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Qui contrôlera ceux qui contrôlent ?

Encore une offensive contre la corruption. Le 9 octobre, le président Évariste Ndayishimiye a lancé la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption et les malversations économiques 2026-2030. Au menu : prévention, contrôle, mobilisation citoyenne et lutte contre l’impunité. Le discours est clair, l’objectif ambitieux.

Mais combien de fois encore l’État burundais déclarera-t-il la guerre à la corruption sans que le citoyen puisse mesurer les victoires remportées ? La corruption est depuis longtemps désignée comme ennemi national. Les stratégies se succèdent. Les mécanismes de contrôle, les institutions judiciaires et les structures de bonne gouvernance existent. Et pourtant, le gouvernement reconnaît lui-même la nécessité de renforcer le dispositif et d’éradiquer l’impunité.

Si cette nouvelle structure permet de mieux coordonner les institutions, de supprimer les chevauchements et de rendre publics les résultats, elle pourrait donner un contenu concret à la stratégie.

Selon des observateurs, l’État ne peut pas être à la fois celui qui définit la politique anticorruption, celui qui l’exécute et celui qui se satisfait de ses résultats. « Il faut un mécanisme indépendant et transparent d’évaluation. Sinon, chaque nouvelle stratégie risque de devenir le bilan favorable de la précédente. »

L’initiative prévoit aussi de mobiliser des comités citoyens jusque sur les collines. Orientation importante, mais qui soulève d’autres questions : qui contrôlera ceux qui contrôlent ? La politique anticorruption sera-t-elle appliquée avec la même rigueur aux personnes influentes sur le plan politique, administratif ou économique ?

La lutte contre la corruption ne peut se réduire à un discours adressé aux fonctionnaires, aux commerçants, aux citoyens ou aux collectivités locales. Elle doit commencer au sommet de l’État.

Le discours présidentiel cite lui-même le détournement des ressources publiques, la dissimulation des recettes et les pots-de-vin. Très bien. Mais alors, les mêmes principes doivent valoir pour les puissants comme pour les faibles, pour les hauts responsables comme pour les simples agents.

Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve, mais de poser un principe démocratique élémentaire : plus une personne détient de pouvoir sur les ressources publiques, plus elle doit rendre des comptes. La crédibilité d’une politique anticorruption se mesure aussi à sa capacité à atteindre les niveaux où se prennent les décisions.

Horizon fixé : 2030, avec l’objectif d’une réduction sensible de la corruption et de l’éradication de l’impunité. Il faudra alors autre chose qu’un bilan fait de conférences, de campagnes de sensibilisation, de réunions et de rapports. Il faudra des chiffres. Des dossiers traités. Des décisions de justice. Des sanctions. Des montants récupérés…

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