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Joyce Harerimana, une vie consacrée à la réconciliation

Dans son entourage, Joyce Harerimana est devenue une personne vers laquelle on se tourne lorsque les tensions apparaissent. Entre conflits de voisinage, disputes conjugales ou différends au sein de la communauté, cette habitante de la colline Munyinya, zone Bwagiriza dans la commune Ruyigi, intervient pour rapprocher les personnes et favoriser la réconciliation. Son engagement en faveur de la paix, qui remonte des années de crise, se poursuit encore aujourd’hui.

Sur cette colline, les habitants se connaissent et se côtoient au quotidien, chacun avec ses activités et ses préoccupations. Comme dans toute communauté, des désaccords entre les gens peuvent surgir. À quelques mètres du Lycée Nyankanda vit Joyce Harerimana. Elle reste attentive à ce qui se passe autour d’elle. « Même aujourd’hui, je ne supporte pas de voir les autres se chamailler, que ce soit entre conjoints ou dans l’entourage. » raconte -t-elle

Marie Rose Nduwimana, sa voisine, fait observer que cette disponibilité est l’une des choses qui caractérisent Mme Harerimana. Elle dit l’avoir remarquée à plusieurs occasions, notamment dans sa manière de réagir lorsqu’un problème survient autour d’elle. « Quand Joyce arrive quelque part et constate que les choses ne vont pas bien, elle s’arrête. Elle essaie de rapprocher les personnes et de les réconcilier. »

Mme Nduwimana vient de Cankuzo. Elle connaît Mme Harerimana depuis son arrivée dans la région. À cette époque, elle ne connaissait pratiquement personne dans son nouvel environnement. Mme Harerimana a été parmi les premières personnes à aller vers elle et à lui apporter son soutien. « Elle m’a permis de me sentir comme chez moi. »

Pour elle, Mme Harerimana ne fait pas de distinction lorsqu’elle vient en aide à quelqu’un. Elle intervient auprès des personnes de son entourage sans se préoccuper de leurs origines.

Cette manière d’être, dit-elle, lui donne envie de suivre son exemple. Elle estime que la communauté aurait besoin de davantage de personnes capables de s’impliquer ainsi dans les problèmes des autres.

Elle s’implique également dans les relations conflictuelles entre les résidents burundais et les réfugiés congolais vivant dans les environs. Les difficultés liées à l’accès à l’eau ou au passage dans les champs peuvent parfois créer des tensions.

Selon elle, lorsque certains réfugiés traversent les champs des habitants pour aller chercher de l’eau, des propriétaires peuvent s’en offusquer. Il arrive également que des produits alimentaires soient pris dans les champs. Ce qui provoque des incompréhensions.

Dans pareilles situations, Mme Harerimana tente de faire entendre les préoccupations des deux côtés. Elle conseille notamment aux réfugiés de demander l’autorisation aux propriétaires avant de traverser leurs champs. Elle estime que le dialogue peut permettre d’éviter que de petits différends deviennent des conflits plus importants.

Une passion qui est là depuis l’enfance

Joyce Harerimana est née le 1er juillet 1964 sur la colline où elle vit encore aujourd’hui, dans l’ancienne commune Butezi. Protestante, elle est mariée à un homme musulman et mère de quatre enfannts. Très jeune, elle manifeste une sensibilité particulière face aux difficultés rencontrées par d’autres enfants.

Dans la maison familiale, ses parents employaient notamment des travailleurs issus de la communauté batwa. Elle observait les relations entre les membres de sa famille et ces travailleurs. Certaines attitudes de l’époque l’interpellaient déjà.

Elle se souvient notamment d’un jour où elle demande à sa mère si elle peut partager le repas avec eux. Sa mère refuse lui expliquant qu’elle risque de contracter des maladies en partageant la nourriture avec ces personnes.

Mais, un jour, alors que sa mère est absente, elle décide de faire le contraire. Elle partage le repas avec les travailleurs batwa. Elle remarque leur joie et constate surtout qu’elle ne tombe pas malade.

Ce souvenir reste ancré dans son esprit. A un certain moment, elle apprend à coudre et commence à aider les enfants des travailleurs de sa famille. Lorsqu’elle les voit avec des vêtements sales, elle les lave. Elle confectionne également des habits pour certains d’entre eux.

Après ses études secondaires, elle obtient en 1983 un diplôme D3 en secrétariat au Lycée technique des filles de Bukeye. Faute d’emploi, elle retourne quelque temps aux activités agricoles avec ses parents. En 1986, elle commence finalement à travailler comme secrétaire. Quelques années plus tard, son parcours professionnel la conduit au Lycée Nyankanda.

Prête à se sacrifier pour les autres

Joachin Niyibona, aujourd’hui directeur du Lycée Nyankanda, rencontre Mme Harerimana en 1992 lorsqu’il arrive dans cet établissement comme élève. Elle y travaille déjà. Après ses études universitaires, qu’il poursuit à partir de 1998, il revient au lycée en 2009 comme employé. Il retrouve alors Mme Harerimana avec qui il travaille jusqu’à son départ à la retraite.

Entre-temps, le pays connaît les violences de 1993. Le lycée n’est pas épargné par les tensions qui traversent la société. Des conflits éclatent également entre élèves.

Selon M. Niyibona, la vigilance des éducateurs permet alors d’empêcher que ces tensions prennent une tournure plus grave. Mme Harerimana fait partie de ceux qui interviennent. « Il y a eu des crises. Au sein même de l’école, des conflits entre élèves ont éclaté. Mais, grâce à la vigilance des éducateurs, dont Joyce, rien de grave ne s’est produit. Ils intervenaient pour séparer les élèves et empêcher que les conflits conduisent à des tueries. »

Durant cette période, le lycée accueille également des personnes venues chercher refuge face aux violences. Des habitants des collines environnantes trouvent un abri dans les dortoirs de l’établissement. La proximité de la maison de Mme Harerimana avec le lycée fait également de son domicile un lieu où certaines personnes menacées viennent chercher protection.

Elle raconte que beaucoup de Tutsi se réfugient chez elle au moment où des personnes viennent à leur recherche, certaines munies de machettes. Certaines des personnes qui avaient trouvé refuge chez elle sont tuées mais elle parvient à en cacher d’autres. « Ils se sont installés chez nous pendant un temps et on partageait ce que nous avions. »

La violence touche également sa propre famille. Sa mère est tuée pendant cette période. Elle affirme avoir reconnu le criminel. Malgré cette perte, elle dit avoir choisi de ne pas nourrir un sentiment de vengeance.

Elle raconte avoir contacté cette personne des années plus tard pour lui dire qu’elle lui avait pardonné dans son cœur alors qu’aucune demande de pardon ne lui avait été adressée.

Pendant ces années de crise, elle intervient également pour protéger un homme mutwa qui travaillait pour sa famille. Des étudiants veulent s’en prendre à lui pour se venger parce qu’ils le prennent pour un Hutu. « J’ai couru et j’ai dit que c’était mon grand-père et qu’avant de le tuer, il fallait d’abord commener par moi. »

Une présence reconnue

Gérard Harerimana, chef de la colline Munyinya, connaît Mme Harerimana depuis longtemps. Il sait qu’elle est née sur cette colline et observe depuis des années la manière dont elle intervient lorsqu’un conflit apparaît.

Selon lui, son intervention ne se limite pas à écouter les personnes en conflit. Elle cherche à les amener à se comprendre et à trouver un terrain d’entente.

« Sa médiation porte ses fruits. On constate qu’après qu’elle les ait écoutées et mises d’accord, il y a un changement. »
Pour ce responsable administratif, la présence de personnes capables d’intervenir dans ce type de situations est importante dans une communauté. Les désaccords peuvent naître de nombreuses situations de la vie quotidienne et, faute de dialogue, prendre de l’ampleur. « Leur présence contribue au maintien de la paix dans l’entourage. Malheureusement, des personnes comme elle sont peu nombreuses alors qu’elles sont nécessaires. »

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