Tout a commencé quand ces policiers ont intimé l’ordre à tous les occupants du bus desservant Ruziba au sud de la ville de Bujumbura de sortir. Ce journaliste avait dû batailler comme tout le monde pour avoir une place.
Il y a eu quelques protestations et tous les passagers se sont exécutés après avoir reçu des coups de gros câbles électriques, sans exception. Ce journaliste en a reçu au niveau de la nuque après avoir décliné son identité, montré sa carte de presse et demandé à ces policiers déchaînés de le laisser dans le bus, leur expliquant qu’il était exténué. Tout a commencé quand il a osé dénoncer cette brutalité.
Alexis Ndayisenga raconte son calvaire : « Après avoir présenté le journal, je suis allé directement au parking des bus. Des hommes qui se disent chargés de la sécurité de ce parking étaient en train d’extorquer de l’argent aux gens comme d’habitude ».
Avec toute la fatigue, après une longue journée de dur labeur, poursuit-il, j’ai fait la queue comme tout honnête citoyen. « Quand le bus est arrivé, j’ai eu la chance de m’y engouffrer parmi les premiers passagers mais un officier en civil avec ses deux agents de transmission ont fait sortir tout le monde du bus à coups de câbles électriques et de bâtons, ces passagers ont commencé par résister et à crier mais ils ont été débarqués ».
Sa demande de rester dans le bus a été rejetée après avoir montré sa carte de presse : « Comme il continuait à administrer des coups, je leur ai dit que cette violence ne menait à rien. » Ironie du sort le slogan de sa RT Isanganiro appelle les gens à privilégier le dialogue plutôt que la violence. « Ils n’ont voulu rien entendre, ils m’ont vite demandé de les suivre à l’intérieur des ruines de l’ancien marché centrale de Bujumbura où se trouve un poste de police, j’ai continué à leur dire que la brutalité n’est pas une solution ».
A ces mots, raconte ce journaliste, j’ai reçu un coup de pied et ils m’ont ordonné de me mettre à plat ventre, j’ai tenté résister mais les premiers coups de leurs câbles pleuvaient déjà. « Cette torture a duré plus d’une demi-heure et j’ai crié et je me tordais de douleur mais les coups sur mon postérieur n’ont pas cessé. N’en pouvant plus j’ai fait le mort ».
« Quand ces policiers ont réalisé qu’ils sont allés loin, ils ont paniqué »
Il poursuit son récit : « Mais un autre policier que je croyais plus sage est venu en disant que mes ’’fesses étaient une propriété de l’Etat’’, – des termes utilisés un jour par une haute autorité pour justifier la bastonnade comme punition -, et il m’a lui aussi roué de coups. Je n’ai eu de répit que quand un autre policier, plus sensé et sage leur a dit que s’ils voulaient me tuer, ils n’avaient qu’à m’emmener à leur poste. Ils ont paniqué et ont voulu même s’en aller mais il leur a dit de m’emmener avec eux ».
Quand l’officier responsable de ce drame est venu me voir, raconte Alexis Ndayisenga, il a voulu s’excuser arguant que c’est la faute à ses agents qui n’ont pas eu de formation adéquate et qu’il leur arrivait même de soutirer de l’argent aux gens appréhendés. « Il m’a dit qu’il habitait au nord de la ville de Bujumbura et il m’a laissé là. Je tenais debout à peine et je ne pouvais non plus m’asseoir. J’ai pris deux taxis pour arriver chez moi après avoir acheté quelques antidouleurs et c’est ma femme qui s’est occupée des premiers soins ».
« Que justice soit faite »
Une dizaine de journalistes dont le directeur de la Radio-Télévision Isanganiro et le chef des programmes de l’ONG La Benevolencija d’appui aux médias, sont allés à son chevet. Ce journaliste tabassé tenait à peine débout et se tordait de douleur quand il s’asseyait. Il y avait des larmes dans sa voix.
Le directeur d’Isanganiro, Charles Makoto s’est dit consterné : « C’est dommage, sur nos cartes de presse, il est demandé à toute autorité administrative et policière ou de protéger son détenteur mais ce sont ces derniers qui se sont mis à violer cette requête en brutalisant notre confrère ».
La Radio-Télévision Isanganiro condamne sans réserve toute forme d’intimidation, de violence et de traitement inhumain et humiliant à l’encontre des journalistes.
« Nous demandons que des enquêtes soient menées afin que le responsable de ce traitement humiliant soit poursuivi et soit traduit devant la justice et puni conformément à la loi afin de décourager de tels agissements. Nous vivons déjà une situation complexe et compliquée, il ne faut pas en rajouter », a-t-il fait savoir.
Selon lui, l’acte posé par ces policiers n’honore pas leur institution. « Nous demandons que des mesures soient prises à l’encontre de ces policiers et surtout de cet officier qui a commandité cette violence envers notre collègue », a-t-il demandé.
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