Vous venez de faire la tour dans le site des réfugiés congolais de Busuma. Qu’est-ce que vous avez remarqué ? Qu’est-ce qui vous a marqué ?
Je crois que ce qui frappe en premier lieu, c’est la résilience des gens ici. Des réfugiés qui vivent dans des conditions particulièrement difficiles et qui gardent vraiment l’espoir d’essayer de reconstruire leur vie, leur avenir et leur dignité. Ce qui marque également, c’est le nombre de gens qui sont ici autour de nous et qui dépendent énormément de l’assistance humanitaire qui est fournie mais qui, dans le même temps, essaient de trouver des solutions plus pérennes, plus durables au lieu de seulement dépendre de cette assistance.
Donc, je suis, à chaque fois que je viens ici, marqué par cette volonté de s’en sortir, cette dignité et cette résilience.
Il y a environ trois mois, le PAM a alerté, à travers un communiqué, que s’il n’y a pas de nouvelles ressources, il y a risque de suspendre ou d’arrêter l’assistance alimentaire aux réfugiés. Aujourd’hui, quelle est la situation ?
Oui, absolument. La situation, aujourd’hui, reste très fragile. Les moyens sont très limités. Heureusement, grâce à l’appui de certains donateurs sous l’égide du gouvernement du Burundi, on a pu continuer l’assistance, on a pu éviter une rupture soudaine de l’assistance alimentaire. On peut tenir encore comme ça pendant quelques mois. Malheureusement, à partir de l’année prochaine, on sera un peu dans la même situation de devoir lancer à nouveau un appel international pour éviter le drame d’une rupture soudaine de l’assistance alimentaire. Aujourd’hui, on a besoin de plus de 30 millions de dollars pour continuer à servir les populations de la nourriture de base, chaque jour, dans l’assiette, entre janvier et juin de l’année prochaine.
Dans ce même communiqué, vous aviez précisé qu’on avait besoin de 35 millions de dollars. Aujourd’hui, quel est le taux de mobilisation ? Combien avez-vous déjà collecté ?
A l’époque, nous avions besoin d’argent dès le mois de septembre puisqu’à l’époque, c’est-à-dire le mois passé, nous faisions déjà face à une rupture totale de l’assistance. Grâce à l’argent qu’on a reçu, on peut maintenant tenir jusqu’en décembre.
A partir du mois de janvier, on sera à nouveau dans la même situation de besoin de financement. Si je prends les chiffres, je peux vous dire qu’il nous faut à peu près 5 millions de dollars chaque mois pour assister l’entièreté de la population des réfugiés ici au Burundi. Si je prends simplement la situation ici, dans l’un des sites les plus difficiles à Busuma, il faut à peu près 1 million, ou deux millions de dollars chaque mois pour pouvoir fournir l’assistance alimentaire.

Qu’est-ce qui est en cours de réalisations aujourd’hui ?
C’est un peu une course contre la montre pour convaincre les donateurs de ne pas oublier les réfugiés et de continuer à les aider. Aujourd’hui, on est ici dans une mission avec les donateurs qui sont venus nous rejoindre justement, avec l’appui de l’Union européenne, de la France, de la Belgique ainsi que de la Suisse et de l’Allemagne, pour justement à la fois les remercier des contributions déjà reçues et les aider à rassembler tous les éléments afin de ramener dans leur capitale ces messages de ne pas oublier les réfugiés, de continuer à les assister. C’est une question de solidarité. C’est aussi une question de stabilité, de cohésion sociale et de paix ici au Burundi et dans toute la région.
A travers leurs témoignages, les réfugiés indiquent qu’ils reçoivent 38 mille BIF par mois et par personne. Est-ce vraiment suffisant ?
Absolument pas. En effet, au Programme alimentaire mondial, on a fait récemment des calculs sur base de l’inflation, des denrées de base. On peut dire en fait qu’il faudrait au moins deux fois plus pour subvenir aux besoins alimentaires de base. On sait que ce que nous donnons aujourd’hui correspond à moins de 50% de la ration nécessaire. Donc, on sait qu’au bout de la troisième semaine, quand on fait des distributions mensuelles, on tient deux semaines en fait.
Quand on est une famille, quand la maman cuisine, au bout de la troisième semaine, elle commence déjà à manquer de quoi préparer. On sait qu’il faudrait deux fois plus de moyens, deux fois plus d’assistance alimentaire pour pouvoir subvenir à ses besoins.
Quel est votre appel aux partenaires et aux pays contributeurs ?
C’est un appel de solidarité, c’est pour déjà remercier mais aussi dire n’abandonnons pas nos efforts. Nous avons réussi à améliorer la situation ici à Busuma en termes d’accès à l’eau par exemple, en termes de réduction de la malnutrition. Mais, il s’agit d’une situation très fragile qui demande une mobilisation constante de la communauté internationale.
Donc, mon appel est : n’oubliez pas les réfugiés, n’oubliez pas de les assister, aidez-les à retrouver leur pleine dignité, aidez-les également à sortir de cette spirale de l’assistance en leur offrant l’opportunité de subvenir eux-mêmes à leurs besoins, de retrouver la voie du travail !
Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze
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