Né à Butare en 1954, forgé entre les bancs du Lycée de l’Amitié et les amphithéâtres de Kinshasa, il n’a pas choisi le football. C’est le football qui l’a élu. Non comme un jeu, mais comme une vocation, une religion, une pédagogie.
Avec Vital’O FC, il n’a pas entraîné. Il a régné.
Pendant plus de deux décennies, il a pris un club et en a fait une institution. Il lui a insufflé l’âme du prestige.
Seize années de coupes africaines. Une finale continentale en 1992, aux côtés de l’Algérien Rachid Cherradi, où tout un peuple a touché le ciel avant de redescendre, la tête haute, auréolé de médailles d’argent.
Près d’une vingtaine de couronnes nationales. Huit d’affilée d’abord, puis d’autres encore, comme pour rappeler que le temps n’avait aucune emprise sur son génie.
Sous sa houlette, Intwari — ex Stade Prince Louis Rwagasore — n’était plus un simple stade. C’était une forteresse. Et chaque joueur qui enfilait le maillot de Vital’O en ressortait plus grand, plus droit, plus noble.
Le 1er juillet 2013 , sous le ciel incandescent de Darfour, l’Histoire et le football ont conjuré leur destin.
Ce jour-là, alors que le Burundi soufflait ses 51 bougies d’indépendance, Vital’O FC, conduit par l’alchimiste Jean-Gilbert Kanyankore « Yaoundé », n’a pas joué une simple finale. Il a offert à une nation un acte de foi.
Face aux géants d’Afrique de l’Est, Vital’O dans sa tunique mauve et blanche a transformé la poussière soudanaise en marbre. Chaque passe était un serment, chaque duel une prière, chaque arrêt un rempart dressé contre l’oubli. Et lorsque le sifflet libérateur a retenti, Vital’O est entré dans la légende : premier et, à ce jour, seul club burundais à soulever la CECAFA Kagame Cup. Victoire en finale 2-0 face à APR FC du Rwanda.
Yaoundé, impassible sur son banc, la casquette violette vissée comme une couronne, venait d’accomplir le plus beau des cadeaux d’anniversaire. Un trophée arraché à l’exil, ramené au pays comme on ramène une flamme.
Ce soir-là, à Bujumbura, à Gitega, dans chaque colline, on n’a pas fêté une victoire. On a célébré la preuve qu’un peuple, même petit, peut faire trembler un continent quand un homme et un club décident de porter son nom au plus haut.
Mais Yaoundé n’était pas qu’un stratège. Il était un maître.
Professeur de sciences, préfet de discipline, il a enseigné la biologie, la chimie, la physique… et surtout le caractère.
Au Lycée de l’Amitié, il a formé des champions scolaires. À l’Association des Entraîneurs de Football du Rwanda, il a forgé des âmes. Avec les Hirondelles, avec le Rwanda, avec Rayon Sports et les Citadins de Kigali, il a formé des nations.
Partout où il est passé, il a laissé cette griffe : l’exigence, le travail, le respect.
On dit de lui qu’il faisait « gravir des montagnes à ses adversaires ». C’est vrai.
Croiser Vital’O entraîné par Yaoundé, c’était jouer contre un mur de discipline et de volonté. C’était se heurter à une détermination de granit.
Et pourtant, au coup de sifflet final, l’homme baissait la garde. L’adversaire devenait frère. Autour d’une table, un verre à la main, il parlait football, il parlait vie, avec cette humilité des géants.
Polyglotte, érudit, athlète, cycliste, volleyeur… il portait en lui la quintessence du sport.
Il a écrit, il a étudié, il a appris sans cesse, de Kinshasa au Caire, de la FIFA aux terrains de terre battue de Bujumbura.
Car pour Yaoundé, apprendre était le premier devoir d’un entraîneur.
Aujourd’hui, le banc est orphelin. La casquette violette ne reviendra plus.
Mais l’œuvre demeure.
Dans cette vingtaine de titres avec Vital’O.
Dans les noms qu’il a révélés.
Dans la finale de 1992.
Dans deux trophées de CECAFA CUP soulevés. L’un avec l’équipe nationale B du Rwanda et l’autre avec l’emblématique Vital’O FC.
Dans la mémoire de chaque enfant qui a croisé son regard exigeant et en est sorti meilleur.
Jean-Gilbert Kanyankore « Yaoundé » ne fut pas un simple technicien.
Il fut un architecte d’hommes. Un bâtisseur de légendes. Un père pour le football burundais.
Le football burundais a perdu sa colonne.
L’Afrique des Grands Lacs a perdu son maître.
Mais l’exemple, lui, ne meurt jamais.
Repose en paix, Coach.
Tu as fait gagner des matchs.
Tu as surtout fait grandir des hommes.
Patrick Sota
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