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Chronique sur les messages de haine : Les médias, une arme à double tranchant

Sur la colline Ngara, en commune Mwaro, les témoignages des habitants traduisent une même préoccupation : dans une société marquée par les blessures du passé, les mots peuvent soit rapprocher les communautés, soit raviver les divisions. Ils considèrent qu’un média qui propage les messages de haine n’a pas de place.

Les années 1990 ont laissé une mémoire médiatique douloureuse au Burundi et dans la région des Grands lacs. Certains médias ont été utilisés comme des instruments de division et de propagation de la haine ethnique, régionale, religieuse ou inter-états.

Cette mémoire impose donc une vigilance particulière. Un message médiatique qui utilise des termes qui rappellent les oppositions du passé, désigne une communauté comme responsable des malheurs d’une autre ou nourrit la peur et la suspicion, peut réveiller des « démons » endormis.

Sur la colline Ngara, les habitants restent préoccupés par les conséquences que peuvent avoir les messages de haine diffusés dans les médias. Eric Sindayigaya, un habitant, rappelle les douloureux souvenirs des années 1990 lorsque certains groupes étaient désignés par des termes déshumanisants comme « vautour » (Ikinyamwanira) ou « serpent ». Pour lui, « ce genre de messages sèment la haine et la discorde dans la société » et « les conséquences ont été désastreuses au regard des massacres qui s’en sont suivis ».

Salvator Kayibigi estime que les médias peuvent relayer des discours politiques. Il évoque notamment le rôle négatif du journal Nyabusorongo au Burundi en 1993 ainsi que celui de la Radio Mille Collines au Rwanda avant le génocide de 1994.

Pour Serges Gahungu, la responsabilité est grande car « un média atteint un grand nombre de gens. On doit faire attention pour éviter des violences ». Il propose de sanctionner sévèrement tout média qui se livre à la propagation des messages de haine et de traduire en justice son responsable.

Les habitants s’inquiètent aussi de la circulation de tels messages sur les réseaux sociaux. Gabriel Ndikuriyo prévient que le risque des divisions et des guerres est bien réel.

Selon Ferdinand Ndayizeye, chef adjoint de la colline Ngara, certains médias ont contribué à alimenter la méfiance et les divisions en 2015. Il appelle les médias à renforcer la cohésion. « Les médias doivent diffuser des messages de paix et d’unité. Ceux qui dérapent doivent être sanctionnés ».

« Une question profondément humaine »

Selon abbé Lambert Riyazimana, enseignant d’Université et responsable des services d’information et de communication dans le diocèse de Ngozi, dans une société qui porte encore les cicatrices de son histoire, une parole n’est jamais simplement une parole. Elle peut rassurer, rapprocher et reconstruire. Mais, elle peut aussi réveiller des peurs anciennes, raviver des blessures et, parfois, pousser des communautés à se regarder à nouveau avec méfiance.

Pour lui, la radio, la télévision, la presse écrite et désormais les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de transmission de l’information. Ils participent à la construction de l’imaginaire collectif.

Il rappelle que la liberté d’expression ne signifie pas le droit de tout dire. « Elle ne donne pas le droit d’humilier une personne, de stigmatiser une communauté ou de diffuser volontairement des informations susceptibles de provoquer la haine et la division. »

Au fond, dit-il, la lutte contre les messages de haine n’est pas seulement une question de règlements, de chartes ou de techniques journalistiques. Elle est aussi une question profondément humaine. Derrière chaque mot diffusé à la radio, à la télévision ou sur un téléphone, il y a des familles qui peuvent avoir peur, des voisins qui peuvent se méfier les uns les autres.

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