#JeSuisIWACU

Noël entre quatre murs

JOUR 64

24/12/2019 Antoine Kaburahe Commentaires fermés sur JOUR 64. Noël entre quatre murs
#JeSuisIWACU

L’année 2019 a été très difficile pour le Groupe de presse . Au moment où j’écris ces quelques lignes, quatre collègues croupissent depuis bientôt deux mois dans une sordide cellule d’une prison de Bubanza.

Agnès, Christine, Térence et Egide ne sont pas criminels. Ils n’ont diffamé personne, ils n’ont pas volé ou tué. Non.

Le matin du 22 octobre 2019, des affrontements sont signalés à Musigati dans la province de Bubanza. Ils font alors ce que tous les journalistes dignes de ce nom font : se rendre sur le terrain pour voir ce qui se passe, recueillir des témoignages, vérifier, recouper les informations.
Ils sont arrêtés dès leur arrivée sur les lieux et enfermés dans des conditions inhumaines dans un cachot. Leur calvaire ne faisait que commencer et il dure encore.

Par la suite, les journalistes seront accusés d’atteinte à la sureté intérieure de l’Etat, un délit grave, mais tout aussi vague. Depuis, nous attendons leur procès.
Que leur dire en cette période de Noël où les familles se retrouvent pour célébrer la paix et
l’amour entre les hommes ? Difficile de trouver des mots.
Mais je n’ai que des mots, des pauvres mots. Noël entre quatre murs d’une prison est difficile.

Chère Agnès, je sais que tu serais heureuse ce soir avec Dylan, ton fils de 9 ans, sans toi en ce jour de Noël.
J’imagine ta tristesse Christine , avec ta joie de vivre.
Je pense à vous, Térence et Egide.
Mais je n’ai que des mots
Des mots pour vous dire courage, tenez…
Sachez que beaucoup de personnes pensent à vous.
Encore plus en cette période des fêtes où vous êtes entre quatre murs d’une sordide cellule.
Je vous envoie ces mots.
Ces pauvres mots bourrés d’amour.
C’est difficile à dire, mais je vais le dire quand même : « Agnès, Christine, Térence et Egide. Joyeux Noël. Malgré tout. Car demain est un autre jour. »

Antoine Kaburahe

Le mardi 22 octobre, vers midi, une équipe du journal Iwacu dépêchée pour couvrir des affrontements dans la région de Bubanza est arrêtée. Christine Kamikazi, Agnès Ndirubusa, Térence Mpozenzi, Egide Harerimana et leur chauffeur Adolphe Masabarakiza voient leur matériel et leurs téléphones portables saisis. Ils passeront une première nuit au cachot, jusqu'au samedi 26 octobre. Jusqu'alors, aucune charge n'était retenue contre eux. Mais le couperet est tombé : "complicité d'atteinte à la sécurité de l'Etat". Depuis l'arrestation de notre équipe, plusieurs organisations internationales ont réclamé leur libération. Ces quatre journalistes et leur chauffeur n'ont rien fait de plus que remplir leur mission d'informer. Des lecteurs et amis d'Iwacu ont lancé une pétition, réclamant également leur libération. Suite à une décision de la Cour d'appel de Bubanza, notre chauffeur Adolphe a retrouvé sa liberté. Ces événements nous rappellent une autre période sombre d'Iwacu, celle de la disparition de Jean Bigirimana, dont vous pouvez suivre ici le déroulement du dossier, qui a, lui aussi, profondément affecté notre rédaction.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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