Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3759 jours. Nous ne l'oublions pas.

Shame on…

Sous d’autres cieux, il y aurait déjà eu des démissions en cascade, des suicides et autres hara-kiri pour laver le déshonneur face aux résultats lamentables de l’examen d’État. Ils sont tombés comme un couperet : dans 440 écoles, aucun candidat n’a réussi en 2026. Plus de 8 000 élèves sont concernés.

Comme pour masquer ces échecs révélateurs d’un système en faillite, le chargé de la communication au ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique s’est empressé d’inviter le public à regarder ailleurs : « 74 écoles ont enregistré un taux de réussite de 100 % à l’Examen d’État, 681 enregistrent des réussites pouvant aller jusqu’à 99 % tandis que le reste n’a eu aucune réussite, comme il est de coutume dans toute évaluation ».

Donc, c’est normal. Le débat est clos. Circulez, il n’y a rien à voir !

Je disais : sous d’autres cieux… Mais nous sommes au Burundi. Certes, il y a des réussites, que les encenseurs publics et autres louangeurs vont amplifier. Mais il y a aussi ces échecs cuisants, passés sous silence, devenus presque ordinaires.

De tels résultats devraient faire tomber des têtes ou conduire à revoir des décrets. Toute la nation devrait observer une minute de silence pour ces élèves. Ces jeunes ont des rêves, des aspirations. Ils n’ont pas échoué seuls : leurs enseignants, leurs directeurs, les concepteurs des programmes et tout un système éducatif portent aussi leur part de responsabilité. Une copie à revoir.

Il y a une dizaine d’années, voire davantage, lors d’une sorte d’états généraux sur l’éducation, un expert avait lancé un avertissement qui avait contrarié l’assistance. Sans sursaut national, disait-il en substance, les « jeunes prétendument scolarisés », déboussolés et mal préparés, seraient condamnés aux emplois subalternes sur le marché du travail régional.

Il avait poursuivi : faute de compétences pour affronter les défis du monde moderne, nos jeunes vont peiner à accéder à des postes de responsabilité. Les rares « pépites » vont partir travailler ailleurs, fuyant les salaires de misère et l’absence de perspectives. Et de rappeler qu’autrefois, les étudiants de la sous-région venaient nombreux dans nos universités, aujourd’hui, le mouvement s’est  inversé.

Malgré les indignations, l’expert avait conclu par cette question : « Qu’attendre des programmes précipités, mal pensés, mal conçus, mal préparés, mal appliqués ? »

C’est sur cette question restée sans réponse que le modérateur avait clos la séance. Dix ans plus tard, les résultats de l’examen d’État lui donnent une résonance cruelle.

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