Daphrose Ndacayisaba, 46 ans, est à la tête de la zone Busiga en commune Ngozi de la province de Butanyerera depuis le 30 août 2025. Elle se dit déterminée à promouvoir le leadership féminin. « Vraiment, j’ai été très contente quand j’ai été choisie à la tête de cette zone. C’est une journée inoubliable dans ma vie », raconte cette ancienne directrice de l’Ecofo Busiga I et présidente du parti au pouvoir en zone Busiga.
Aujourd’hui, elle affirme qu’elle ne rencontre pas beaucoup d’obstacles dans ses fonctions. « Il suffit seulement de savoir concilier les affaires familiales et administratives. Que chaque chose ait son temps. »
Elle fait savoir qu’elle peut par exemple se réveiller à 3 h du matin pour lessiver les habits de ses enfants, s’occuper de sa famille avant d’aller dans les affaires politiques et administratives. Pour réussir, elle bénéficie du soutien de son époux à qui elle remercie beaucoup. « Vraiment, mon époux mérite des applaudissements. Contrairement aux autres hommes qui empêchent leurs épouses à participer en politique, lui, il a toujours été de mon côté. C’est mon coach principal. »
En outre, elle signale qu’avant de devenir cheffe de zone, son mari lui accompagnait dans des réunions très matinales du parti.
En ce qui est de l’organisation de l’administration de sa zone, elle indique que son rôle principal est de planifier. « Actuellement, un chef de zone a différents conseillers. Il y a un conseiller juridique, celui chargé du développement ainsi que des conseillers techniques. »
Pour bien gérer sa zone, une évaluation des activités est faite trimestriellement. « C’est pendant ce temps que nous identifions les réussites, les échecs. Nous mettons en place des stratégies pour corriger les manquements constatés. »
Interrogé sur ses projets, Daphrose Ndacayisaba tient beaucoup à la valorisation de l’éducation de base et familiale. « Si nous voulons être développés, nous devons d’abord éduquer nos enfants en famille. L’éducation parentale doit être revalorisée. »
Une autre préoccupation est de mettre fin aux mariages illégaux. « Nous avons d’abord recommandé aux couples illégaux de régulariser leurs situations. Nous sommes déjà à plus de 97% de ces cas. »
Mme Ndacayisaba est en outre convaincue qu’il n’y aura pas de développements avec des familles pauvres. Ainsi, elle appelle tous ses dirigés à travailler pour augmenter la production agropastorale surtout.
Avant tout, promouvoir l’agriculture
Béatrice Ntakarutimana est une habitante de la colline Ruvumu, zone Mwumba, commune Ngozi. Elle est agricultrice et multiplicatrice privée des semences.

« J’ai commencé à multiplier les semences en 2022. J’ai adhéré dans les associations depuis 2012. J’ai subi plusieurs formations en agriculture ».
Actuellement, informe-t-elle, depuis 2012, elle gère une coopérative dénommée « Jijuka Mwumba ». La coopérative dispose de champs modèles de maïs.
Elle témoigne que la récolte du maïs a été bonne mais, pour le haricot, la situation est alarmante. Mme Ntakaritimana demande à la commune de donner les terres domaniales à la coopérative pour que cette dernière augmente la production.
Toutefois, déplore-t-elle, il y a un problème d’écoulement de la récolte. Elle épingle le fonctionnement de l’Anagessa qui est sensée acheter le maïs.
« La procédure d’achat et de vente du maïs est longue et épuisante. Bien plus, le prix fixé est dérisoire par rapport aux dépenses engagées et aux efforts consentis pour pouvoir produire ».
Compter sur soi est la meilleure option pour vivre dignement

Sur la colline Gitasi de la zone Mwumba, quelques boutiques restent ouvertes malgré la rareté des clients. Dans une petite boutique où l’on aperçoit surtout des boissons en plastique et une machine à coudre, une jeune femme accueille timidement les visiteurs. « Je ne vends pas de produits Brarudi, je n’ai pas assez de capital », confie-t-elle d’une voix presque inaudible.
Denise Numvirimana fait face à un défi encore plus frappant : la pauvreté. Attristée, elle raconte qu’elle s’occupe seule de ses trois enfants depuis plusieurs années. « Je ne sais pas où est parti mon mari. Il m’a laissée seule avec les enfants et je dois assumer à la fois le rôle de père et de mère ».
Originaire de Karusi, son mari, ancien membre des corps de défense avant sa démobilisation, l’avait emmenée vivre à Ngozi après leur mariage. Puis, un jour, il a disparu sans laisser de trace. « Je ne sais même pas s’il est encore vivant. J’ai fini par abandonner les recherches parce que je ne sais plus par où commencer ».
Mme Numvirimana refuse de croiser les bras. Son mari lui a laissé une maison et un champ. Sa fille aînée l’aide désormais dans les tâches ménagères et la gestion de la famille.
Pour survivre, elle combine plusieurs activités notamment le petit commerce, la couture, l’agriculture et l’élevage. Même si les revenus restent insuffisants, elle parvient à scolariser et à nourrir ses enfants.
Les jeunes improvisent pour s’autofinancer
Au centre de Ngozi, une rangée de tables couvertes d’appareils électroniques attire particulièrement l’attention. Téléphones, amplificateurs et radios y sont démontés puis réparés par de jeunes techniciens qui rivalisent d’ingéniosité.
Parmi eux figure Daniel Irishura, 20 ans. Autodidacte, il n’a fréquenté que l’école primaire. Pourtant, la maîtrise avec laquelle il manipule ses outils impressionne.
Concentré sur un amplificateur en panne, il dévisse rapidement l’appareil, nettoie quelques pièces, raccorde des fils puis referme le tout avec assurance. Sans même effectuer un test, il remet l’appareil à son propriétaire.
Quelques secondes plus tard, l’amplificateur gronde à nouveau comme neuf. Le client, satisfait, paie avec joie avant de repartir.
Cela fait maintenant trois ans que Daniel Irishura exerce ce métier. « Je n’ai pas fait de grandes études, mais je fais ce que je maîtrise. Grâce à cela, je peux couvrir mes besoins quotidiens ».
Installé au début de la rangée, il bénéficie souvent des premiers clients. Mais, comme ses collègues, il fait face à plusieurs défis. Il cite notamment le manque de capitaux pour ouvrir un véritable atelier et les pressions exercées par le responsable de leur espace de travail.
Un autre technicien affirme que ce responsable leur impose des paiements excessifs et menace régulièrement de les chasser. Selon lui, il travaillerait en complicité avec certains agents de sécurité du marché de Ngozi.
Concernant les opportunités de financement, le jeune Irishura affirme ne rien connaître des programmes comme le PAEEJ. « Personne n’est jamais venu nous sensibiliser sur les démarches pour obtenir un capital ».
Étudier tout en travaillant

À quelques mètres des banques du centre-ville, les agents de transfert d’argent électronique, communément appelés agents Lumicash, se disputent les clients qui souhaitent effectuer des transactions.
Parmi eux se trouve Joyce Shurweryimana, 29 ans, étudiante à l’Université de Ngozi. En parallèle de ses études, elle travaille comme agente de transfert électronique.
Pour elle, étudier ne signifie pas rester inactif. « Beaucoup de filles de ma génération préfèrent se faire belles et attendre ce que les hommes riches peuvent leur offrir ».
Mlle Shurweryimana préfère gagner elle-même son argent. « Un homme riche ne donne jamais gratuitement et les conséquences peuvent être graves. Moi aussi je pourrais attendre qu’un homme me prenne en charge. Ce n’est pas la beauté qui me manque. Mais, vaut mieux compter sur moi-même ».
Son principal défi reste toutefois la faible commission accordée par les sociétés de télécommunication. Selon elle, les revenus générés ne permettent pas aux agents d’envisager d’autres investissements.
Elle appelle ainsi les sociétés concernées à revoir les commissions à la hausse afin de motiver ces jeunes qui passent leurs journées à servir les clients et à faciliter leurs transactions financières.
L’auto-développement, un leitmotiv des jeunes aide-maçons et conducteurs de taxis-motos

Construire sa maison, s’acheter une parcelle, s’offrir leurs propres motos …, des aide-maçons et des motards de Vyerwa et Ngozi ont de quoi se venter grâce à leurs métiers.
Fidel Iranzi est conducteur d’un taxi-moto depuis 2018. A 32 ans, il s’est déjà construit une maison d’habitation. L’alimentation en famille, la scolarisation des enfants, l’habillement, tout est essentiellement garanti par le métier de taxi-moto.
M. Iranzi fait savoir qu’il s’est acheté deux motos à deux périodes différentes. « Mais, je les ai déjà toutes revendues. Il suffisait que je trouve quelqu’un qui donne mieux avec un bénéfice. Tout est commerce. Actuellement, celle que je conduis appartient à un patron ».
Cap sur Vyerwa,
Dans la commune Ngozi, non loin du centre-ville, Sarez Nemerimana, 33 ans, est aussi un conducteur de taxi-moto. Il vient de passer lui aussi huit ans dans le métier. Il s’est déjà marié. « Le travail de moto a fortement contribué dans le fondement de mon foyer », dit-il.
M. Nemerimana fait savoir qu’il s’est déjà acheté une parcelle dans la ville de Ngozi. Il s’active aujourd’hui pour avoir des fonds de construction. Son engin est toujours en circulation pendant la journée.
Les frais de versement qu’il donne à son patron s’élèvent à 12 mille BIF par jour. Mais, si l’opération se fait par semaine, ce qui est par ailleurs le plus fréquent, ils sont à cent mille BIF. Les taxes sont à charge du patron.
Le manque de carburant n’est pas sans conséquences chez le motard Nemerimana. Tout se répercute sur le coût des différentes courses. Là où il fait payer habituellement deux mille BIF pour une course, à Vyerwa, Ngozi ou ailleurs, il doit monter la barre jusqu’à trois mille BIF. « Malheur à ceux qui empruntent nos motos pour se déplacer. Ils sont contraints de payer cher », souligne-t-il tout en souriant.
Il se montre fier des réalisations déjà accomplies à travers son métier de conducteur de taxi-motos. Il garde un rêve pour faire mieux : avoir sa propre moto.
Les aide-maçons n’ont pas non plus de soucis
Les aide-maçons de Vyerwa affirment qu’avec un revenu de quinze mille francs burundais par jour, la vie au quotidien suit son cours normal. Pour les maçons, c’est trente mille par jour.
Domitien Bukuru, Félix Nyandwi et Jérôme Niyibikora retrouvés sur un chantier de construction se disent satisfaits par la vie qu’ils mènent en tant qu’aide-maçons. « Nous nous procurons du riz, du haricot et d’autres produits vivriers à la hauteur de nos moyens comme d’autres simples citoyens ».
Ces ouvriers ambitionnent de devenir eux aussi des maçons. Ils font savoir toutefois que ce passage n’est pas moins coûteux car, il exige un parrainage et c’est payant. « Il faut donner de la bière et des fois même abattre une chèvre au parrain et son équipe de maçons pour être reconnu dans leur groupe », souligne Domitien Bukuru. Il précise que cette étape est franchie après un suivi minutieux par le parrain qui décide de l’aptitude ou pas du candidat maçon.
Il finit par une anecdote selon laquelle des maçons attitrés ont tenté un jour de l’empêcher de monter la toiture de sa propre maison arguant qu’il n’avait pas encore été initié dans la maçonnerie. Mais, il a refusé et continué son chantier. Il habite aujourd’hui dans la maison qu’il a lui-même construite, une preuve qu’il est capable, en attendant les moyens financiers pour être initié officiellement.
Interview avec Ange-Nadège Uwimana : « Il faut une décentralisation des activités de la BIDF»
A quoi correspond la commune Ngozi avec le nouveau découpage administratif ?
Cette commune est née de la fusion de trois anciennes communes, à savoir Ngozi, Mwumba et Busiga. Elle est composée de 12 zones et 92 collines de recensement.
Quel est le degré de représentation de la femme dans l’administration ?
D’abord, moi qui suis la secrétaire exécutive, je suis une femme. Et de façon générale, les femmes sont actuellement présentes et bien représentées dans l’administration. Si on regarde les statistiques des années antérieures, nous constatons qu’il y a une évolution très positive.
Pourquoi cette avancée ?
Normalement, et de façon globale, les femmes sont bloquées par les préjugés, la culture. Il y a des hommes qui disent encore qu’une poule ne peut pas chanter en présence des coqs. D’autres disent que, de par l’expérience du passé, les femmes n’ont pas été à la hauteur de leur fonction et des attentes de la population.
Mais, ici à Ngozi, ces préjugés n’existent presque plus. Si on devrait parler de manquements ou de défaillances, cela concerne et les femmes et les hommes.
Dans nos formations, nous essayons de prouver que la femme est aussi capable. Nous leur montrons comment concilier les obligations administratives et celles familiales. Nous demandons aussi aux femmes de ne pas attendre tout de leurs maris dans le foyer.
Malgré cette avancée, je dois avouer qu’il y a encore quelques résistances de la part des hommes qui disent toujours que la femme doit s’occuper des enfants, des affaires ménagères, etc.
Qu’en est-il de leur adhésion et participation dans les coopératives?
Cela fait partie de nos priorités. Par exemple, nous disons aux femmes qu’elles doivent avoir leurs propres avocatiers. Ce qui leur permettra d’avoir de l’argent sans toutefois tendre la main aux hommes. En plus, elles ont des projets d’élevage et participent dans des coopératives. D’ailleurs, je dirais que ce sont les associations ou coopératives féminines qui sont nombreuses dans notre commune et elles sont très prospères.
En plus de leurs coopératives, elles sont présentes aussi dans les coopératives des hommes. Elles sont à l’œuvre et leurs actions sont très prometteuses.
Pourriez-vous donner quelques exemples pour appuyer cela ?
Je peux donner l’exemple de la zone Mugomera. Il y a une coopérative dénommée « Umukenyezi arashoboye ». Elles pratiquent des activités agropastorales et elles sont vraiment à une étape satisfaisante. Sur les 92 collines de notre commune, il y a au moins une coopérative des femmes sur chaque colline. Il y en a qui sont déjà en avance et d’autres qui sont au début.
Dans d’autres communes, des femmes demandent à la Banque d’Investissement et de Développement pour les femmes (BIDF) d’avoir des agences pour leur faciliter la tâche. Qu’en est-il à Ngozi ?
Vraiment, cette demande est très fondée. En effet, pour arriver à Gitega, ce n’est pas facile. Le prix du transport est cher. Il faut une décentralisation de ses activités. Comme ça, les femmes auront des facilités d’accéder aux crédits.
Quid de la participation des jeunes dans le développement ?
Les jeunes sont aussi sur une bonne lancée. Il y a ceux qui sont dans des coopératives et qui avancent bien. Nous avons même un centre pour Jeunes où ils apprennent comment élaborer les plans d’affaires, les projets, etc. Ils sont dans l’agriculture, la couture, l’élevage, etc. Donc, chacun a un espace pour mettre en valeur ses talents. Certains ont déjà bénéficié des appuis du PAEEJ.
Quelle est la santé financière des coopératives Sangwe à Ngozi ?
Globalement, les coopératives Sangwe sont en train de rembourser. Mais, je dois avouer que la santé financière de certaines coopératives n’est pas bonne. De notre côté, il y a un département chargé de cette question. Son staff est en train d’identifier toutes les coopératives et voir leurs actifs. On leur rappelle que l’argent reçu était un crédit et non un don et qu’ils doivent donc rembourser.
Quelle est la situation des bancs-pupitres dans votre commune ?
C’est une triste réalité. Les bancs-pupitres ne sont pas suffisants. Les salles de classe sont pléthoriques. Aujourd’hui, nous sommes en train de rassembler des planches pour leur fabrication. Déjà, l’administrateur a mis en place une commission pour se pencher sur ce dossier. Elle est à l’œuvre.
Quid des abandons scolaires ?
Là vraiment, on ne peut pas mentir, il y a des abandons. Les auteurs avancent souvent le chômage de leurs aînés, qu’ils ne voient plus l’importance de l’école. Les cas de grossesses non désirées ainsi que la pauvreté dans les familles entraînent aussi des abandons. D’autres enfants abandonnent pour aller travailler sur les chantiers de construction, pour être des domestiques dans les villes, etc.
Qu’en est-il des enfants en situation de rue ?
Nous avons un problème de gestion des enfants en situation de rue. Ils sont nombreux et ils ne viennent pas de la commune Ngozi seulement. On fait l’identification. Certains ont des parents, d’autres sont des orphelins. Souvent, nous organisons des rafles en vue de leur faire retourner chez eux. Nous les remettons à leurs familles mais, souvent, on les retrouve encore dans la rue.
Y a-t-il respect des droits de la femme ?
Nous observons des conflits fonciers. Il y a des hommes qui font des mariages illégaux. Quand ils arrivent en ville, ils prennent une deuxième femme. Quand la première épouse est informée, elle vient réclamer ses droits. La consommation des boissons alcoolisées entraîne aussi des cas de conflits dans les familles.
Quels sont les principaux projets de développement en cours ?
L’agriculture constitue notre priorité. Nous mettons en avant la culture d’avocat. Nous espérons que d’ici quelques années, cette plante va faire entrer beaucoup d’argent et de devises dans le pays.
Il y a aussi le maïs qui est beaucoup cultivé dans notre commune. Cela va de pair avec l’élevage pour avoir des fertilisants. L’administration et les agronomes sont à l’œuvre pour montrer aux agriculteurs comment améliorer la production.
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