Il est des rendez-vous que le football ne doit qu’à la mémoire.
Il est des fantômes qui ressurgissent, douze ans plus tard, au détour d’un tirage, pour réclamer leur dû.
Le 25 septembre 2026. Première journée des éliminatoires de la CAN 2027.
Au stade, les projecteurs. Sur la pelouse, le serment.
Face à face : les Hirondelles du Burundi, menées par Patrick Sangwa.
Face à elles : les Éperviers du Togo, conduits par Patrice Neveu. Match prévu en terre togolaise. Manche aller.
Un nom. Une cicatrice. Une revanche en gestation.
Retour à Polokwane. 18 janvier 2014.
L’Afrique du Sud. Le CHAN. Deuxième journée du groupe.
Dans le coin des bancs, deux hommes qui ne se connaissaient pas encore comme des rivaux :
D’un côté, Lotfy Naseem — que certains écrivaient Mohamed Lofty — l’Égyptien au regard de tacticien.
De l’autre, Patrice Neveu, déjà voyageur des terrains africains.
Le match n’eut pas que l’apparence d’une rencontre de poules. Il fut un drame en trois actes.
Acte I : La gifle.
À la 2e minute à peine, Ely Cheikh Ould Voulani transperce la défense burundaise.
1-0 pour la Mauritanie. Les Mourabitounes croient déjà tenir leur destin.
Acte II : La réponse.
À la 24e, Fiston Abdularazak surgit. Sobre, implacable.
1-1. Les Hirondelles refusaient de choir.
Acte III : La sentence.
Puis vint le temps additionnel. Et avec lui, l’inimaginable.
À 30 mètres, Ndikumana Yamin Selemani arma son pied.
Un tir fumant, foudroyant, qui fendit l’air comme un javelot et alla se loger, sans appel, dans la lucarne du portier mauritanien.
3-2. Délire. Exultation.
La Mauritanie de Neveu fut expédiée hors du tournoi avant même la dernière journée. Élimination. Silence.
Ce soir-là à Polokwane, le Burundi n’avait pas seulement gagné trois points. Il avait gravé une sentence.
2026 : Le cercle se referme
Douze ans. Une éternité.
Neveu n’est plus en Mauritanie. Il est désormais à la tête des Éperviers. Sage, expérimenté, rompu aux joutes.
En face, ce n’est plus Lotfy Naseem. C’est Patrick Sangwa. Le chef d’orchestre des Hirondelles.
La compétition a changé : ce n’est plus le CHAN, c’est la CAN 2027. L’enjeu s’est mué en cathédrale.
Mais la dramaturgie, elle, demeure.
Alors, que nous réserve ce Neveu vs Sangwa ?
Le Burundi possède-t-il encore cette insolence conquérante qui, en 2014, renversa un match et un destin ?
A-t-il dans ses rangs les ciseleurs d’exploits capables de faire vaciller le Togo ?
On pense à Yussuf Ndayishimiye, roc et clairvoyance.
À Girumugisha Jean-Claude, la vivacité qui affole.
À Jordi Liongola, l’élégance et le venin.
Et à tous leurs frères d’armes, porteurs de ce maillot qui ne demande qu’à redevenir étendard.
Vont-ils nous faire revivre la fulgurance de Polokwane ?
Vont-ils, d’un tir lointain ou d’une offensive ciselée, rappeler à l’Afrique que les Hirondelles ne migrent jamais sans tempête ?
Ce choc n’est pas un simple match d’ouverture.
C’est un palimpseste. On y relit 2014 sous l’encre de 2026.
C’est un duel de stratèges, un affrontement de mémoires, une joute où chaque ballon portera le poids des douze années écoulées.
Le 25 septembre, le football va parler.
Et si l’histoire bégaie, gageons qu’elle le fera avec l’accent du Burundi.
Pour les Hirondelles.
Douze ans après Polokwane, il est temps de reprendre l’envol.
Patrick Sota
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