Le rideau est tombé.
Non avec fracas, mais avec ce silence lourd qui précède les deuils.
Et il est tombé trop tôt.
Aigle Noir Sport Club.
La fierté noire et blanche de Makamba.
Une bannière dressée contre le vent, abattue dès le premier tour préliminaire de la Ligue des Champions.
Pas de drame. Pas de coup de théâtre. Seulement la froideur d’une loi implacable : en face, il y avait plus grand, plus ancien, plus affamé.
Des mois de sueur. Des nuits sans sommeil. Des prières murmurées dans les vestiaires… réduites à poussière en 180 minutes.
Et tout le sud s’est tu. Makamba a baissé les yeux.
Vingt-quatre heures plus tard, le glas a sonné une seconde fois.
Rukinzo FC. Le club qui porte l’uniforme de la Police Nationale du Burundi.
Lui aussi, fauché à l’aube de la Coupe de la Confédération.
Même blessure. Même regard vide. Même odeur de regrets dans les couloirs.
Deux ambitions. Deux symboles. Deux cœurs arrachés en un battement.
L’Aigle des collines. Le Bouclier de la nation.
Terrassés. Coup sur coup.
Deux rêves burundais dissous, comme du sel, dans l’amertume des pelouses africaines.
Que dire, sinon que l’espoir est une bougie ?
Qu’un souffle suffit à l’éteindre.
Que nos couleurs, hissées si haut dans nos poitrines, se sont brisées contre le granit de la compétition continentale.
L’écart n’était pas un secret. Il n’a pas fait l’ombre d’un doute. Et nous l’avons regardé en face.
La défaite a le goût du fer. Mais elle n’efface pas la gloire d’avoir marché.
Car il faut une audace folle pour quitter son nid.
Il faut une foi têtue pour croire qu’un fils de Makamba, qu’un fils de Bujumbura, peut défier les géants.
Et dans cette chute, il y a une beauté tragique.
Celle d’avoir porté le nom du Burundi au-delà du lac, au-delà des frontières.
Celle d’avoir fait trembler des murs à Makamba, à Gitega, à Ngozi.
Dans chaque ruelle, un enfant aux pieds nus pousse un ballon crevé et jure : « un jour, mon nom fera trembler un stade ».
Ils sont tombés. Mais ils ont semé.
Et maintenant ?
Il ne reste plus que le vol.
Il ne reste plus que les Hirondelles.
Dans quelques jours, elles fendront le ciel.
D’abord à Lomé. Face au Togo . Sur une terre « inhospitalière », où l’air est épais de chants hostiles et où chaque pas coûte du sang.
Puis le retour. Le grand retour.
Sous la coupole d’Intwari. Face à l’Algérie .
Ce colosse. Cette légende aux ailes d’airain. Ce pays où le football coule dans les veines comme du vin sacré.
Ce sera une double épreuve. Une double messe.
Un exil, puis un jugement.
Ce sera le cri ou le silence éternel.
L’instant suspendu où tout un peuple retient son souffle, serre son drapeau contre son cœur, et remet son honneur entre les mains de onze hommes vêtus de grenat.
Alors n’éteignez pas les chants.
Ne pliez pas les drapeaux.
L’Aigle est tombé. Rukinzo est tombé.
Mais l’Hirondelle ne connaît pas la tombe.
Elle naît des cendres. Elle traverse les tempêtes. Elle revient toujours au nid.
Car le football n’est pas une litanie d’adieux.
C’est l’éternelle promesse des résurrections.
Et tant qu’une Hirondelle fendra le ciel du Burundi, l’espoir, lui, ne mourra jamais.
Allez les Hirondelles.
Pour les âmes tombées. Pour les vivants. Pour ceux qui croient encore
Par Patrick Sota
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