrifier pour couvrir les chevauchées de Kanakimana et museler le poison Boulbina.

Sangwa sourit, avec la tendresse d’un père pour son aîné.

Yussuf est notre capitaine depuis l’entame de cette campagne. Il ne se sacrifiait pas plus que Lucio. Il avait simplement une charge plus lourde, car Bienvenue n’a pas l’envergure physique d’Akbar. C’est un leader inné. Sa présence est une lumière. Son vécu des joutes européennes est un atout indéniable qui guide les autres dans la tempête.

V. Novembre, le mois de tous les destins
Puis vient novembre. Le mois de tous les dangers, de tous les possibles. La double confrontation contre la Zambie. Un aller à Lusaka, un retour dans la fournaise d’Intwari. Six points qui ne sont pas des points, mais des destins.

Le coach, pour l’heure, s’autorise le silence. Il décompresse, laisse retomber la pression qui a tant pesé sur les épaules de ses hommes. Il y aura encore quelques jours pour oublier le cuir, pour respirer. Il revisionnera tout de même Intwari.

Puis, les grandes manœuvres commenceront, avec son staff, avec la FFB. Car il le sait mieux que personne : De cette double bataille, nous sortirons soit transfigurés par l’espérance, soit orphelins de tout espoir, réduits à conjuguer le conditionnel avec des ‘si’.

Interrogé sur la Zambie, cette équipe joueuse et prenable, 3 buts marqués, 3 encaissés, il refuse la précipitation. Il n’a pas encore sondé l’adversaire. Étape par étape. L’essentiel n’est pas dans les archives, mais dans les deux derniers visages qu’elle a montrés.

VI. Le message au peuple : une CAN à domicile
Et enfin, la question qui fait vibrer chaque Murundi. La CAN 2027. Chez nos voisins. En Tanzanie, au Kenya, en Ouganda. Une CAN à domicile, presque dans notre jardin. Une qualification qui serait plus qu’un exploit sportif, une communion nationale.

Son message est d’une simplicité désarmante, d’une grandeur qui fait taire les querelles :

Que ce soit moi ou un autre sur ce banc, cette équipe restera celle du Burundi. Elle est nôtre. Tous derrière elle. Mais avant de rêver au brasier d’Intwari, il nous faut aller chercher quelque chose à Lusaka, ramener une étincelle à Bujumbura pour embraser le cœur des supporters des Intamba.

C’est cela, Sangwa. Pas un démagogue. Un horloger de l’espoir.

 

 

Patrick Sota

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