Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3663 jours. Nous ne l'oublions pas.

Très bel hommage du Sélectionneur du Burundi Sangwa Patrick à la mémoire du Coach Kanyankore Gilbert Yaoundé :

À mon grand frère, Jean Gilbert Kanyakore Je me souviens de toi comme si c'était hier. À mes 10 ou 12 ans, lorsque j'avais commencé à entraîner les jeunes et mes collègues de Ngagara (Q4), je te connaissais comme l'image de Vital'O. Pourtant, à cette époque, tu n'étais qu'entraîneur adjoint, au service des autres entraîneurs. Mais tu étais déjà là, fidèle serviteur de ce club.

Puis est arrivée l’époque Cherradi. Toi, toujours fidèle à ton poste d’entraîneur adjoint, avec les entraînements à l’école Saint-Albert. C’est à cette période que j’ai appris que tu étais professeur et que tu habitais dans le quartier.

Tu étais mon modèle : un fidèle serviteur qui n’avait pas besoin qu’on le mette en avant. Toujours discret, doté d’un calme olympien, avec ce petit sourire qui suffisait à apaiser les tensions. Je ne t’ai jamais vu t’énerver. D’ailleurs, je cherche encore quelqu’un qui pourrait me dire le contraire.

Après Cherradi, ce fut ton tour. Après des années d’apprentissage, quelle carrière ! Des titres glanés année après année, avec la même humilité et la même fidélité.

Puis nous avons appris à mieux nous connaître lorsque des joueurs comme Blaise Karorero et Mateso Philippe ont rejoint Vital’O après plusieurs années passées avec moi. À cette époque, tu as eu des mots justes, bienveillants et protecteurs à mon égard. Je ne les ai jamais oubliés.

Puis est venu le temps où nous sommes devenus adversaires. Toi, toujours fidèle à Vital’O ; moi, d’abord avec Espoir-Flamengo, ensuite Rumuri FC, puis Athletico Olympic.

Je n’oublierai jamais notre dernier duel : Athletico Olympic – Vital’O (2-2). Toute la seconde période fut une domination totale d’Athletico. À la fin du match, tu es venu me féliciter. Toi, le grand Yaoundé, plusieurs fois champion ou vice-champion du Burundi, tu m’avais dit avoir été impressionné par les courses de mes attaquants, qui avaient mis à mal ta défense.

Si seulement ton héritage auprès de la nouvelle génération des entraîneurs burundais pouvait être cette simplicité, ou plutôt cette profonde humanité : savoir trouver les mots justes, sincères et respectueux envers ses collègues, reconnaître le travail de l’autre, transmettre sans chercher la lumière et toujours placer l’homme avant le résultat. Le football burundais s’en porterait tellement mieux.

Je me rappelle également avoir été choisi à la place d’Ali Morki pour reprendre le club d’Athletico. Malgré cette situation, j’avais tenu à préserver notre relation et, surtout, à échanger avec lui avant ma prise officielle de fonction.

C’était ma manière de faire, celle que tu avais toujours défendue : le respect des hommes avant tout.

En l’an 2000, j’ai quitté le Burundi pour l’Occident. Nous sommes restés longtemps en contact.

Puis est venu le moment où j’hésitais à rentrer au Burundi. Tu m’avais alors gentiment conseillé de continuer à me former, car ce n’était pas encore le bon moment. Tu m’avais dit : « Le moment arrivera, et tu le sauras. »

Tu avais raison.

Le moment est effectivement arrivé lorsque je m’y attendais le moins. Malheureusement, tu étais déjà malade. Lors de notre dernière rencontre, tu m’avais à peine reconnu. J’en garde encore les larmes aux yeux.

Je te dis simplement au revoir, car je suis certain que nous nous reverrons un jour pour continuer à parler du football burundais. Même après ton départ vers l’autre monde, tes paroles résonnent encore en moi et continueront de m’accompagner.

Merci pour tout, mon grand frère du quartier, mon grand frère du monde des entraîneurs. Je ne garde de toi que du positif.
Ce que j’écris aujourd’hui n’est pas parce que tu n’es plus là. Je te l’aurais dit de ton vivant, car c’est exactement ce que j’ai toujours pensé de toi.

Au revoir, frérot. Repose en paix.  »

Sangwa Patrick

 

 

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