Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3757 jours. Nous ne l'oublions pas.

Des mesures annoncées, un suivi qui fait défaut

Des mesures sont régulièrement prises par les autorités mais, leur application sur le terrain laisse souvent à désirer. Faute de suivi suffisant de la part des responsables concernés, certaines décisions finissent par tomber dans l’oubli. Pour la société civile, cette situation révèle les problèmes de gouvernance et de leadership. Un expert en bonne gouvernance appelle à une meilleure mise en œuvre des décisions.

Le décret n° 100/099 signé le 8 août 2018 interdisait l’importation, la fabrication, la commercialisation et l’utilisation des sachets et d’autres emballages en plastique, avec un délai de grâce pour permettre aux commerçants d’écouler leurs stocks.

Pourtant, certains de ces emballages sont toujours présents dans les commerces de Bujumbura. Dans les boutiques du quartier Bwiza, de petits sachets transparents servent encore à emballer le sel, les beignets et les arachides. Un boutiquier rencontré sur place affirme ne pas avoir d’autre solution, faute d’emballages de remplacement disponibles sur le marché. « On sait bien que ces sachets sont interdits mais que pouvons-nous faire ? On les utilise toujours car on ne voit pas de nouveaux pour les remplacer ».

Le 9 octobre 2025, les ministres ayant respectivement la santé publique, les finances et la sécurité publique dans leurs attributions ont signé une ordonnance conjointe relative aux amendes applicables aux infractions en matière d’hygiène et de salubrité publiques. Mais, dans les rues de Bujumbura, les déchets s’accumulent encore autour des poubelles débordantes. Près du parking des bus desservant le sud de la ville, un passant déplore le manque de poubelles et les retards dans l’évacuation des ordures. « Même celles qui sont disponibles sont pleins et il peut passer des mois sans que ceux qui sont chagés chargés de les amener ne viennent. Vous voulez que la ville soit propre comment ? ».

Au-delà du manque de poubelles, le comportement de certains citoyens contribue également à l’insalubrité des rues de Bujumbura. Chez eux, la culture de jeter les déchets et les emballages en plastique dans des poubelles n’est pas encore suffisamment ancrée. Il n’est pas ainsi rare d’en voir abandonnés par terre ou jetés dans les caniveaux, même lorsque des poubelles sont disponibles à proximité.

L’incompétence administrative, un frein à l’application des mesures

Pour Faustin Ndikumana, directeur national de Parole et actions pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités (Parcem), la non-application de certaines mesures s’explique notamment par les limites de l’administration publique. Il déplore la nomination politisée de cadres parfois dépourvus de compétences et d’expérience nécessaires pour exercer leurs fonctions. Selon lui, le principe de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » n’est pas respecté. Ce qui affaiblit les capacités de l’administration à assurer la mise en œuvre des décisions prises par les autorités.

Il relève également des dysfonctionnements dans le fonctionnement hiérarchique de l’administration, la paralysie des mécanismes de contrôle interne et la quasi-inexistence de services chargés du suivi-évaluation. À cela s’ajoute la corruption qui s’est enracinée dans l’administration et limite davantage sa capacité à appliquer les décisions.

Pour remédier à cette situation, il préconise une réforme de l’administration publique visant à la rendre plus performante, notamment en privilégiant les compétences dans la nomination des responsables et en la dépolitisant. Il appelle également au renforcement des mécanismes de suivi, de la participation citoyenne et du rôle de la presse dans le contrôle de l’action des dirigeants.

Des mesures sans suivi révélatrices d’une crise de gouvernance

Faustin Ndikumana « Le principe de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » n’est pas respecté »

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Selon Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), la non-application des mesures prises par les autorités révèle un problème de gouvernance et de leadership. Il estime que le Burundi ne dispose pas d’un système national d’intégrité fonctionnel dans lequel les institutions, les partis politiques, la société civile, les médias et les citoyens jouent pleinement leur rôle. Il déplore notamment que des décisions prises dans l’intérêt général ne soient pas appliquées alors que celles qui servent des intérêts particuliers peuvent l’être.

Il souligne cependant que l’application des lois exige aussi que les autorités mettent à la disposition des citoyens les moyens nécessaires pour les respecter. Il prend l’exemple des sanctions prévues contre les personnes qui urinent dans les endroits non autorisés au moment où les toilettes publiques sont insuffisantes. Il estime qu’il est contradictoire d’exiger des citoyens qu’ils respectent une règle sans leur donner les moyens de le faire. Il insiste également sur le devoir de l’État d’informer et de sensibiliser la population.

Pour lui, l’application effective des mesures passe aussi par le comportement des dirigeants. Il estime que les autorités doivent elles-mêmes respecter les lois et donner l’exemple aux citoyens. Il attribue ainsi ces difficultés à une crise de leadership et plaide pour une gouvernance éthique. Il estime qu’un changement durable nécessite un engagement des responsables au plus haut niveau.

La participation citoyenne, un maillon essentiel de la bonne gouvernance

Selon Papien Ruhotora , expert en bonne gouvernance, l’application effective des décisions dépend notamment de la transparence administrative, de la décentralisation et de la participation des citoyens. Il estime que la population devrait être associée à la prise des décisions qui la concernent, et non être simplement appelée à les respecter une fois qu’elles ont été adoptées. La participation citoyenne devrait ainsi se traduire par une implication concrète dans les processus de prises de décisions.

Il souligne également l’importance de rendre les mesures prises accessibles aux citoyens afin qu’ils puissent en prendre connaissance et comprendre les règles auxquelles ils sont soumis. Cette démarche permettrait de renforcer la transparence et de favoriser la participation de la population à la gestion des affaires publiques.

Ruhotora relève par ailleurs que les communes disposent parfois de budgets limités. Ce qui réduit leur capacité à réaliser leurs projets de développement. Selon lui, les principes de bonne gouvernance et de transparence ne sont pas suffisamment appliqués dans la prise et la mise en œuvre des décisions Il plaide pour une véritable décentralisation accompagnée d’une autonomie organique et financière des administrations communales, encadrée par des textes légaux clairs. Il trouve que , l’État devrait assurer la supervision de leurs actions et veiller au respect des lois.

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