Du haut de son expérience, il mène le tempo avec une maestria qui confine à l’art. Véritable démiurge du milieu de terrain, il est doté d’une intelligence tactique abyssale et d’une efficacité implacable.
Ses passes ? Des arabesques. Des fulgurances de créativité, ciselées au millimètre, distillées avec une précision chirurgicale.
Ses coups francs ? Des sonnets. Ils ressuscitent l’ombre tutélaire de Malick Jabir, cette gloire mémorable de Vital’O dont le souvenir hante encore les filets.
Il est la pièce maîtresse, le pivot, l’architecte. Un joueur dont l’allure et la science feraient pâlir d’envie les rangs mêmes des Hirondelles.
L’odyssée d’un enfant prodige
En 2004, à 17 ans à peine, il quitte Vital’O. Adolescent déjà, il flamboie chez les Intamba U17. Feu follet, brillant, solaire, il embrase tout sur son passage.
L’Europe l’appelle. Il répond.
Aux Pays-Bas, sous les couleurs de NEC Nimègue, il grave son nom dans le marbre. Son empreinte y est si indélébile qu’aujourd’hui encore, lors des jubilés du club batave, Saïdo est convié à la table d’honneur. Une consécration.
Puis ce fut la Pologne. Cracovia Kraków. Nouvelle terre, nouvelle démonstration. Prestation superbe, autorité tranquille.
Inassouvie, sa soif de conquête le porta en France. À Caen, en Ligue 1. Il devint ainsi le premier footballeur burundais à fouler la pelouse de l’un des Big Five européens . Un pionnier. Un précurseur.
Que Yussuf Ndayishimiye lui ait emboîté le pas à Nice n’est que le fruit de cette émulation, de cet héritage. Le dauphin voue au grand-frère un respect filial, presque sacré.
Le conquérant de l’Afrique de l’Est
L’Afrique n’était pas en reste. Après avoir dompté l’Europe, Saïdo s’en fut dominer l’Est.
En Tanzanie, il fit les beaux jours de Simba SC et de Young Africans. Élu meilleur joueur, parfois meilleur buteur, il y régna avec la bénédiction unanime des coéquipiers, du staff technique et des dirigeants.
Le général mauve et blanc
Aujourd’hui de retour au bercail, discipliné, ascète du travail, acharné et assidu, il commande la baraque des Mauves et Blancs.
Il évolue aux côtés de gamins qui auraient pu être ses fils. Et pourtant, c’est lui qui donne les ordres. C’est lui qui déploie les troupes, qui orchestre la manœuvre, qui place, qui aligne, qui guide. Sa voix porte, ses directives claquent comme des injonctions sur le pré.
Au sein de Vital’O, il tient encore les 90 minutes avec une autorité intacte, inaltérable, souveraine. Chaque ballon passe par lui. Chaque mouvement naît de sa vision. Il ne subit pas le match, il le dirige.
N’est-ce pas la raison pour laquelle Patrick Sangwa, le sélectionneur national, estime qu’il a encore un rôle à jouer chez les Hirondelles ?
Convoqué lors de la double joute face au Tchad, qui oserait jurer que nous ne le reverrons pas en septembre face au Togo et à l’Algérie ?
Et c’est précisément sous le maillot national que Saïdo revêt ce rôle de finisseur d’exception : celui de surgir dans les 20 dernières minutes, quand l’adversaire, exténué, baisse la garde. Et qui, d’un éclair, d’un coup de patte, peut sceller le sort du match.
Patrick Sota
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