Tout comme la plupart de ses prédécesseurs, l’actuel rapporteur spécial sur la situation des droits de l’Homme au Burundi, – qui vient de voir son mandat renouvelé – n’a jamais eu la chance ou l’aval de mener ses enquêtes en rapport avec différentes allégations de violation des droits humains, sur terrain au Burundi.
Mais le désamour, suivi du divorce, s’est amplifié après la crise de 2015 où des manifestations pro-gouvernementales ont été organisées devant le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme pour protester contre un rapport accablant de l’ONU sur les violations des droits humains.
C’était presque une guerre d’usure où des manifestants, très obéissants, sont allés jusqu’à pleurer, sur commande, devant les bureaux de l’OHCDH. Harcelé, ce bureau a dû fermer définitivement le 28 février 2019 après plusieurs mois de paralysie, sur demande du gouvernement burundais arguant que la situation des droits de l’Homme s’est nettement améliorée. Plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme disaient le contraire.
Et c’est à partir de cette époque que tout a basculé. Tout rapport sur les droits de l’Homme était systématiquement rejeté et c’était le même traitement pour tout émissaire onusien dûment mandaté pour enquêter au Burundi, un refus aux relents d’aveu de culpabilité.
Mû par un esprit patriotique à la limite du fanatisme, revendiquant à tue-tête sa souveraineté, animé par un nationalisme frôlant le chauvinisme, le Burundi a depuis lors dit non à tout ’’donneur de leçons en matière de droits de l’Homme’’, pas question de fouler le sol burundais et commencer à fouiner.
« Si des améliorations en matière des droits humains ont été faites, autant laisser le rapporteur spécial venir le constater et faire un rapport qui ne sera pas rejeté avec dédain, contesté de la première lettre jusqu’à la dernière », défie un analyste.
Une autre observation : Si Gitega avance comme argument qu’il y a des institutions au pays chargées des droits de l’Homme, si elles sont professionnelles, si elles ne présentent aucune fissure, s’il n’y a pas de luttes internes, si elles ne sont pas politisées ou éclaboussées par quelques scandales, fermant les yeux pour certains impairs qui crèvent les yeux, si elles sont ’’clean’’, il faut alors laisser le rapporteur spécial la chance de pouvoir visiter le Burundi pour un échange d’expérience avec ces organes.
Et pourquoi ne pas enfiler le gilet estampillé ’’Observateur électoral’’ pour voir si le jeu n’est pas faussé d’avance, si les élections qui approchent à grand pas sont crédibles, pacifiques, inclusives, transparentes, compétitives, impartiales avec une CENI indépendante et un fichier électoral fiable.
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