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L’odyssée de Nyange : dix chapitres pour comprendre Yussuf Ndayishimiye

Il a eu 28 ans ce mardi 27 octobre 2026. Lui qu'on appelle Nyange, la grue couronnée qui ne baisse jamais la tête. De Saint-Augustin à l'OGC Nice, de la poussière de Mukaza aux lumières du Parc des Princes, Yussuf Ndayishimiye n'a pas eu une carrière, il a eu une traversée. En dix fragments, voici l'histoire d'un enfant devenu capitaine.

1. Le 27 octobre 1998, une étoile se lève
Il est né le 27 octobre 1998. Comme s’il était déjà prédestiné à fêter son existence au cœur de l’automne, là où les saisons hésitent. Premier-né d’une fratrie de trois enfants du côté maternel, il porte en lui cette responsabilité ancienne des aînés : montrer le chemin. Et il ne cessera plus de le faire.

2. Saint-Augustin, l’église de son enfance
Tout commence là, à Saint-Augustin. Il a neuf ans. Les crampons trop grands, le maillot flottant. On organise alors un petit tournoi entre les enfants de Saint-Augustin et ceux de PVP pour détecter les plus doués. Yussuf est là, il se bat, mais il n’est pas retenu. PVP lui ferme sa porte ce jour-là. Ce n’est pas un refus, c’est un rendez-vous manqué. Il reste à Saint-Augustin et il apprend la première leçon de sa vie : on peut être recalé sans être vaincu.

3. Mukaza, l’exil en troisième division
De Saint-Augustin, il part pour Mukaza, en troisième division communale. Un club sans grand espoir de montée, sans projecteur. C’est l’ombre. Mais c’est dans l’ombre que les racines s’enfoncent le plus profondément.

4. Les Lierres et les vingt minutes qui changent tout
Puis viennent Les Lierres, en deuxième division. Six matchs. Six matchs entiers à ne même pas figurer parmi les dix-huit. À regarder depuis le banc le jeu se faire sans lui. Et puis, le dernier match de la phase aller, on lui donne vingt minutes. Vingt. C’est tout ce qu’il faut à certains destins pour basculer. Il entre. Il est juste. Il est propre. Il est clinique. Il est chirurgical. Dès lors, il ne quittera plus le onze. Les Lierres étaient premiers à trois journées de la fin, coach Joslin Bipfubusa sur le banc. On convoque les U20 nationaux, il n’est pas appelé. Encore une fois, on l’oublie. Encore une fois, il répondra sur le terrain.

5. Le coup de fil de Révérien Ndikuriyo
L’histoire du football tient parfois à une sonnerie de téléphone. Alors que les U20 se préparent, son téléphone vibre. Révérien Ndikuriyo veut le voir. À Aigle Noir. On lui paie un ticket, on l’envoie en amical contre Vital’O. Il joue quarante-cinq minutes, la seconde mi-temps. Quarante-cinq minutes pour convaincre. Le soir même, il est un joueur d’Aigle Noir. Nous sommes en saison 2016-2017. La porte s’ouvre enfin.

6. La Turquie, la Hollande, la Lettonie : le chemin de croix
Il tente Galatasaray. Le test ne passe pas. On lui propose les jeunes, son agent refuse, il croit en un avenir plus haut. Il rentre, joue la phase aller au Burundi, puis tente la Hollande. Échec. La Lettonie. Échec encore. Et puis, la Turquie lui rouvre les bras, non plus par la grande porte d’Istanbul, mais par celle de Malatya. Yeni Malatyaspor. De 2019 à 2021, il s’y installe, il s’y impose, il s’y révèle.

7. Istanbul et Nice, la consécration
De Malatya à Istanbul Basaksehir (2021-2023), il franchit un palier. Puis le grand saut, la France, l’OGC Nice. Là-bas, il ne découvre pas seulement la Ligue 1, il s’y fait un nom. Face au Paris Saint-Germain, face aux grands, il ne tremble pas. En avril 2024, il figure parmi les onze meilleurs Africains de Ligue 1, aux côtés d’Aubameyang, Hakimi, Bentaleb, Mbemba. L’enfant de Saint-Augustin est désormais cité parmi les princes du continent.

8. Le 11 mars 2017, il devient Intamba
Avant Nice, il y a eu le maillot sacré. Le 11 mars 2017, première cape avec les U20, un 7-0 infligé à Djibouti en amical. C’était le début du serment. Aujourd’hui, il est le capitaine des Intamba Mu Rugamba , et vice-capitaine à Nice. Le brassard n’est pas un bout de tissu pour lui. C’est le poids d’un peuple.

9. Un contrat jusqu’en juin 2027 et un rêve anglais
Lié à Nice jusqu’en juin 2027, il a sécurisé son présent. Mais son regard porte déjà plus loin. Son rêve, il ne s’en cache plus : la Premier League. Et à 28 ans, les blessures s’éloignant enfin, les voyants sont au vert.

10. Nyange
On le surnomme Nyange. La grue. L’oiseau qui marche avec élégance mais qui sait se battre pour son territoire. Il n’a jamais volé bas. Il a appris à attendre, à encaisser les non-sélections, les tests ratés, les bancs interminables. Et chaque fois, il a volé plus haut.

Joyeux anniversaire, Capitaine.

 

Patrick Sota

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