N. P., parent de deux enfants habitant la colline Rwamvura de la zone Kigamba , explique que la pauvreté et l’absence de terres à cultiver compliquent l’alimentation de sa famille. À cela s’ajoutent les dépenses scolaires, notamment l’achat des uniformes et les chaussures exigées dans certaines écoles.
Barnabé Ngendakumana de la même localité doit lui aussi composer avec ces dépenses. Son enfant, actuellement en 8ᵉ année, a été renvoyé de l’école faute de chaussures adaptées. « Mon enfant s’est présenté à l’école et on lui a dit de revenir avec des chaussures qui couvrent les pieds. Je m’étais débrouillé pour lui acheter des babouches. »
L’année précédente, alors que son enfant était en 7ᵉ année, il avait pu trouver les moyens de lui acheter une seule paire d’uniforme. Cette année, il se retrouve face à une nouvelle dépense qu’il dit ne pas pouvoir garantir. « Je ne vais pas pouvoir lui trouver une autre paire d’uniforme en plus de ces chaussures. »
Il parle d’autres diverses contributions exigées par certaines écoles, en plus du minerval. « J’avais un garçon qui est arrivé en 10ᵉ année. Mais, à cause de la pauvreté, il a fini par abandonner l’école et il s’est marié. »
D’autres facteurs freinent la scolarisation des enfants batwa
Pour Jeanine Mukeshimana, mère de cinq enfants, les difficultés ont commencé avant même la rentrée. Du matériel scolaire devait être distribué aux enfants, mais elle affirme que chacun n’a finalement reçu que deux cahiers. « Les enfants sont venus me dire que pour un enfant de la première année fondamentale, il faut apporter quatre cahiers en plus des uniformes. »
Emelancie Mukunzimana, connaît une situation similaire. Sur ses cinq enfants, seuls deux fréquentent encore l’école. Les autres ont abandonné en 4ᵉ et en 5ᵉ années parce que la famille manquait de nourriture et de matériel scolaire.
Même si les enfants bénéficient de la cantine scolaire, certaines dépenses restent à la charge des familles. Elle cite notamment les contributions destinées à acheter des condiments comme les oignons et le sel.
Pour les filles, une autre difficulté s’ajoute lorsqu’arrivent les menstruations : l’accès aux serviettes hygiéniques. « La plupart utilisent des morceaux de pagne. Lorsque leurs règles arrivent à l’école et qu’elles n’ont pas d’autre solution, elles finissent par abandonner. »
Elle appelle les personnes de bonne volonté à soutenir les familles batwa, notamment en fournissant du matériel scolaire et en répondant aux besoins spécifiques des filles afin qu’elles puissent rester à l’école.
« Certains enfants n’ont pas encore suffisamment intégré la culture scolaire »
Gérard Sindayihebura, conseiller au département Genre de la commune Ruyigi, reconnaît que la pauvreté au sein de la communauté batwa est une réalité connue. Certaines familles viennent d’ailleurs leur faire part directement de leurs difficultés.
Il constate que le nombre d’élèves issus de cette communauté diminue au fil des années scolaires. Selon lui, cela veut dire que même si la pauvreté fait partie des causes de ces abandons, certains enfants n’ont pas encore suffisamment intégré la culture scolaire dans leur milieu familial.
Il fait savoir que la commune collabore avec les directeurs communaux de l’Éducation (DCE) pour orienter les familles qui demandent du matériel scolaire. Cette année, quelques cahiers ont été remis par des députés élus à Ruyigi. « Ils étaient destinés aux enfants issus de familles indigentes sans distinction de communauté. »
Selon lui, les DCE rappellent toujours que les membres de la communauté batwa sont des personnes comme les autres et qu’ils doivent travailler afin de subvenir aux besoins de leurs enfants.
Des promesses encore à concrétiser
Selon Emmanuel Nengo, représentant légal de l’Uniproba (Unissons-nous pour la promotion des Batwa), la rentrée scolaire des enfants issus de la communauté batwa reste marquée par les mêmes difficultés.

L’Uniproba a effectué des descentes sur le terrain et échangé avec les directeurs provinciaux et communaux de l’Education sur la situation scolaire des enfants batwa. Selon lui, ces échanges ont révélé un taux d’abandon élevé à partir de la 6ᵉ année fondamentale. Le manque de matériel scolaire figure parmi les principales causes. Il estime également que certains parents et enfants ne perçoivent pas encore suffisamment l’importance de la scolarisation.
L’obligation du port de chaussures constitue également une difficulté pour certaines familles. Il reconnaît que cette pratique est une bonne chose mais il estime qu’il faut tenir compte des conditions de vie de ces familles. « C’est déjà difficile de trouver des cahiers. Comment un parent pourra-t-il trouver 50 000 FBu pour acheter des chaussures et des chaussettes ? ».
Il salue néanmoins l’attitude de certains directeurs qui ne renvoient pas immédiatement les élèves qui ne disposent pas de chaussures mais qui leur accordent plutôt du temps pour régulariser leur situation.
Il salue également la décision annoncée par le président de la République le 18 août 2023 en faveur de l’éducation des enfants batwa. Une correspondance du ministère ayant l’éducation dans ses attributions, adressée aux DPE le 22 décembre 2023, demandait notamment de ne pas imposer à ces enfants des frais susceptibles d’entraver leur scolarisation ainsi que de permettre aux lauréats de la 9ᵉ année fondamentale de poursuivre gratuitement leurs études dans des établissements à régime d’internat.
Toutefois, les lauréats batwa de la 9ᵉ année n’ont pas pu disposer cette année de moyens nécessaires pour poursuivre leurs études post-fondamentales. Il précise qu’ils continuent de saisir les autorités compétentes car, certains élèves restent encore à la maison.
M. Nengo appelle les autorités à mettre en œuvre la décision relative à l’octroi de terres à la communauté batwa. Il estime que le manque de terres à cultiver contribue à maintenir ces familles dans la pauvreté et limite leur capacité à subvenir à leurs besoins, notamment à prendre en charge la scolarisation de leurs enfants.
Pour cette année scolaire, 102 garçons et 106 filles issus de la communauté batwa ont été orientés vers différents établissements à régime d’internat.
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