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Les enfants en situation de rue toujours très nombreux

Quatre ans après le lancement par le gouvernement du programme « zéro enfants en situation de rue, zéro sans abris et zéro mendiants », le phénomène reste préoccupant. À Bujumbura comme dans d’autres villes du pays, des milliers d’enfants continuent de passer leurs nuits dehors et leurs journées à mendier. Entre précarité des ménages, prise en charge limitée et retours dans la rue, leur réinsertion reste un défi.

Dans la ville de Bujumbura et ailleurs dans les autres villes du pays, la recrudescence des enfants en situation de rue inquiète. Dans tous les coins de rue, ils sont nombreux à se déplacer en groupes, en train de mendier pour avoir de quoi mettre sous la dent.

Pendant la nuit, alors que les autres sont dans leurs ménages, la majorité d’entre eux s’abritent sous les ponts, notamment sous le pont situé sur le boulevard de l’Uprona, ou près du Palais des arts en plein centre-ville de Bujumbura. Comme ils n’ont pas d’endroit où se soulager, ces lieux sont également devenus leurs toilettes. Et quand on y passe, on est accueilli par des odeurs nauséabondes. La pauvreté accrue dans les ménages constitue le dénominateur commun de leur malheur.

Chaque matin, dès 6 h, Déos Mugisha se lève pour commencer sa journée. Le 29 septembre 2026, il fait partie d’un groupe d’enfants qui se préparent à quitter les abords du Palais des arts où ils passent la nuit à même la rue.

Âgé de 12 ans, ce gamin en situation de rue explique avoir quitté sa mère, qui l’élève seule à Buterere, dans la commune Ntahangwa, à cause de la pauvreté. « À la maison, je ne mangeais pas à ma faim. J’ai donc décidé de venir ici pour mendier afin d’avoir de quoi manger et de l’argent ». Il passe donc ses journées à mendier.

« Ça fait plusieurs mois que je vis dans la rue. Je n’ai que ma mère et nous sommes une fratrie de cinq enfants. Je suis l’aîné. J’ai étudié jusqu’en première année primaire. Mais , à cause de la dégradation de nos conditions de vie, j’ai arrêté », témoigne un autre enfant âgé de moins de 10 ans.

Et pourtant, …

En 2022, le gouvernement, à travers le ministère de la Justice, des Droits de la personne humaine et du Genre, avait cependant lancé « Le programme zéro enfants en situation de rue, zéro sans abris et zéro mendiants », avec l’ambition d’éradiquer une fois pour toutes ce phénomène.

Quatre ans plus tard, le constat reste préoccupant. Les enfants en situation de rue sont toujours nombreux. Plus de « 7 000 enfants » vivent actuellement dans la rue et se livrent à la mendicité, a annoncé Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique.

C’était lors d’une émission publique organisée le mardi 29 septembre 2026 à Ngozi, dans la province de Butanyerera. Pour lui, la situation constitue un « fardeau collectif » qui ne peut pas être résolu par le seul gouvernement. « C’est notre responsabilité à nous tous ».

Toutefois, il assure que son ministère poursuit les opérations de regroupement des enfants afin de les orienter vers des centres de transition comme celui de la province de Buhumuza, en commune Mishiha. Mais, sur le terrain, le défi reste de taille : certains enfants retournent rapidement dans la rue après leur prise en charge. « La majorité de ceux qui y sont logés finissent par regagner la rue ».

La difficile réinsertion

Le centre d’encadrement et de réinsertion Enfant soleil est l’un des centres de transition des enfants en situation de rue et de mendicité. Situé dans le quartier Jabe, en commune Mukaza, ce centre est aujourd’hui en pleine capacité. « Nous avons actuellement 102 enfants alors que la capacité d’accueil est de 100 », a déclaré un des responsables du centre.

A l’intérieur, les enfants y sont enfermés sans avoir la liberté de sortir à l’extérieur, en attendant leur départ vers le centre de Munzenze, dans la province de Buhumuza. Chaque mouvement est surveillé par les encadreurs qu’il est presque impossible de discuter avec les pensionnaires.

Les plus jeunes jouent entre eux dans la cour en attendant le repas de la journée. « Ils mangent deux fois par jour », assure l’un des responsables, ajoutant qu’ils font tout selon les moyens à leur disposition.

Il fait savoir que le centre prévoit de les réinsérer dans les écoles pendant cette période de la rentrée scolaire. Il indique en effet que peu d’entre eux ont pu rejoindre le banc de l’école. Qui plus est, le centre entend collaborer avec le Programme d’autonomisation et d’emploi des jeunes (PAEEJ) pour former ces enfants défavorisés dans de petits métiers qui peuvent les aider à s’en sortir économiquement.

Réactions

Ferdinand Simbaruhije : « Les centres ne sont pas vraiment bien dotés de tout ce dont l’enfant a besoin »

« Le programme zéro enfants en situation de rue, zéro sans abris et zéro mendiants n’a pas permis d’endiguer durablement le phénomène. Au contraire, le constat est alarmant », a affirmé le porte-parole et chargé du plaidoyer au sein de la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi ( Fenadeb).

Les opérations de retrait sont régulièrement suivies de retours dans la rue. « À chaque fois qu’il y a un retrait, les enfants sont placés quelque part dans un centre de transit. Mais, quelques jours après, disons même le lendemain, il y a des enfants qui retournent ».

Le problème réside principalement dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de prévention du phénomène des enfants en situation de rue et de leur réintégration communautaire adoptée en 2021. Elle prévoit différentes actions avant, pendant et après le retrait des enfants, avec l’implication de plusieurs parties prenantes. Or, selon lui, toutes les mesures prévues ne sont pas systématiquement appliquées. « On a une stratégie qui est là, mais il y a des lacunes au niveau de sa mise en œuvre ».

Il trouve que la précarité des ménages qui pousse certains enfants vers la rue n’explique pas à elle seule le phénomène. M. Simbananiye distingue plusieurs catégories. Certains enfants se rendent dans la rue pour mendier et subvenir à leurs besoins parfois encadrés par leurs mères ou de leurs grand-mères. D’autres y trouvent refuge pour fuir des conflits ou un environnement familial qu’ils jugent défavorable. Il y a également ceux qui s’y cachent après avoir commis des délits ainsi que des enfants nés et ayant grandi dans la rue.

Pour lui, l’enjeu dépasse donc le simple retrait des enfants. Les centres de transit devraient disposer des moyens nécessaires pour assurer leur prise en charge tandis que leur réintégration doit être accompagnée d’un suivi adapté. « Les centres ne sont pas vraiment bien dotés de tout ce dont l’enfant a besoin pour bien y vivre ».

La Fenadeb plaide ainsi pour une action conjointe entre les services de l’État, les organisations de la société civile et les partenaires techniques. Elle recommande également, si cela est possible, la réintégration familiale accompagnée d’un suivi psychosocial adapté.

Pour les enfants qui ne peuvent pas retourner dans leurs familles, elle préconise des programmes d’insertion socio-économique comprenant l’accès à l’éducation, à la formation professionnelle et aux activités génératrices de revenus.

L’organisation insiste enfin sur la nécessité de renforcer la coordination entre les différents acteurs et de mettre effectivement en œuvre les stratégies nationales de protection de l’enfance. « L’existence de ces outils constitue déjà une base. Mais, leur application concrète reste déterminante pour espérer réduire durablement le phénomène ».

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