Culture

Au coin du feu avec Joséphine Jones Nkunzimana

25/04/2020 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Joséphine Jones Nkunzimana
Au coin du feu avec Joséphine Jones Nkunzimana

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Joséphine Jones Nkunzimana.

Votre qualité principale ?

Je suis généreuse.

Votre défaut principal ?
Je suis parfois naïve. Mais rassurez-vous, je compte m’en défaire.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’honnêteté.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Le mensonge.

La femme que vous admirez le plus ?

Ma mère. Depuis que mon père n’est plus. Je l’admire de plus en plus. Je me rends compte que c’est elle le pilier de la famille. Et je n’ose pas penser à ma vie sans elle!

L’homme que vous admirez le plus ?

Mon père, surnommé “Ntekumutwe”. Parti de chez lui à ses 16 ans, il est devenu un self-made-man qui a fait parler  de lui avec  son bar, avec ses fameux verres propres, dont tout Bujumbura parlait, des bières servies bien fraîches et ses brochettes. Mon papa était très exigeant avec la qualité, obsédé par la propreté.

Votre plus beau souvenir ?

Le jour de la présentation de mon mémoire de fin d’études universitaires, je suis allée voir mon père malade dans sa chambre pour qu’il me donne sa bénédiction. De retour de la soutenance, il m’a dit : « Continue avec les études, mais n’oublie pas de transmettre tout ce que tu sais aux autres! » Je voyais dans ses yeux qu’il était fier de moi! Et il n’a jamais arrêté de me rappeler d’apprendre à l’Université. A chaque fois que je me rappelle cet instant, je pleure. C’était si intense!

Votre plus triste souvenir ?

2014. Mon père est décédé le 13 août 2014, le jour de son anniversaire. J’étais à Kampala et je ne l’ai su que le jour suivant. Je n’ai pas pu pleurer parce que, selon moi, il ne pouvait pas mourir. Mon père était immortel! Je n’ai pas versé une larme jusqu’à ce que je le voie dans le cercueil… Triste!

Quel serait votre plus grand malheur ?

Mourir sans avoir des enfants.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

Notre indépendance. Même si aujourd’hui le colon a été remplacé par nos propres frères. Hélas, c’est la colonisation du Burundais par le Burundais qui continue.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

L’Accord d’Arusha signé le 28 août 2000. Les groupes armés regagnaient le bercail bien qu’ils n’avaient jamais occupé un petit quartier de la ville.

La plus terrible ?

L’assassinat du président Ndadaye. Le début d’une tragédie parce que nous étions sur le bon chemin de la démocratie.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Enseignante.

Votre passe-temps préféré ?

Dormir.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Bugarama, sans hésitation.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Burundi, mais à certaines conditions.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

La Chine. Chaque fois que j’ai voulu y aller, il y avait toujours quelque chose qui m’en empêchait.

Votre rêve de bonheur ?

J’ai rêvé d’avoir une maison, et des enfants à 30 ans pour me sentir accomplie. J’attends pour mes 40 ans! Sinon, je vis à 200 km à l’heure, tout le temps! Donc, c’est du bonheur!

Votre plat préféré ?

Le pilao accompagné du sombé. Miam miam !

Votre chanson préférée ?

Je n’en ai aucune!

Quelle radio écoutez-vous ?

Aucune! Et ça fait des années.

Avez-vous une devise ?

Servir d’abord! Normal, je suis une PHF! (Paul Harris Fellow . Ce membre du Rotary Club International est devenu illustre grâce à son sens de servir autrui, NDLR).

Votre souvenir du 1er juin 1993 (le jour où le président Ndadaye a été élu) ?

Tard dans la soirée, une foule était en train de courir dans la rue pour exprimer sa joie. Les gens chantaient. A  la maison,  lumière éteinte, on suivait ce qui se passait à travers la fenêtre. J’avais 11 ans, mais je n’avais aucune idée de ce que c’était exactement.

Votre définition de l’indépendance ?

Il faudra qu’elle soit matérielle et intellectuelle pour rompre avec la soumission et ainsi ne rendre compte à personne, sauf au peuple.

Votre définition de la démocratie ?

Un Etat qui respecte les principes d’un Etat de droit, d’équilibre et de justice, donc qui respecte la Constitution, l’opposition, les minorités, et les pouvoirs en place… Mais est-ce qu’elle peut exister réellement? Il faut y travailler. Le chemin est encore long globalement en Afrique.

Votre définition de la justice ?

Rendre à César ce qui est à César et que tous soient égaux devant la loi.

La femme burundaise, la trouvez-vous suffisamment représentée dans les instances de prise de décision ?

Pas du tout, on parle du fameux quota de 30% de représentativité des femmes dans les institutions alors que nous représentons plus de la moitié de la population burundaise. Même celles qui peuvent prendre des décisions, je ne sens pas leur impact. Par exemple, jusqu’aujourd’hui, aucune décision claire sur le droit de succession de la fille burundaise. Est-ce parce qu’au Parlement, il n’y a pas assez de femmes pour présenter cette loi? Nous avons besoin de sentir davantage la présence de nos représentantes dans les instances de prise de décision.

Selon vous, la dot, faut-il la supprimer ?

Jamais! Enfin pas encore… Faudra attendre que la mienne soit versée d’abord (rires)! En plus, je serai chère! Alors…

De plus en plus de divorces chez les jeunes couples citadins, selon vous, qu’elle en est la cause ?

Ils ne sont pas assez préparés. Ils se rencontrent aujourd’hui, demain ils se marient. Dans la plupart des cas, ils n’acceptent pas de compromis. Jeunes, ils n’ont pas encore compris le sens de la responsabilité. En plus de cela, chacun vient avec son rêve du mariage, vu à la télé ou lu dans les livres… Sur le terrain, c’est autre chose. C’est un des engagements les plus sérieux! Pas de blague!
D’ailleurs, je suis une partisane de la cohabitation avant le mariage. Pour vivre la vie réelle du couple. C’est trop moderne, mais si c’est pour sauver les couples, pourquoi pas?

Un mari idéal, comment doit-il être ?

Responsable, aimant, attentionné, avec des valeurs morales, humaines et sociales qu’il peut transmettre pour mieux éduquer et aimer ses enfants.

Si vous étiez ministre de la Communication, quelles seraient vos deux premières mesures ?

– Rouvrir et permettre à tous les médias de travailler librement.
– Libérer tous les journalistes emprisonnés.

Si vous étiez ministre de la Jeunesse et de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

– Mettre en place des plateformes permettant l’épanouissement de la jeunesse au niveau intellectuel, technique et matériel.
– Développer le potentiel de l’industrie culturelle à travers le développement des facultés créatrices humaines.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Oui! Même si je pense que souvent l’humain change, selon son environnement.

Pensez-vous à la mort ?

Ah oui, souvent! Ça me fait tellement peur que quand j’ai juste des maux de tête, je me fais soigner tout de suite.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Je lui ferai un grand « yambi » et lui dirai merci, mon Dieu. J’attendais de te rencontrer! On partage une bière?

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Bio-express

Blogueuse à ses heures perdues, Jones se définit comme une femme indépendante. Ancienne journaliste et responsable en charge de la communication et des relations publiques dans quelques ONG locales, elle est née le 12 décembre 1982. En 2016, elle a créé Powerful and Perfect Women(PPW), un groupe WhatsApp pour filles « pour apprendre aux jeunes filles à prendre en main leur vie ». La même année, sa liberté de penser, de dénoncer tout haut les injustices de ses compatriotes l’a poussé à l’exil. Titulaire d’une licence en communication pour le développement à l’Université Lumière de Bujumbura, elle rêve d'enseigner la Communication et les Relations Publiques quand elle rentrera au bercail.

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