Sa mission : prospecter, rassembler, réconcilier. Aller quérir en terre étrangère le sang burundais que l’exil a dispersé, afin de le recoudre à la tunique des Hirondelles.
C’est à cette aube stratégique que le Premier Vice-Président de la FFB, Arcade NIMUBONA , s’est fait pèlerin. Un pèlerinage sans reliquaire, mais avec des noms, des visages, des promesses.
L’Europe, premier autel. Bergen en Norvège.
Là, dans la cité fjordée aux toits de pluie, il a tendu la main aux héritiers. Joël MVUKA. Bertrand MVUKA. Havila MBONABANDI. Diedrick BUBAHE . Quatre patronymes burundais gravés sur des maillots nordiques, quatre poumons qui battent au rythme de deux patries.
Ce samedi, sous un ciel qui ne pardonne rien aux timorés, Arcade NIMUBONA a foulé, aux côtés de Joël MVUKA, la pelouse d’un autre rite : Lysekloster contre Brattvåg. Un match de championnat, oui. Mais surtout une parabole. Voir, être vu. Toucher, être touché. Le dirigeant n’est plus venu en commissaire. Il est venu en frère aîné.
Car telle est la théologie nouvelle de la FFB : la proximité comme doctrine.
Il ne s’agit plus d’envoyer des télégrammes froids à des talents éparpillés. Il s’agit de s’asseoir à leur table, de prononcer leur nom sans faute, de leur exposer la vision comme on expose un étendard. Parler d’ambition sans forfanterie. Parler de projet sportif comme on parle d’une maison qu’on bâtit ensemble, pierre après pierre.
Aux binationaux de Bergen, on n’a pas vendu une convocation. On a présenté un serment : celui d’un Burundi qui veut cesser d’emprunter des équipes pour s’en offrir une, entière, consciente d’elle-même.
Joël MVUKA, à ses côtés, n’était pas un simple guide. Il était le pont. Le vivant témoignage qu’on peut porter la Norvège dans les crampons et le Burundi dans la poitrine, sans que l’un tue l’autre.
Havila. Bertrand. Diedrick. Trois autres portes ouvertes sur la diaspora. Trois autres raisons de croire que l’avenir ne se recrute pas seulement à Bujumbura, Buyenzi ou Gitega. Il se collecte aussi dans le froid, dans la pluie, dans l’accent qu’on traîne mais qu’on n’oublie pas.
Que cherche donc la FFB dans cette odyssée scandinave ?
Elle cherche la profondeur de banc. Elle cherche la science tactique glanée dans les académies européennes. Elle cherche la rudesse du championnat norvégien pour l’opposer à la finesse des éliminatoires africaines. Elle cherche des hommes capables de tenir la 86ème minute sans trembler, de garder un acquis sans le trahir par triomphalisme précoce.
Car l’Afrique a trop pleuré sur des renversements tardifs. L’Afrique a trop compté sur le talent brut en oubliant le mental forgé. Le Burundi, lui, veut apprendre. Il veut bâtir des sélections nationales non plus par rafistolage, mais par architecture.
Et c’est pourquoi cette mission de rapprochement n’est pas un caprice administratif. C’est un acte de foi républicaine. Mobiliser l’ensemble des talents burundais, où qu’ils évoluent. Du lac Tanganyika aux fjords de Bergen. De la poussière de Mukoni au gazon synthétique de Lysekloster.
L’enjeu se nomme : dignité continentale. L’enjeu s’appelle : compétitivité internationale. L’enjeu se chiffre : éliminatoires CAN 2027.
Il ne s’agit pas de collectionner des passeports. Il s’agit d’allumer des consciences. Faire comprendre à chaque fils de la diaspora que porter le maillot à damier blanc, vert et rouge n’est pas un devoir. C’est un honneur. C’est une dette payée aux ancêtres et une promesse faite aux enfants.
Arcade NIMUBONA, calepin en main mais cœur en avant, n’est donc pas un simple prospecteur. Il est un tisseur. Il tisse la nation avec des fils que la mer avait effilochés.
S’il revient de Bergen avec un seul “oui” de plus, ce sera une victoire. S’il revient avec une conviction plantée dans quatre poitrines, ce sera une révolution.
Car le football moderne ne se gagne plus seulement sur la pelouse. Il se gagne dans les aéroports, dans les salons, dans les conversations à voix basse où l’on dit : “Reviens. La maison t’attend. Elle a changé. Elle t’appelle par ton nom.”
Ainsi, la FFB réaffirme son engagement. Non pas en slogan, mais en déplacement. Non pas en vœu pieux, mais en présence physique. Elle marche vers ses fils, au lieu d’attendre qu’ils marchent vers elle.
Et si l’Égypte, l’Algérie, le Ghana, scrutent leurs propres diasporas, le Burundi, lui, refuse d’être en retard d’une génération. Il veut ses MVUKA. Il veut ses MBONABANDI. Il veut ses BUBAHE. Il les veut entiers, consentants, enracinés dans un projet.
Que l’Europe garde ses stades. Le Burundi réclame ses hommes.
Pour que, le jour venu, aux éliminatoires de la CAN 2027, les Hirondelles ne soient plus une équipe qui espère. Mais une nation qui sait.
Une nation qui a rappelé ses enfants.
Une nation qui a choisi de ne plus saigner seule.
Patrick Sota
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