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Migration de travail : le contrôle avant l’avion

Plus de 21 000 Burundais sont partis travailler dans le Golfe, et 65 agences de recrutement ont été suspendues. Le départ n’est pas le problème. L’absence de contrôle, si.

Le phénomène prend de l’ampleur. Les candidats au départ sont jeunes pour la plupart. En mars 2026, le gouvernement annonçait que 21 642 Burundais avaient bénéficié du programme de migration de travail, dont plus de 21 200 en Arabie saoudite.

Le ton officiel a pourtant changé. Le ministre des Affaires étrangères met en garde contre les placements « spéculatifs ou massifs ». Il exige qu’avant tout départ soient établis l’employeur réel, le poste, le salaire, le lieu de travail, le logement et les recours en cas de plainte. Il vient aussi de dénoncer des réseaux qui exposent des candidats à l’exploitation, à l’escroquerie, voire à l’enrôlement dans des conflits armés. Ces avertissements suivent la suspension provisoire de 65 agences pour des irrégularités dans le recrutement, le placement, le déploiement ou le suivi des travailleurs.

Deux questions s’imposent. Ces jeunes partent-ils par choix ou par nécessité ? Et savent-ils ce qui les attend ?

Certains ont un plan : quelques années à l’étranger, un salaire, une famille soutenue, une épargne, puis le retour pour investir au pays. Pour d’autres, le départ répond d’abord à l’absence de perspectives. Quand le travail manque chez soi, l’étranger n’est plus un choix mais une issue. La migration devient alors le miroir de la situation économique et sociale du pays.

Que des Burundais partent n’est pas un problème en soi. Le danger, c’est qu’ils partent dans l’illusion : avec un faux contrat, une promesse non tenue, ou sans savoir où ils vont travailler.

Toutes les agences ne sont pas des mafias. Certaines font honnêtement leur métier. Mais elles ne doivent pas servir de paravent à celles qui violent les règles. La mise en garde du ministère doit être prise au sérieux : derrière chaque dossier, il y a un être humain, et souvent une famille qui compte sur lui.

Quand des agences dérapent, où était le contrôle ? L’État ne peut pas se contenter de constater les dégâts après le départ. Il doit intervenir en amont : avant que le candidat ne paie, avant qu’il ne signe, avant qu’l ne monte dans l’avion. Il doit vérifier l’agence, l’employeur, le contrat et le salaire, et informer le candidat de ses droits. Il doit ensuite suivre le travailleur à destination et intervenir au moindre problème. Après tout, il reste citoyen burundais.

Au fond, le véritable enjeu n’est ni la jeunesse qui  part ni les agences qui recrutent, mais la gouvernance de la migration de travail. Il faut comprendre pourquoi les jeunes partent et distinguer les agences légales de celles qui exploitent. L’État, lui, doit contrôler, prévenir, accompagner et sanctionner quand il le faut. Surtout, il doit s’attaquer à la cause profonde : créer des emplois et des opportunités au Burundi, pour que partir redevienne un choix et non une obligation.

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