Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3748 jours. Nous ne l'oublions pas.

Victoire tactique du Real Madrid au Camp Nou

Imagine le Camp Nou ce dimanche 25 octobre 2026. Une lumière d'hiver qui tombe à pic sur la pelouse, et surtout cet air électrique à la veille du Ballon d'Or. On sentait que tout allait se jouer là, que Paris n'était pas digéré, que Madrid venait pour tuer. Quatre-vingt-dix mille gorges qui voulaient oublier. Parce que mardi 20 octobre 2026, le Barça s'était fait gifler là où ça fait mal. Au Parc des Princes. 4-2 contre Paris. Pas une défaite, une humiliation. La première de sa saison. Neuf victoires en neuf journées de Liga jusque-là, une forteresse à domicile, et d'un coup le vernis qui craque. En face, Madrid débarque en costume sombre. Sur le banc, un revenant : José Mourinho. Treize ans sans Clasico. Toujours le même visage fermé, le même manteau. En tribune, Vinicius, suspendu, ronge son frein.

41e minute. Le but qui intervient ex abrupto
Barcelone domine. Évidemment. Raphinha s’échappe à la 24e, à la 33e, sans conclure. Le Camp Nou pousse pour se convaincre que Paris n’était qu’un cauchemar.

Et puis, le Real fait ce qu’il sait faire quand il peine à convaincre : sortir proprement.

Une relance à trois, sous pression, presque insolente de calme. Au milieu, Bernardo Silva. Pas un geste, une phrase. Un contrôle orienté qui efface deux lignes, qui casse le pressing d’un coup sec. Glissade pour Bellingham. D’une touche, l’Anglais décale à gauche. Yan Diomandé.

Diomandé prend la profondeur, centre. Pas une cloche. Un missile à ras de terre, tendu, violent, qui traverse toute la surface catalane comme un coup de couteau.

Gerard Martín du Barça perd alors ses nerfs. Sa relance est complètement ratée. Au lieu de dégager fort, à peine touchée, remise involontairement en arrière, en cloche, à trois mètres de sa propre cage. Une offrande. Une erreur d’enfant.

Mais faut être là. Mbappé, lui, est là.

Le coup flairé une seconde avant tout le monde. Déjà posté à trois mètres du but, en renard, en voleur d’âmes. Le ballon lui arrive dessus, même pas frappé. Heurté, rebond sur le tibia, chanceusement, et qui va mourir au fond des filets.

0-1. Le stade se tait. Un silence immense, presque religieux. 99e but en blanc. Le plus moche de tous, et peut-être le plus beau parce qu’il ne s’explique pas. Trois minutes plus tard, Lamine Yamal, seul à six mètres, rate l’immanquable. Ce soir-là, le FC Barcelone ne savait plus concrétiser.

61e minute. L’illusion.
Retour des vestiaires, Barcelone a la rage. Courtois n’est pas là, malade à la dernière minute, forfait. Dans la cage madrilène, Lunin, l’Ukrainien, les gants qui tremblent.

À la 61e, Raphinha arme enfin. Frappe lourde, pleine de colère. Lunin la touche, main molle qui s’effondre. 1-1. Le Camp Nou explose, hurle, y croit de nouveau. À la 65e, le même Lunin se rachète d’un arrêt fou sur une tête de Gerard Martín lui-même, qui voulait se faire pardonner.

À l’heure de jeu, le sang monte. Diomandé déborde encore à gauche, Cancelo arrive en retard et lui plante les crampons sur la cheville. Semelle. Net. L’arbitre ne sort que le jaune. Pas le rouge. Tout le banc madrilène se lève. Après le match, Mourinho ne mâchera pas ses mots contre le VAR : « Il y avait rouge, point. »

87e minute. Le coup de couteau.
Mourinho vient de faire son coup. Camavinga entre. Frais. Pour les dernières minutes seulement.

Deux minutes lui suffisent.

Une transition. Une seule. Camavinga, à peine entré, récupère un ballon qui traînait, relève la tête et glisse à Bellingham. L’Anglais, qui à la 50e avait oublié Mbappé seul au second poteau, cette fois ne l’oublie pas. Service de Camavinga lancé en profondeur, appel parfait, et au bout, à bout portant, encore lui. Kylian. L’inévitable !
Une exécution. Déviation sèche, imparable. 1-2.

Centième but avec le Real Madrid. Cent. Dans un Clasico. À l’extérieur. Avec cet air électrique à la veille du Ballon d’Or qui rend tout plus lourd, plus définitif. Pour faire taire quatre-vingt-dix mille personnes. 107 sélections, 67 buts chez les Bleus et jusqu’ici 100 fois buteur chez les Merengue.

Le coup de sifflet final tombe comme un couperet.

Barcelone concède son premier revers en Liga, le deuxième en cinq jours après ce 4-2 à Paris. Le Real de Mourinho revient à trois points du leader Barça au classement général.

 

Épilogue
Au fond, ce 1-2 n’est pas qu’un score. C’est Mourinho qui gagne son duel des bancs. Face à lui, un Allemand rigide, Flick , qui a voulu imposer son football total, haut, pressing à la gorge, sans jamais lire ce qui se tramait. Mourinho, lui, a attendu. Il a laissé le Barça s’épuiser, s’ouvrir, croire. Et au bon moment, il a piqué. Deux transitions, deux buts. Pas de possession, pas de fioritures. Juste le vieux métier. À l’ancienne. La victoire d’un renard sur un professeur.

 

Patrick Sota

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